‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 143 sur 143 · PARIS ET OENONE · texte numérisé non relu

PARIS ET OENONE

étoit si peu formé, qu’il a depuis avoué que, les premières fois, ce fut sans plaisir qu’il vit Raphaël.

Au milieu de pareilles circonstances, ce que Vanderwerfff a dû à son talent est d’autant plus remarquable, qu’il est plus aisé d’expliquer ce qui lui manque. On comprend sans peine pourquoi ses figures, ordinairement nobles, manquent presque toujours de style et de cette pureté de formes dont ses yeux avoient si tard entrevu le modèle; il a été forcé, par le défaut de coiinoissances anatomiques, d’envelopper, dans la plénitude et la rondeur des contours extérieurs, les détails du dessous qu’il n’étoit pas en état de deviner. Ainsi, ne connoissant de la nature que ce qu’elle dévoile aux yeux de tous, il a été obligé, pour la représenter, d’imiter tout ce que les yeux peuvent ou croient y apercevoir : de là cet excès de fini qui s’éloigne parfois de la vérité à force de la chercher; de là ces chairs trop souvent compactes et immobiles comme l’ivoire : ses étoffes sont admirables; les étoffes sont de main d’homme, la main de l’homme peut les copier et même les embellir. Du reste, les expressions de Vanderwerff sont belles; ses poses, nobles, agréables et naturelles; ses tableaux, bien composés; et ce fini, dont on peut quelquefois se plaindre, le conduit quelquefois à de charmans résultats.

Les amours d’OEnone et de Paris sont le sujet du tableau dont nous donnons ici la description. Paris, encore berger, encore amant peut-être, mais, selon toute apparence, déjà époux, est tranquillement couché près d’OEnone. Sa flûte à la main, on voit qu’il vient de s’interrompre pour un plus doux entretien. Son visage, tourné du côté d’OEnone, ne laisse voir que le contour de la joue et du front : cependant, à son maintien, à la pose de sa tête, on peut deviner qu’il exprime un désir plus tendre qu’ardent, plus animé par l’espérance que par la résistance. Ija Nymphe l’écoute avec une douceur et une complaisance qui ne songent pas à se déguiser. A leur gauche et dans l’enfoncement on aperçoit le fleuve Cédrène , père d’OEnone, appuyé sur son urne. Derrière lui est un tombeau dont on ne comprend pas trop le sens. Le fond est un bocage épais.

Ce tableau est peint sur bois.

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