‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 120 sur 143 · PAR JEAN BOTH · texte numérisé non relu

PAR JEAN BOTH

Il existe un grand nombre de paysages où les figures ne sont pas de la même main que les arbres, le fond et les objets inanimés; mais on en

trouve fort peu où le travail du peintre de figures et celui du peintre de paysages soient aussi bien fondus que dans les tableaux de Jean Botli et d’André son frère. Ces deux artistes, nés à Utrechl et d’âge peu différent, étudièrent ensemble sous Abraham Blomaert, quittèrent ensemble leur

pays pour voyager en Italie, séjournèrent ensemble à Rome, où Jean s’appliqua à prendre la manière de Claude le Lorrain, tandis qu’André imitoit avec succès celle de Bamboche, et unirent leurs talens aussi intimement que leurs vies. André animoit, par des figures composées avec esprit et exécutées avec finesse, les paysages de son frère; mais il n’avoit point la prétention de sacrifier le paysage à ses figures, et d’attirer sur elles toute l’attention. La Vue d’Italie , dont on voit ici la gravure, offre un exemple de l’économie, de la réserve avec laquelle il distribuoit ses personnages au milieu d’une nature belle et riche. Jean , de son côté , cherchoit à disposer cette nature de manière à faire valoir les figures de son frère, et leur sacrifioit souvent quelque chose de l’effet de son propre travail. Un accident cruel vint trop tôt détruire le honheur que procuroit sans doute aux deux artistes cette honorable intimité. Les deux frères étoient

à Venise : en sortant d’un souper où ils s’étoient réunis avec quelques-uns de leurs amis, André tomba dans un canal, où il se jioya en i65o. Jean Both ne put rester dans un pays où il avoit éprouvé un pareil malheur : inconsolable de la mort de son frère, il retourna à ütrecht et ne lui survécut que peu de temps (i).

Onreconnoît dans les ouvrages de ce maître, et en particulier dans notre paysage, les traces de son séjour en Italie. On sait que la nature, dans les climats méridionaux, offre un aspect tout différent de celui qu’elle présente dans les pays du nord; mais on n’a peut-être pas assez observé

(i) Voyez les T^ies des peintres flamands, etc., par Descamps, t. II, p. 3oa-3o3. C'est à tort que Félibien a placé la mort de Jean Both vers l’an i64o. 11 ne dit

rien à! {Entretiens surles vies et les ouvrages des peintres, eotret. , t. III, p. a65, édit, de 1706.)

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