‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 133 sur 143 · ANTINOUS EN HERCULE · texte numérisé non relu

ANTINOUS EN HERCULE

néens, parceque ce peuple tiroit son origine de la Bithynie, qui devoir se glorifier d’étre la patrie de ce nouveau dieu. On lui éleva à Mantinée un temple orné de statues et de tableaux dont il étoit le sujet.

En conservant aux tètes d’Antinoüs le caractère d’un type original, les artistes leur ont donné une beauté qui approche de l’idéal , et dont les traits tiennent de ceux d’Apollon, de Bacclms, et de Mercure, par un doux mélange de grâce, de noblesse, d’élégance, et de force. La tête colossale d’Antinoüs du Musée Royal (i) est d’une beauté parfaite. Winckelmann (2) la regardait comme 1111 des premiers chefs-d’œuvres de l’antiquité, et la plaçoit après l’Apollon du Belvéder et le Laocoon.

Les statues d’Antinoüs prirent place dans les gymnases à côté de celles d’Apollon, de Bacclms, et de Mercure, qu’elles surpassoient souvent par leur beauté. Elles sont presque toujours nues et dans le style et le costume des dieux et des héros (3) , ou des personnages divinisés. Elles nous l’offrent souvent , ainsi que les médailles et les pierres gravées , avec les attributs d’Osiris, de Bacchus, et de Mercure, avec lesquels on l’a quelquefois confondu. Mais on ne connoît pas de médailles ni de pierres gravées où il soit représenté en Hercule, quoique l’on puisse croire qu’il l’ait été ainsi dans les gymnases. Une statue d’Antinoüs qui réuniroit la grâce voluptueuse de ses traits, le moelleux de ses contours à la vigueur et à la fermeté des formes d’Hercule, et qui seroit armée de la massue et de la peau de lion, deviendrait un monument très-précieux. Malheureusement il n’est guère possible de regarder comme une statue d’Antinoüs en Hercule jeune celle du Musée Royal, connue sous ce nom. La tête est bien celle du héros bithynien, et elle est antiepe; mais elle a été rapportée et ajustée sur un corps d’Hercule jeune, auquel même elle ne convient pas parfaitement. Il est même probable, ainsi cjue le pensoit M. Alsconti, que la tête de cette statue étoit celle de Commode, et qu’elle fut mutilée après sa mort par ordre du sénat, qui maudit sa mémoire. On sait que cet empereur se faisoit nommer l’Hercule romain, et qu’il aimoit à paroître en public avec le costume et les attributs de ce demi-dieu, auquel il avoit la prétention de ressembler par sa taille, sa force, et ses victoires sur les bêtes féroces.

Au reste, quel que soit le héros que cette statue ait représenté, elle n’en a pas moins de mérite du côté de l’exécution. La pose en est noble, le dessin a de la fermeté et de la souplesse ; les formes savantes et larges du torse et des cuisses sont bien modelées et d’un beau caractère.

(1) Sons le n“ loo, salle des Romains.

(2) Hist. de l'Art i et Monum. ined., p. 179.

(3) Par le titre de héros et A'héroiues, l’on n’entend pas toujours ces héros nés du sang des dieux et avides de combats et d’aventures, tels que nous les

voyons dans Homère, Hésiode, et les anciens poètes des temps mythologiques. Le mot de héros, sur les médailles grecques, répond au dwiis des Romains 5 et on le donnoit aux personnes à qui l'ou avoit accordé les honneurs de l’apothéose.

Page 1