‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 142 sur 143 · PARIS ET OENONE · texte numérisé non relu

PARIS ET OENONE

D’APRÈS VANDERWERFF.

Les difficultés de Part animent et instruisent le talent; les difficultés de la situation peuvent l’animer quelquefois, mais elles ne l’instruisent guère qu à ses dépens. Le génie porte en soi-même le germe de sa propre perfection ; il faut que les circonstances le touclient légèrement pour ne pas 1 altérer. Rapliaël naquit et vécut pour ainsi dire au milieu des sourires et des caresses des arts.

D’après le genre de composition de yanderwerff, il n’est pas douteux que son goût ne le portât aux idées nobles et gracieuses, et que ses pinceaux ne cberchassent naturellement l’élégance des formes ; mais ce n’étoit pas au moulin de Kralingues-Ambacht , lieu de sa naissance, que le fils d’un meunier hollandais pouvoir se pénétrer de l’image du beau. Protégé dans son goût pour le dessin par un peintre sur verre ami de la maison, et placé à Rotterdam chez un peintre de portraits, ce ne fut pas encore à voir, à faire, ou à copier des portraits hollandais, qu’il dut apprendre à se former un stjle. Après huit ans d’études, son père le destinoit encore au moulin , tandis que sa mère demandoit à Dieu qu’il pût devenir prédicateur. Heureusement le curé du lieu, qui sans doute s’y connoissoit, déclara que Vanderwerff ne seroit jamais un prédicateur, et le peintre sur verre prédit qu’il seroit un peintre. 11 fut donc permis au jeune homme de continuer ses études, et sous un meilleur maître. Quelque temps après , fuir des premiers tableaux de V anderwerff lui ayant été payé neuf ducatons, le père, surpris de l’énormité de la somme, l’envoya sur-le-champ à l’église reconnoître ce bienfait de Dieu , en donnant un ducaton aux pauvres. Assurément Vanderwerff avoit pu prendre dans sa farnille le germe de beaucoup de vertus, mais non pas celui de l’enthousiasme des arts.

Cependant , au milieu des habitudes les plus simples et même les plus grossières, un trait de beauté peut saisir et illuminer l’âme de l’artiste; mais, à vingt-huit ans, déjà connu, Vanderwerff n’avoit pas encore vu un tableau, pas une copie des tableaux des grands maîtres; et son goût

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