‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 22 sur 143 · UN ENFANT ENDORMI · texte numérisé non relu

UN ENFANT ENDORMI

D’APRÈS DONATO CRETI.

Il y a dans la vie des arts , comme dans celle des individus et des empires, des temps d’adversité d’où ils se réveillent brillans et glorieux, et des temps de prospérité où ils s’énervent et s’éteignent. Quand les Carrache eurent rétabli à Rologne et de là dans toute l’Italie le bon goût et la gloire de la peinture, les maîtres nombreux sortis de leur école répandirent en abondance les principes salutaires auxquels ils avoient dû leur succès ; principes d’autant plus puissans alors que, pour vaincre l’erreur et le mauvais goût, ils avoient eu besoin de s’armer de toute leur force. De toute part les clicfs-d’œuvres s’offrirent aux yeux des jeunes étudians, sollicitant des cliefs-d’œuvres nouveaux, et affermissant les habitudes du goût et l’empire des saines doctrines.

Parvenu à ce point de popularité, s’il est permis de le dire, un art a peut-être atteint le plus haut période où il puisse arriver sans se rajeunir par de nouvelles vicissitudes; et, cessant de marcher en avant, il ne sait plus que s’étendre et s’affoiblir. Alors il a sa science qui le facilite, ses modèles connus et indiqués cjui préviennent les grandes erreurs et les fautes grossières. Mais, alors aussi, le génie de l’invention, moins excité parce qu’il croit avoir moins à découvrir, ne s’exerce plus guère que sur les détails; et, s’il ne s’égare que sur quelques parties peu importantes, aussi n’arrive-t-il qu’à de peu importantes découvertes : les jouissances de l’art deviennent plus nombreuses, mais moins vives; et ces temps, où s’élèvent sans peine une foule de talens du second ordre, produisent rarement des artistes d’un ordre supérieur. La peinture, en Italie, se maintint dans cet état d’abondance tranquille, et sans grand éclat, pendant la fin du dix-septième siècle et la première moitié du dix-huitième ; après quoi, elle s’est endormie, pour laisser enfin à la France l’honneur de la réveiller.

Durant cette période, plus féconde que remarquable, quelques peintres s’élevèrent eependant au-dessus de leurs contemporains ; de ce nombre fut Donato Creti, élève de Pasinelli. Il seroit à peu près impossible

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