‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 127 sur 143 · LEMPEREUR CLAUDE · texte numérisé non relu

LEMPEREUR CLAUDE

STATUE (*)

La famille Claudia ne donna pour empereurs aux Romains que des monstres qu’on croirou avoir été chargés par le ciel de venger le monde des victoires et de l’orgueil de ses maîtres. Tibère, Caligula, Claude, Néron, étoient de la famille Claudia (i).

Claude, Ids de Drusus Germanicus et d’Antonia la jeune, naquit à Lyon le i" août de 1 an y44 de Rome, dix ans avant l’ère vulgaire; grand et assez bien fait, il étoit cependant d’une complexioii très-foible dans sa jeunesse, dune excessive timidité que l’àge ne corrigea pas, et dont on trouveioit peui-ctre des indices dans les traits que nous offre sa statue. A la suite de longues maladies, il avoit contracté un tremblement de tête et une foiblesse de nerfs qui, joints à une difficulté de langue, donnoient quelque chose de ridicule à toute sa contenance, surtout lorsqu’il marclioit. Sa distraction ressembloit quelquefois à une sorte d’imbécillité, et lui faisoit faire les questions les plus déplacées (3). Auguste, Octavie et Antonia ne le crojoient propre à aucun emploi; mais ils avoient à se reprocher d’avoir abandonné son éducation à deux affranchis, Sulpitius et Athénodore, qui ajoutèrent leurs défauts à ceux qu’il avoit déjà.

Claude cependant avoit du goût pour la littérature. On avoit de lui des mémoires sur l’histoire de son temps ; il écrivoit en grec avec assez d’élégance : il inventa même trois lettres qui, adoptées pendant son règne, furent ensuite abandonnées (5). Après la mort de Caligula, quelques sob dats proclamèrent empereur Claude, qui, treinJ^lant pour sa vie, s’étoit caché, et fut traîné sur le trône plutôt qu’il ny monta. H fît distribuer de l’argent à ses troupes, et fut le premier empereur qui acheta fempire.

Les cominencemens du règne de Claude donnèrent de grandes espérances. Protecteur des lois, il introduisit d’utiles réformes dans le culte

(*) Cetle statue de marbre pentéli(jiie5 hante de I mètre gag millim. (5 pieds 1 1 pouces 3 lignes) , sans compter la plinthe, fut trouvée, en 1792, daus les ruines de Gabies, et laisoit partie de la collection du palais Borghèse : elle a été décrite parmi les luomimens de Gabies par M. Visconti.

Le haut du bras gauche, la main et le parazonium sont modernes, ainsi que le bras droit en entier, l’extrémité du pied droit et quelques parties de la draperie.

(i) Cette famille, originaire de Régille, ville des Sabins , vint , scion les uns , s’établir à Rome sous le règne de Tatius j selon d’autres , ce ne fut que six ans

après l’expulsion des rois que Atta Clausus, à la suite de troubles chez les Sabins, se relira à Rome cliens et ses richesses, et fut admis parmi les patriciens, dont la famille Claudia soutint toujours les droits avec une grande vigueur. Une des anciennes tribus de Rome fut nommée Claudia. Cetle famille prit le surnom de Nero, qui, en langue sabine, signifioit brave et fort. Elle compta vingt-huit consuls, cinq dictateurs , sept censeurs, sept triomphes, deux ovations. (V. Tiie-Live, 1. 11, c. i6; Suétone, Tib.^ c. I.)

(2) Suétone, Cland., 3o-35, 3g, 3, 4? 5,

(3) Suétone, id., ibid, 4i,

L’EMPEREÜR CLAUDE.

des dieux et dans le sénat. Il triompha en peu de jours et sans combats de la Grande-Bretagne, dont la conquête navoit pas été tentée depuis Jules César. Mais bientôt Claude se montra le ministre plutôt que le maître de ses fevoris. Ses débauches, son amour pour le jeu et son intempérance n’eurent plus de bornes. Distribuant, au gré de Pallas, de Narcisse et de ses autres affranchis, les honneurs, les richesses, les récompenses et les supplices, il versa le sang de trente-cinq sénateurs et de plus de trois cents chevaliers. Déshonoré publiquement par sa femme Messaliiie, il la lit mourir (i). D’après les conseils de Pallas, Claude épousa sa nièce Agrippine, au grand scandale de Rome, qui jusqu’alors avoit regardé ces mariages comme incestueux. Soupçonnant son foible mari de se repentir de son mariage, Agrippine le fit empoisonner dans un plat de champignons (2).

Claude fut mis au rang des dieux (3). Sa statue le représente dans le costume qu’on donnoit aux dieux et aux héros. On lui éleva un temple dans la Grande-Bretagne et un à Rome; celui-ci, détruit par Néron, fut relevé par Vespasien. Agrandie par cet empereur, Rome lui dut entre autres raonumens l’aquéduc commencé par Caligula, et le port d’Ostie. Il fit creuser à travers une montagne de rochers de trois milles de longueur un vaste émissaire, par lequel le lac Fucin (4) devoit se décharger dans le Liris. Trente mille hommes y furent employés pendant onze ans. Pour en célébrer l’ouverture, Claude donna sur le lac 1 affreux spectacle d’un combat à outrance entre deux flottes de trirèmes montées par dixhuit mille gladiateurs qui périrent tous (5).

La tête de la statue de Claude n’a pas été détachée du corps; elle ressemltle à celle des médailles de cet empereur. On la retrouve aussi sur des pierres gravées, et entre autres sur le beau camée de Vienne, décrit par Eckhel (6). Cette statue fut trouvée près de celle de Germanicus, avec qui elle a quelque air de fraternité; mais elle est moins bien : il y a de la roideur dans la pose; le travail en est assez sec, et les draperies ne sont pas d’un beau jet.

(1) V. Juvénal, sat. vt; Tacite , Annal., 1. xi , 26; Suétone, Claudius, 36 ; et le beau morceau de Tacite, Annal., I. xi, 26-38.

(2) Suétone , ibid., 44; Tacite, ibzd., xn, 66-69.

(3) On peut voir dans \ Apocolocynihosis de Sénèque comment il traite cette nouvelle divinité. Cette pièce satirique et burlesque, écrite après la mort de Claude, fait un singulier contraste avec les basses flatteries dont le même philosophe l’accabloit dans plusieurs autres ouvrages , lorsqu’il demandoit à être rappelé d’exil. (V. L. An. Séuèque, de Consolatione et de Clementia. )

(4) Ce lac , situé dans l’Abruzze ultérieure , se

nomme aujourd’hui lac de Célano. L’émissaire , à plusieurs étages de galeries, est encore un des plus grands monumens de l’antiquité. Plusieurs raisons font douter que les eaux du lac se soient jamais écoulées par cet émissaire. Cependant il a été plusieurs fois question de le rétablir. On sauveroit peut-être par-là , et sans de très-grands frais , la jolie vallée de Célano , que le lac menace d’envahir , et où plusieurs petites villes sont déjà submergées.

(5) Tacite, Annal. ,xu,S6, 67 ; Pline le naturaliste, 1. XXXVI, c. 24 ; Suétone, Ccesar, 44j Claud., 20.

(6) Choix de Pierres gravées, etc. , pl. vu.

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