‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 128 sur 143 · PAR NICOLAS POUSSIN · texte numérisé non relu

PAR NICOLAS POUSSIN

On sait que Le Poussin, pendant le triste séjour qu’il fit à Paris avant de pouvoir parvenir à faire le voyage de Rome, se lia d’amitié avec le cavalier Marino, qui s’y trouvoit alors, et composa même, sous les yeux de son ami, une série de dessins dont les sujets étoient puisés dans les ouvrages de ce poète, et particulièrement dans son poème ÿ Adonis. C’est à cette époque que les biographes du Poussin rapportent l’origine de son goût pour ces compositions poétiques, dont les Nymphes, les Satyres et les Faunes sont les principaux acteurs (i). Si cela est, les amis des arts ne sauroient trop se féliciter d’une liaison qui a ouvert au Poussin une mine dont il a tiré tant de richesses. Ce génie, non moins fécond que sévère, ne pouvoit manquer de comprendre quel vaste champ lui offroit ce monde de la fable, si gracieux, si brillant, si animé, qui laisse à l’artiste, pour le choix et l’ordonnance des sujets, la plus grande latitude; qui, en lui donnant les personnages, ne lui impose aucune gène de costume, ne le renferme dans les limites d’aucune action déterminée, et permet à son imagination de se déployer avec autant de liberté et de facilité qu’en ont possédé les poètes anciens pour la composition de leurs pastorales mythologiques. Si des circonstances particulières n’avoient appelé l’attention du Poussin sur ce genre de sujets, peut-être serionsnous privés d’une multitude d’admirables tableaux qu’il lui a fournis ; de ce nombre sont les Racchanales , l’enfance , l’éducation et les travaux d’Hercule, les Métamorphoses de Daphné et de Narcisse, et toutes ces brillantes compositions dans lesquelles l’alliance des Nymphes, des Faunes et des Satyres produit des scènes si variées et si vives. Le charmant tableau que nous décrivons appartient à cette dernière cathégorie; un Satyre, un Faune, une Hamadryade et deux Amours voyagent ensemble; ils se rendent probablement à l’une de ces fêtes où ces divinités rustiques se réunissent pour se livrer à leurs danses et à leurs jeux : le petit Amour,

(i) Fies et OEmres des Peintres les plus céHires de toutes les écoles, par C. P. Landoni OEmre du Poussin, n® iv, p. i8 et 19.

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