‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 50 sur 143 · QUI SÉPARE UN BOIS DE LA RIVIÈRE · texte numérisé non relu

QUI SÉPARE UN BOIS DE LA RIVIÈRE

PAR J. WYNANTS.

Si Jean Wynants est bien inférieur à Claude Gelée pour les effets de lumière, pour la richesse et l’harmonie des compositions, il s’en rapproche en ce qu’il a presque toujours, comme lui, représenté une nature simple, sans bizarrerie, sans accidens extraordinaires : il est même,- si l’on veut, plus près de la réalité que Le Lorrain ; non seulement il ne s’élève pas comme lui à ces conceptions idéales qui, sans rien produire d’étranger à la vérité, bannissent d’un tableau tout ce qui ne concourt pas à l’effet général, et y réunissent tout ce qui peut rendre cet effet plus complet et plus harmonieux; mais il cherche même quelquefois, surtout dans ses premiers plans, à rendre les détails avec une minutieuse exactitude. Dans le paysage, par exemple, dont on voit ici la gravure, les troncs d’arbres placés sur le devant et les plantes qui croissent autour sont détaillés avec un soin extrême; les feuilles des plantes, les veines du bois sont découpées et étudiées comme si l’œil les voyoit de très-près. De là résulte que ce premier plan est trop voisin du spectateur, inconvénient d’autant plus sensible que le paysage embrassant un grand nombre de plans et un espace fort étendu, l’effet des devants sur la gauche n’est pas d’accord avec celui de l’ensemble. On peut remarquer que la plupart des paysagistes tombent souvent dans ce défaut; ils nous offrent d’abord de grands arbres imposans par leurs masses ou par leur vieillesse , où ils déploient leur talent pour rendre toute la vérité de la nature; ils donnent aux tons de ce premier plan beaucoup d’éclat, de vivacité; nous obligent ainsi à croire fort petite la distance qui nous en sépare, et veulent ensuite nous faire embrasser de vastes lointains, un terrain immense, comme si l’on pouvoit voir et saisir un grand ensemble quand on voit de très-près. Le Lorrain, avec son habileté ordinaire, a évité cet écueil : ses premiers plans aussi-bien que les derniers sont peints comme nous devons les voir de la distance où il nous place; tout est d’accord, tout tend à 1 effet

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