LE SILENCE DE LA VIERGE
« s’élevoit vers le ciel et adoroit le Dieu des deux. Qui osera dire les « hautes visions qui peuvent bénir le sommeil d uii enfant ? »
Ces vers semblent faits pour le Christ enfant et pour le tableau du Carrache. Jésus dort; le calme le plus profond est répandu sur ses traits, dans son attitude, dans tous ses membres : la grâce et la fraîcheur de l’enfance donnent à la figure une douceur, une naïveté parfaites: seulement les proportions sont un peu plus fortes qu’il ne convient à son âge et à la taille de sa mère; mais cette inexactitude, si souvent reprochée a l’artiste, ne laisse pas de prêter à l’enfant divin un caractère de grandeur qui se retrouve au plus haut degré dans l’expression de la tête : cette expression, véritablement imposante, semble indiquer, comme le dit le poète, que dans ses rêves il s’occupe de pensées au-dessus de son âge, et cette seule indication , réveilllant en nous le souvenir de la vie entière du Christ, de ses mœurs si graves et si douees, de ses préceptes si pio- Ibiids et si simples , nous fait ajouter au charme du tableau tout le charme de cette auguste histoire.
La Vierge est ici d’une beauté qui se fait admirer même à côté des Vierges de Raphaël; elle n’a peut-être pas autant de naïveté que la belle Jardinière , autant de grâce que la Madoniia délia sedia; mais sou expression est pleine de sérénité, de douceur, et son action est parfaitement d’accord avec cette expression : elle n’écarte pas le petit saint Jean qui touche la jambe de Jésus et va troubler son sommeil ; elle se contente de lui faire signe de se tenir tranquille, en mettant le doigt sur la bouche; elle semble craindre de remuer elle-même. Quant au petit saint Jean, c’est une des plus charmantes figures qui aient jamais été peintes; finesse, naturel, grâce enfantine, tout s’y trouve : il a grande envie de toucher le petit Jésus; il regarde la Vierge avec une attention inquiète, comme pour savoir jusqu’où il peut aller et si la défense est bien positive. Cependant il se soumet, il n’avance plus, mais il reste où il éloit lorsque Marie lui a fait signe; il ne se retire pas encore. Peu d’artistes ont réussi aussi bien à réunir dans une tête d’enfant tous les petits sentimens vifs, malins et cependant timides, qui se combinent à cet âge avec tant de facilité, de promptitude et de naïveté.
Annibal Carrache a traité fort souvent des sujets de ce genre, composés des mêmes personnages : on les retrouve dans trois gravures de sa main, deux à l’eau-forte et la troisième au burin (i).
(i) Bellori, Viite dipittori, etc.,p. 88.
Pbopobtions.
Hauteur, o“^‘™ 36"“''“ = iP"* Largeur, o 44 = i
J pour. 3% 535,