PAR GLAUBER
Une riche variété anime les paysages de Glauber : ses terrains, partout montueux et coupés sans être tourmentés, Fbeureuse diversité de ses lignes, le luxe de végétation qui règne dans toutes ses compositions, les fabriques, les figures qu'il répand avec abondance au milieu des sites les plus agrestes, tout annonce en lui ce mouvement d'imagination, cette direction particulière vers un certain genre de beautés, qui, déterminant d'abord sa vocation contre le gré de son père, lui fit ensuite chercher hors de son pajs l'idéal du genre qu'il avoit choisi, les modèles qu'il vouloit imiter. Gomme les grands paysagistes de l'Italie, Glauber de m andoit à la nature seulement des idées, seulement des faits épars, qu'il pût rassembler, pour en former une composition qui lui appartint en propre; cette naïveté, que quelques peintres hollandois ont portée dans l'imitation des aspects de leur pays , ne suffisoit pas à un talent impatient d'inventer. Cette disposition pouvoit s'être augmentée dans l'atelier de Berghem, son premier maître. Berghem savoit si bien la nature, qu'à la fin de sa vie, il prenoit rarement la peine de la consulter, et que la plupart de ses compositions étoient moins le résultat d'une impression vive et nouvelle, reçue de quelque objet présent, que l'expression des formes depuis long-temps empreintes dans son imagination. La force et la fécondité du talent de Berghem n'a pas pu suppléer tellement à cette absence de sensations habituelles, nécessaires pour rajeunir sinon les idées, du moins les impressions de l'artiste , qu'il n'en résulte quelquefois un peu de froid sur ses compositions : en fortifiant dans son élève le génie et la science de l'invention, le maître de Glauber devoit lui faire sentir le besoin d'en aller chercher les matériaux ailleurs que dans son atelier. Quelques paysages des grands maîtres d'Italie a voient révélé au jeune artiste la seule nature dont les aspects pussent suffire à son imagination ; il s'empressa de l'aller chercher; et l'on voit assez qu'il s'est formé à la même école que Le Poussin et Le Dominiquin. Moins simples et moins vastes , ses paysages ne portent pas en général , autant que ceux de ces
génies du premier ordre, le caractère de grandeur qui appartient à des conceptions étendues. Il n'a pas , comme eux, disposé de l'espace et agrandi la puissance de la vue. Ses lointains sont en général plus bornés et plus terminés; mais l'enceinte qu'ils lui laissent suffit encore à de nobles développemens. Il y déploie surtout avec une rare habileté des richesses prodiguées sans entassement. Partout un sentiment poétique s'j fait apercevoir, et se retrouve dans le choix qu'il a fait de Lairesse , peintre d'histoire , pour orner ses paysages du seul genre de figures qui pût leur convenir.
Ici des bergers couchés au bord d'une rivière paraissent sur le devant de la scène; Fun d'eux joue de la flûte, et, près de lui, sa bergère l'écoute, couchée sur l'herbe, et couronnée de fleurs. Deux seules chèvres et un chien les accompagnent ; le soin des troupeaux ne paroît pas être ce qui les occupe le plus. Non loin d'eux une femme, vêtue comme eux à l'antique, s'avance en les écoutant, et portant sur sa tête Je paquet de linge qu'elle vient de laver à la rivière. Un troupeau beaucoup plus nombreux couvre l'autre bord de cette rivière, qui coupe le devant du tableau. Il est gardé par un seul pâtre couché à l'entrée d'un massif d'arbres épais, derrière lesquels on aperçoit, au coin du tableau, un rocher presqu'à pic, et couronné de verdure. Deux hommes s'enfoncent dans le bocage par un chemin qui passe auprès d'une espèce de tombeau. De l'autre coté du tableau s'élève un arbre de la plus vigoureuse végétation; et sur tout le devant, des plantes, répandues avec une abondance et une variété singulières, annoncent une très-grande fertilité. Le fond est une riche campagne où l'on aperçoit des bergers et des bergères dansant au son de la flûte autour d'une figure de Pan grossièrement travaillée. Un bois touffu au pied d'un coteau, une ville dans le lointain, un fond de montagnes peu élevées, terminent ce paysage, l'un des plus importans de Glauber.
„ ( Hauteur, i m - 02 ceiuim - = 6P ied8 oi Jtmces .
Proportions. { t ,u
( Largeur, 2 |8 =7 9
SECONDE SÉRIE
PAYSAGE
SUJETS
NOMS