D’APRÈS PAUL POTIER
Né en 1625, déjà grand maître et célèbre à quinze ans, mort en i654, avant d’avoir atteint sa vingt-neuvième année, Paul Potter est un de ces hommes rares qui, dans la durée d’une vie très-courte et dans un genre très-borné, se sont justement acquis une grande renommée; tant la perfection a de charme et exerce de puissance dès qu’elle se montre! Peu d’artistes l’ont atteinte aussi rapidement et aussi complètement que Paul Potter; à la vérité, il étoit infatigable; l’étude étoit son unique délassement, et il y consacroit tout le temps qu’il n’employoit pas à exécuter des tableaux; ses promenades mêmes étoient laborieuses: «Il portoit toujours un petit livre de papier blanc dans sa poche; et, dès qu’il apercevoir quelque chose qui le frappoit, il en faisoit un croquis; arbres, plantes, animaux, figures, rien n’échappoit à son recueil (i).« C’est sans doute à cette grande variété d’études et à la multitude des observations qu’elles lui fournissoient qu’il dut le rare avantage d’éviter la monotonie dans un genre qui seinbloit devoir l’y faire tomber; la vérité de ses peintures d’animaux est telle et reproduit si fidèlement la nature, qu’elles ne se rappellent point fune l’autre; on sent, en les examinant tour-à-tour, que l’artiste ne s’est jamais copié lui-même, et que son imagination, meublée d’un nombre infini de modèles, a reculé les bornes des compositions dans lesquelles ces modèles étoient propres à se placer.
Peu de tableaux de Paul Potter sont aussi riches et aussi animés que celui dont nous offrons ici la gravure ; ce sont tous les environs et toutes les dépendances vivantes d’une ferme située dans une belle prairie garnie d’arbres et arrosée par une rivière; des bestiaux et des animaux domestiques de toute sorte, couchés, broutant, ou se désaltérant; une paysanne occupée à traire une vache ; des nageurs , des baigneurs sortant de l’eau et s’habillant sur le rivage; un lointain vaste et clair, sans nudité,
(ï) Descamps, Vies des Peintres flamands, etc,,t. II, p, 354,
UNE PRAIRIE ARROSÉE PAR UNE RIVIÈRE, où l’on aperçoit un carrosse magnifique traîné par six chevaux; tel est l’ensemble de cette admirable composition , disposée avec tant d’art, que son étendue et la variété des scènes qu’elle contient ne produisent aucun effet d’entassement ni d’embarras.
L’exécution n’est pas moins parfaite que la composition; on y retrouve cette exacte dégradation des plans , cette vérité dans l’expression et l’attitude des animaux, cette finesse et cette vivacité de touche qui caractérisent les ouvrages de ce grand artiste : les devans et les arbres sont peints d’une manière large et moelleuse , et les lointains' avec une rare légèreté.
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