‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 116 sur 143 · LA MORT DE SAPPHIRE · texte numérisé non relu

LA MORT DE SAPPHIRE

yient de reproclier son mensonge : sa mort attire Fattention de quelquesuns des assistans qui le contemplent avec étonnement et avec frayeur, mais sans paroître affligés de la sévérité de l’apôtre ; le récit de l’écrivain sacré est ainsi reproduit tout entier; Ananias reçoit le châtiment de son hypocrisie au milieu des chrétiens , à l’instruction desquels ce châtiment est destiné, et au moment même où se font ces offrandes et ces aumônes dont il a voulu partager l’honneur sans faire le sacrifice complet de sa fortune, et en détruisant par sa dissimulation le mérite de ses dons (i).

La mort de Sapphire au contraire est l’unique scène qui soit retracée dans le tableau du Poussin; on n’y voit ni tous les apôtres réunis, ni les chrétiens riches accourant pour déposer à leurs pieds le prix des biens qu’ils ont vendus, ni les chrétiens pauvres recevant de leurs mains les secours que réclamoit leur indigence. Cinq personnes sont témoins de la mort de Sapphire, et elles ne paroissent ressentir qu’une profonde pitié et une sorte d’horreur à la vue d’un châtiment dont il semble qu’elles ne comprennent point la cause ou cju’elles blâment la sévérité. On reconnoît dans cette composition le caractère particulier du génie du Poussin, qui recherchoit par dessus tout l’unité et la simplicité; ce besoin de simplicité lui a fait oulalier ici le sens de l’événement qu’il retraçoit; ce n’est point, comme dans le tableau de Raphaël, une grande leçon donnée à une nombreuse réunion de fidèles, quelle doit remplir d’une terreur morale et salutaire ; ce n’est que le spectacle d’une mort subite qui excite la compassion, l’étonnement, et peut-être l’aversion des assistans. Ces trois figures qui se précipitent vers Sapphire avec l’expression de la douleur ; cet homme et cette femme qui s’éloignent avec l’air de l’effroi , du reproche et presque de l’indignation; tout cela est peu en rapport avec le fond du sujet, l’intention de l’apôtre, et le but moral de l’événement.

Considéré comme composition pittoresque, ce tableau est admirable: les figures sont groupées avec une simplicité pleine de naturel et d’effet; la tête de S. Pierre est animée d’une indignation forte et auguste : enfin le fond du tableau est disposé avec beaucoup d’art. Les couleurs ont souffert de l’action du temps.

Ce tableau avoit été peint, à ce qu’on croit, pour M. de Fromont de Veynes , célèbre amateur, sous le règne de Louis XIV. Il faisoit partie de la collection de nos rois.

(i) Ce tableau a été gravé par Dorigny et Gérard | bliées par M. Landon: voyez XOEuvre de Haphaël, Audran; on en trouve un dessin au trait dans les I n°i, pl. 7. yies et OEuvres des Peintres les plus célèbres, pu- |

Proportions.

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