‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 129 sur 143 · VOYAGE DE FAUNES, DE SATYRES ET D’HAMADRYADES · texte numérisé non relu

VOYAGE DE FAUNES, DE SATYRES ET D’HAMADRYADES

qui marche devant, porte des pipeaux; le Satyre, un genou en terre, reçoit sur sou dos l’Hamadryade qui indique du doigt le chemin; derrière lui sont placés un autre Amour et le Faune chargé d’une corbeille de raisins et d’un vase plein sans doute ou destiné à se remplir de la liqueur de Bacchus, Dieu protecteur des F’aunes et des Satyres : c’est à travers un riche paysage et sous l’ombrage d’arbres touffus que s’avance ce groupe joyeux, dont les figures nues sont disposées avec une simplicité facile et animée qui fait pressentir a l’imagination du spectateur leurs ébats et leurs plaisirs. Quand les voyageurs seront arrivés au lieu du rendez-vous, quand ils se seront rejoints aux autres groupes qui les attendent, alors commenceront ces danses vives, ces jeux bruyants qu’échauffera une turbulente ivresse. Ouvrez l’OEuvre du Poussin; l’artiste les a suivis, et toutes les scènes de leur douce vie deviennent pour lui le sujet d’autant de chefs-d’œuvres (i).

C’est ce même peintre à qui Ylltstoii'C Sainte a fourni tant de compositions pures et graves, qui a puisé dans l’histoire grecque et romaine tant de tableaux du style le plus noble et le plus sévère ; il sait pénétrer dans les héroïques douleurs d’un saint martyr, comme dans les folles gaietés d’une Bacchanale, dans les mystères sacrés comme dans les fêtes de la mythologie païenne; et sa raison forte, son imagination flexible, devinent et reproduisent avec la même vérité les derniers sentimens d’Eudamidas mourant, le pieux ravissement de S. Paul et les joies profanes d’un Satyre.

On trouve dans l’ordonnance de ce groupe une nouvelle preuve de la justesse d’esprit et de goût qui caractérise ce grand peintre; et, ce qui est digne de remarque, c’est que cette preuve se rencontre dans la plupart de ses tableaux de ce genre. Il a soigneusement évité de mettre ses Salvres debout; il les a presque toujours représentés à genoux, assis ou couchés : il savoit que des ligures où les formes de l’animal s’unissent aux formes humaines ne pouvoient manquer de produire un effet désagréable si elles étoient offertes dans tout leur développement; ainsi, sans se priver de la vivacité de mouvement et d’expression que les Satyres pouvoient apporter dans les scènes auxquelles ils prenoient part, il les a placés de la manière la plus convenable à l’effet de l’ensemble, et la plus conforme à ce caractère d’élégance et de beauté dont il ne vouloit jamais se départir (a).

(1) Voyez une Danse de Faunes, de Satyres et de Bacchantes , dans les Vies et OEuvres des Peintres les plus célèbres; OEwre du Poussin, pl. clxxiii.

(2) Voyez les Bacchanales ; une Nymphe avec un

Satyre; Danse de Faunes, de Satyres et de Bacchantes; des Satyres surprenant une Nymphe endormie, etc., dans ]esVies etOEuvres, etc, par Landon, pl. cLxix, CLXxi, clxxii et clxxiii.

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