‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 24 sur 143 · PAR CLAUDE GELÉE, DIT LE LORRAIN · texte numérisé non relu

PAR CLAUDE GELÉE, DIT LE LORRAIN

Algarotti, en comparant entre eux, comme paysagistes, Le Poussin, Le Lorrain et Le Titien, dit des deux premiers : « Le Poussin a cherché « les sites les moins communs, les plus étrangers, des sites en quelque it sorte exotiques ; il les a enrichis de fabriques de formes extraordinaires, « les a peuplés de petites scènes savantes, comme de poètes qui redisent « leurs vers aux forêts, de jeunes gens qui s’exercent aux jeux de la « gymnastique des anciens : il semble en un mot qu’il ait plutôt tiré ses « paysages des descriptions de Pausanias que de la nature et de la réalité. « Le Lorrain s’est appliqué surtout à rendre les divers accidens de la ti lumière, tels qu’ils se montrent dans les nuages et dans les cieux : à « force d’études faites sous l’heureux climat de Rome, il est arrivé à « peindre les atmosphères les plus transparentes, les horizons les plus (I chauds, les plus vaporeux qu’on puisse voir; il a réussi, si on peut le « dire, à représenter le soleil lui-même qui ne se manifeste au peintre K que par ses effets, comme Dieu ne se manifeste à l’homme que par les « effets de sa puissance (i). »

Algarotti auroit pu presser et compléter sa comparaison en Lisant remarquer que Le Lorrain n’avoit point cherché comme Le Poussin des sites peu communs et des scènes savantes ; ses paysages en effet n’offrent rien qu on ne rencontre à chaque pas sous un beau ciel et au milieu d’une belle nature. Tout y est simple, facile; point de coups de lumière arrangés ; point de mouvemens de terrain bizarres ou gigantesques; point d’entassement d’arbres, d’eaux, de verdure; ses lointains ne sont jamais surchargés de bâtimens; ses horizons ne se découpent point en ondulations extraordinaires : ce ne sont point les accidens, les raretés de la nature qu’il met sous nos yeux. Il n’est personne qui , en traversant un paj s de montagnes et entre autres la Suisse, n’ait été frappé d’une infinité d’aspects singuliers, dont la nouveauté arrête, étonne et qu’on ne retrouve pas ailleurs ; ce sont des chutes d’eau , des groupes de bois , des masses

(i) Algarotti, Saggio sopra la pittura, l. III , p. i33.

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