D’APRÈS DELORME
Vaîv Eyr, peintre flamand du XIV® siècle (né en i5yo), à qui l’on attribue 1 invention de la peinture à riiuile, est aussi le premier peintre connu pour avoir appliqué à la perspective des règles certaines. En Italie, dans la première moitié du XV® siècle, Piero délia Francesca, peintre et géomètre, donna non seulement des exemples, mais des préceptes de perspective. Romano Alberti, qui écrivoit un siècle après lui, cite de lui des écrits sur ce sujet, conservés alors dans la bibliothèque du duc d’ürbin, et Vasari parle avec admiration d’un vase, célèbre encore de son temps, dessiné par Piero délia Francesca avec un tel art, qu’on en vojoit les quatre faces {^Dinnanzi , di dieUx), e dai lüti ^ , le fond et l’ouverture. Dès-lors les peintres d’histoire, particulièrement ceux de l’école de Milan, commencèrent à s’appliquer à la perspective ; mais elle fut surtout cultivée dans les premières années du XVF siècle. On l’employa alors comme oimement dans les palais et les églises, où l’on s’en servit très-souvent pour agrandir à l’œil des espaces trop rétrécis. Ou voit à Capo d’Istria, sur le maitre-autel de la principale église, un tableau de Victor Carpaccio, dit le Vieux, où la sainte Vierge est représentée assise sur un trône entre deux rangées de colonnes qui faisoient suite à celles de l’église, et produisoient, dit-on, une singulière illusion. Depuis, les colonnes de l’église ont été ôtées ou reculées pour agrandir une tribune, et l’effet de la perspective a été détruit. Les vieillards qui l’avoient vu en parloient, dit Lanzi, avec regret, et comme d’une espèce d’enchantement. Ce genre de peinture fut très-encouragé à Florence par les Médicis, attentifs à occuper sans cesse le peuple de fêtes et de spectacles que les plus grands peintres d’alors étoient appelés à embellir par de magnifiques décorations. II a continué de subsister en Italie, à travers différentes vicissitudes, tantôt considéré comme une des branches intéressantes de l’art, tantôt rejeté presque dans la classe des métiers; souvent défiguré par le mauvais goût, mais toujours employé en grand et pour le décor. Les tableaux d’architecture furent nécessairement très-rares dans un pays où la pein-