‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 125 sur 143 · D’APRÈS KARL DUJARDIN · texte numérisé non relu

D’APRÈS KARL DUJARDIN

Parmi les objets extérieurs placés à la portée de nos sens, il en est peu qui exercent sur nous une puissance aussi absolue que celle des aspects de la nature; devant un objet d’art capable de réveiller en nous le sentiment du beau, l’idée du terrible ou du pathétique, nous nous sentons saisis d’une émotion spéciale, déterminée, que nous pouvons parfaitement séparer des émotions qu’élèvent en nous nos intérêts personnels; les sentimens excités dans notre ame n’affectent qu’une portion de notre existence. C’est l’existence tout entière qui semble se modifier sous les impressions d’une nature ou triste ou riante, d’un beau jour ou d’un ciel brumeux : comme, dans ce qui nous entoure alors, nous n’apercevons rien à quoi se puissent raisonnablement rapporter les sentira ens de tristesse ou de gaieté qui nous pénètrent, nous les reportons sur nous-mêmes et sur notre propre destinée; c’est nous-mêmes que nous contemplons à travers ce jour sombre ou cette atmosphère brillante de soleil ; c’est notre vie qui se présente à nous , colorée des nuances que reflettent de toutes parts sur notre pensée les objets ou rians, ou tristes, ou sublimes, qui nous environnent.

Plus le peintre de pajsage aura été accessible à de pareilles impressions, plus ses tableaux s’embelliront de ces beautés poétiques qui réveillent l’âme et ennoblissent nos plaisirs en augmentant la part qu’elle y prend; et plus aussi il sera porté à substituer l’idéal à l’imitation, le possible au réel , à l’individuel de la nature. Vainement lui étalera-t-elle toutes ses beautés ou toutes ses horreurs , vainement excitera-t-elle en lui de vives et fortes émotions; de ces émotions même naîtra l’idée capable de les augmenter, les objets extérieurs manqueront à sa puissance de sentir, c’est dans sa seule imagination qu’il trouvera de quoi se satisfaire complètement ; car l’homme de génie est celui dont l’imagination une fois excitée va nécessairement au-delà de ce qu’ont vu ses yeux. Alors il s’empare des masses pour les imiter en les disposant à son gré; et des

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