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EFFET DE SOLEIL

bâtiments; la scène est éclairée par un soleil couchant, placé au milieu du tableau, dans toute la rondeur de son disque.

C'est à l'effet de cette composition que pourroit s'appliquer particulièrement le premier vers de l'épitaphe composée pour Rubens, par le chevalier Bullant :

« Ipsa suos Iris, dédit ipsa Aurora colores. »

Le considérez-vous de près? l'œil peut-il observer séparément ces diverses teintes, placées l'une près de l'autre en apparence sans motif et sans liaison? vous n'apercevez, pour ainsi dire, que les sept couleurs du prisme, le rayon solaire décomposé: les formes disparaissent ; et, du moins dans la partie éclairée, rien ne présente un aspect déterminé. Mais éloignez-vous à quelque distance; le rayon s'est recomposé; c'est la lumière vive et vraie, éclairant des objets distincts qui se dessinent sous son influence. Vous voyez étinceler le soleil au milieu des nuages d'or et de pourpre qu'il colore de ses rayons; vous voyez briller l'eau de la rivière au-devant du tableau, et dans un lointain où elle reparoît entre ses rivages; entre ces deux points vous suivez la vapeur qui s'élève au-dessus de son lit, dessinant son cours, et se confondant en quelques endroits avec les nuages du ciel. Alors vous pouvez vous rapprocher du tableau^ expliqué par ce coup-d'ceil; il vous fera comprendre l'art prodigieux caché sous cette surprenante {stupendd) liberté de couleur, dont parle Bellori (i), et dont l'inconcevable magie est un des secrets du génie.

On peut reconnoître aussi, dans la partie ombragée, le procédé de Rubens pour la composition des ombres. Il défendoit sur-tout à ses élèves d'y laisser glisser le blanc. « C'est, disoit-il , le poison d'un tableau, excepté «dans les lumières. Si le blanc, ajoutoit-il, émousse une fois cette pointe ((brillante et dorée, votre couleur ne sera plus chaude, mais lourde et « grise (2). » En effet, la partie du bocage opposée aux rayons du soleil, faite presque de rien et comme à la brosse, présente dans ses teintes d'automne un ton de chaleur tout-à-fait extraordinaire, et qui n'auroit pu se conserver avec le moindre mélange de blanc; le blanc est au contraire prodigué dans le reste du tableau.

( Hauteur, 1 ? Ws 5 pouccs Proportions. < T

| Largeur, 2 7

(1) Vita di P/«ori, p. 247. — (2) Decamps, T. I, p, 3i 1.

PAYSAGE

PAR HERMAN SWENWELT dit HERMAN D'ITALIE

Herman Swanewelt ou Swenwelt naquit à Wœrden en 1620; on croit qu'il prit dans sa jeunesse des leçons de Gérard Dow; et les traces de ce premier apprentissage peuvent se retrouver dans le fini de ses tableaux, particulièrement de ses arbres, touchés avec beaucoup de soin et de finesse. Il passa de bonne heure en Italie. Fixé à Rome, il s'y adonna au travail, fuyant les jeunes peintres de son âge, et recherchant seulement les maîtres. Claude Lorrain fut celui qu'il choisit, et il en reçut tout ce que peut donner un maître : Swanewelt ne dut qu'à lui-même un sentiment très-juste de la couleur, une grande fraîcheur de teintes surtout dans les parties les plus avancées de ses tableaux. Peu connu de sa patrie, où il paroît n'être plus retourné après l'avoir quittée pour l'Italie , confondu à Rome dans la foule des talens étrangers qui venoient s'y perfectionner, Swanewelt ne partagea point, à ce qu'il semble, ces richesses et ces honneurs que prodiguoit le nord, comme par reconnoissance, à ceux de ses artistes qui ne l'abandonnoient pas pour un ciel plus heureux. Cependant ses talens ne furent pas méconnus, on prétend même que ses succès allèrent au point d'exciter la jalousie de Claude. Le fait paroît difficile à croire. Quelquefois, à la vérité, un grand talent peut se sentir blessé d'une comparaison déplacée; mais rien ne donne lieu de présumer que les talens de Swanewelt, quoique distingués, aient pu amener la moindre comparaison avec ceux de son maître. Indépendamment du degré , la manière n'est point la même ; au lieu des contours vaporeux de Claude Lorrain , Swanewelt offre , pour l'ordinaire , des profils nets et déterminés; il semble avoir tout regardé de plus près; et, quoiqu'on ait de lui des soleils couchans d'un bel effet et d'une belle étendue, il ne sait pas toujours, comme Claude Lorrain, se rendre maître de l'espace. Parcourez les tableaux du Lorrain, vous le trouvez partout, dans les fonds les plus reculés, dans les espaces même dérobés à la vue, et où il fait pénétrer la pensée; tout lui appartient, et de la même manière, parceque c'est d'un seul élan qu'il s'en est emparé. Swanewelt a plus considéré son

PAYSAGE

sujet en détail et par parties; aussi l'effort de son talent se porte-t-il en général de préférence sur quelques unes. Ici, le site est fort rapproché, et les devans d'une grande beauté; ils sont presque entièrement occupés par une éminence au haut de laquelle est située une espèce de ferme ou de maison de campagne environnée d'arbres de différentes sortes , croissant à différentes hauteurs sur des plans inégaux. Au pied de cette éminence, un chemin coupé dans le roc serpente en montant le long d'une rivière dont il suit les contours; on y voit plusieurs voyageurs soit à pied, soit à cheval, et, tout-à-fait sur le devant du tableau, une femme montée sur un âne et accompagnée d'un paysan. Près d'elle, en sens contraire, chemine un malheureux demi-nu, son bâton à la main. Le long du chemin, des cavités paraissent avoir été creusées de main d'homme dans le flanc de la montagne. Un troupeau de moutons, qui semble sortir d'une de ces cavités destinées apparemment à servir de passage sous la montagne, traverse le chemin, se dirigeant vers la rivière, oii se désaltèrent deux vaches; d'autres vaches sont répandues çà et là. Sur l'autre rivage, joint à celui-ci par un pont, on aperçoit une petite tour accompagnée de quelques édifices; d'autres bâtimens encore se découvrent dans le lointain, terminé par un horizon de montagnes peu élevées.

„ ( Hauteur, 2 8 cemi,n ' A m •= i 0 v™ ccs &'s»-

Proportions. { T ' I ,

( Largeur, 38 5 =i4 3

PAYSAGE

PAR SWENWELT, dit HERMAN D'ITALIE.

Les figures sont très-souvent emploj^ées clans le paysage comme échelle de proportion servant à mesurer des hauteurs et des distances moins déterminées que ne le sont les dimensions des êtres animés. Rien ne pourroit nous indiquer aussi positivement la hauteur de ces arbres et de ces rochers que les figures d'hommes ou d'animaux que l'artiste a eu soin de placer auprès; et les grands peintres de perspective, comme Paul Véronèse , ont manqué rarement , dans les espaces étendus , à placer des figures sur chacun de leurs divers plans, pour justifier en quelque sorte leur perspective aérienne, et constater par le rétrécissement des contours la distance indiquée par la dégradation des tons.

De même les sentimens connus de l'homme forment une sorte d'échelle morale donnée au spectateur pour déterminer ses impressions; la situation où se trouve, au milieu de certains objets, un homme semblable à lui, lui donne la mesure des sentimens que ces objets doivent lui inspirer à lui-même. Une tempête sans vaisseaux et sans matelots seroit sans effroi; si on nous représente un pont étroit, élevé, suspendu, d'un passage périlleux, on a soin d'y faire voir un passant; et, sur la pointe de ses rochers, Salvator Rosa place un homme pour nous faire comprendre ce qui peut encore s'ajouter de terreur à leur terrible aspect.

De même un chemin creux s'offrira rarement sans quelque voyageur chargé de son bagage, et qui nous apprendra que par ce chemin, dont l'entrée seule se découvre à nos yeux , on peut aller bien loin et de bien loin revenir. Employées avec art dans le paysage, les figures ont presque toujours pour objet d'en agrandir la partie invisible, celle dont se peut emparer l'imagination : les peintres ont rarement négligé de s'en servir ainsi; et Claude Lorrain, qui ne se faisoit pas illusion sur le mérite de ses figures considérées en elles-mêmes, les a cependant multipliées dans la plupart de ses compositions pour y augmenter ce sentiment de vie, pour y faire recevoir à plus d'êtres animés l'impression de ce soleil, de cet air lumineux dont il a rempli ses tableaux. Par la même raison , les figures

seront en général assez rares dans ces paysages agrestes, à ces heures du jour qui portent particulièrement à sentir le charme de la solitude; un pâtre, quelques bestiaux, s'y feront voir, moins pour l'interrompre que pour l'y montrer vivante, s'il est permis de le dire, et nous mieux transporter dans la situation et les sentimens de l'homme solitaire. Peut-être même quelquefois faudra-t-il les en écarter entièrement : nul être vivant ne se laisse apercevoir entre ces beaux arbres de la forêt de Ruisdael, où notre imagination va chercher le silence et le repos; seulement dans un lieu plus ouvert passent quelques ligures; et le chemin qu'elles prennent, éloigné de celui que nous avons voulu choisir , nous assure que le mouvement du monde ne viendra pas nous y troubler.

Les figures ne contribuent donc pas seulement à l'effet pittoresque, mais aussi à l'effet moral du paysage. Dans celui de Swenwelt, destinées à augmenter la gaieté d'un site partout ouvert et riant, elles se répandent de tous côtés avec l'apparence du mouvement et de l'activité. Sur le devant à droite, dans un chemin au bord de la rivière , trois personnes s'entretiennent, mais seulement en passant; elles vont continuer leur route : l'une d'elles est une femme portant sur sa tète une corbeille de linge qu'elle vient probablement de laver à la rivière; l'homme qui l'accompagne tient à la main son bâton. A gauche, un pâtre assis garde des bestiaux; quelques-uns broutent, d'autres se reposent: un chien agace une chèvre qui cherche à le frapper de ses cornes. Derrière le pâtre, la route continue à travers la prairie, entrecoupée d'arbres qui bordent la rivière; des voyageurs parcourent cette route. Des hommes conduisent sur la rivière un train de bois. Le bord opposé forme à gauche un coteau sur lequel paissent des troupeaux. A droite, derrière une île couverte de taillis , une habitation s'élève au haut d'une éminence ; divers chemins y aboutissent, et sont encore peuplés d'allans et venans : mais, dans un endroit au bord de la rivière, des arbres touffus protègent une herbe épaisse; c'est là qu'on seroit le mieux, il n'y a personne : ce petit coin a été réservé à l'imagination du spectateur.

La composition de ce paysage est infiniment agréable ; la touche et la teinte des arbres sont d'une grande vérité, et le fini extrêmement soigné,

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