‹ Le Musée royalChapitre 87 sur 120 · PAR RUBENS · texte numérisé non relu

PAR RUBENS

Rubens ne s'est pas exercé de préférence dans le paysage. Ses envieux prétendirent même qu'il étoit peu capable d'y réussir, et que, sans les nombreux élèves par lesquels il se faisoit aider, il lui auroit été impossible d'embrasser les différents genres de peinture qu'il a rassemblés dans ses tableaux. Rubens, pour répondre à ces insinuations, fit à lui seul plusieurs beaux paysages, et la jalousie pouvoit seule avoir besoin de cette preuve; avec une possession de la couleur telle qu'il l'a montrée par-tout, il étoit hors de doute que Rubens, du moment où il s'y appliqueroit, produiroit de beaux effets dans un genre où la couleur et la lumière sont les premières conditions du succès. Mais il faut, en effet, qu'il n'ait pas toujours mis beaucoup d'importance à y réussir, ou bien qu'il ait souvent confié à d'autres mains les fonds de ses tableaux, car, dans quelques uns de ceux où ce fond représente un paysage, on ne reconnoît pas la fraîcheur du pinceau de Rubens.

Celui-ci , au contraire, se reconnoîtroit entre mille, dès le premier coup-d'oeil, pour lui appartenir. Ce n'est qu'une ébauche, mais une de ces ébauches finies, dont il a laissé un assez grand nombre, plus étonnantes peut-être que ses tableaux les plus achevés, parceque, en nous découvrant, comme l'observe Descamps (i), la marche et le procédé de ce grand maître dans l'emploi de ses couleurs, elles nous laissent confondus de l'effet qu'il produit avec des moyens en apparence si simples.

Rien en effet de plus surprenant que cette ébauche, soit qu'on la voie de loin ou qu'on l'observe de près. La gauche est occupée par un bocage peu épais au-devant duquel est tendu un grand filet pour attraper des oiseaux. Un homme les guette, et des femmes bien mises, vues à micorps dans le coin du tableau, participent au divertissement de cette chasse. On voit à droite un moulin à vent sur un tertre séparé du bocage par une ravine dans laquelle coule une petite rivière qui serpente en se prolongeant dans le fond du tableau, où l'on aperçoit fort au loin quelques

(i) Vie des peintres flamands, T. I, p. 817.

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