‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 138 sur 143 · NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

NÉMÉSIS

STATÜE (*).

Fille de l’Océan, selon quelques mythologues, et de la Justice, selon d’autres (i), la sévère Némésis, irritée des crimes de la terre, se retira dans le ciel: tout est soumis à sa justice divine; terrihle aux méchans, elle les intimide ou les punit ; douce et favorable à la vertu , sa main la protège; enfin Némésis fait tourner à son gré la roue de la Fortune, et poursuit sans pitié ceux qui s’enorgueillissent des faveurs de cette déesse ou des dons de la nature. Ces différentes attributions ont fait penser qu’il y avoit deux Némésis; l’une propice, l’autre terrible : mais il paroît que les anciens n’en reconnoissoient qu’une qui rendoit à chacun selon ses œuvres. Cette divinité n’est pas au nombre des dieux d’Homère. Hésiode est le premier poète qui eu fasse mention. Les tragiques et les mythologues de temps moins anciens ont altéré l’histoire de cette déesse; selon eux, Némésis plut à Jupiter qui, métamorphosé en cygne et poursuivi par Vénus changée en aigle, se réfugia dans les bras de l’innocente Némésis ; elle le reçut , s'endormit , et quelque temps après elle mit au monde un œuf, duquel naquit la belle Hélène, nourrie par Léda, qui passa pour sa mère. Celte fable est fort postérieure à Homère , mais elle étoit assez accréditée en Grèce pour que Phidias l’ait suivie (2) dans une statue de cette déesse, qu’il fit en mémoire de la victoire de Marathon, et qui fut placée àRhamnus; sa base étoit ornée de bas-reliefs qui représentoient en partie l’histoire que nous avons rapportée. Suivant

(") Celte Statue du Musée royal, salle de la Pallas, n“ 246 , haute de i mètre 94“^ millimètres (5 pieds 10 pouces), est de marbre de Paros; trouvée dans les ruines de Gabies (voy. Monum. Gahini, n°3i),elle iaisoit partie de la collection Borghèse. Le bras droit, très-important pour décider du caractère de cette figure, est en grande partie antique, ainsi que la main. La tête , quoique rapportée , est bien d’ensemble avec le reste de la statue, et d’un joli caractère; peut-être lui desireroit-on un peu plus de gravité et de dignité. M. Visconti croit que la coiffure de cette tête est du genre de celles qu’on nommoit Crobyluin, qu’on voit souvent sur des vases peints. Au reste, cet ajustement de tête n’est pas celui qu’on donnoit à Némésis; celle de Phidias (Pausao., , 33) portoit une couronne ornée de petites figures de victoires et de cerfs. La corne d’abondance que Némésis tient de la main gauche est antique , mais appartenoit à une autre statue

dont ou voit un fragment de doigt au milieu des leuiUages; il restoit dans la main de Némésis la partie inférieure de la corne, qui a indiqué cette restauration. Quoique ce soit un emblème des biens que dispense la justice divine, ce n’est pas un des attributs ordinaires de Némésis.

(1) Apollodore, 1. m, c. 10, et les notes de Heync; Athénée, 1. viii,p. 334;Hygiu, Geneal. etPoët. cjfr.,8; Éralosthènes, Catast., 25; le Scholïaste de Lycophron , V. 88, passage curieux. Outre ces auteurs, oti peut voir, sur Némésis, Lilio Gyraldi, Synt., 1^; la Mythologie d’Hermann, et ce qii’en dit Herder, Zerstreüete bldtter., 1' partie; le Mus. Pio-Clem., vol. II, pl. i3i et une Hymne rapportée dans les Analecta de Brunck, vol. II, p. 29a; et dans les Mém. de VAcad. des imcripl., vol. V, p. 187, où se trouvent tous les atlributs de Némésis, etc.

(2) Pausan.,24«., 33; Pline, iVaL, 36, 4-

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