‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 52 sur 143 · MINERVE ARMÉE DE L’ÉGIDE · texte numérisé non relu

MINERVE ARMÉE DE L’ÉGIDE

STATUE (i).

Ln portant les jeux sur celte statue on est d’abord frappé de l’admirable exécution de la draperie, et de celle de l’égide, sjinbole qui carac-, térise la fille guerrière de Jupiter. Cette espèce de cuirasse flexible, ouvrage de Vulcain, imiioil une peau de chèvre (^2). On ne pouvoir en soutenir la vue ; l’horreur et l’épouvante l’environnoient de toutes parts; et la tête de la Gorgone expirante, attachée dans le milieu, glaçoit tous les courages. Les artistes grecs, qui ne pouvoient atteindre à l’éclat des couleurs poétiques dont l’auteur de ITliade avoit peint l’égide, ont, par une invention ingénieuse, substitué des serpens vivans aux franges qui , dans le poème , bordent cette armure divine : mais dans les productions des artistes, comme dans les images d’Homère, la tête de Méduse en fait toujours l’affreux ornement.

Minerve se couvre de l’égide lorsqu’elle marche aux combats. Le statuaire semble l’avoir ici représentée revenant de la bataille. Elle est victorieuse et encore tout armée. Le casque qui la coiffe est orné sur le devant de deux têtes de belier, emblèmes des machines militaires qui servoieni chez les anciens à battre les murs des villes. Mais la déesse est tranquille ; sa main gauche paroît dans l’altitude de s’appuyer sur une lance, et sa main droite portoit probablement, comme à Athènes, une figure de la victoire (3).

Le spectateur curieux de connoître les costumes antiques n’examinera pas sans quelque étonnement l’extrême simplicité de l’habillement de Minerve. C’est l’ancien babillenient dorique , consistant en une seule pièce d’étoffe rectangulaire. Comme la longueur de l’étoffe dépasse de beaucoup celle de la personne , les bords supérieurs se replient et

(i) Cette statue de marbre peutélique est haute d'un mètre 96 centimètres (6 pieds 6 lignes). Les conquêtes d’Allemagne de 1806 et 1807 en ont enrichi le Musée; auparavant on la voyoit à Casse). La tête, quoique antique , est rapportée , et n’égale point en beauté le reste de la figure ; les bras et les extrémités des pieds sont modernes.

(2) Homère,i/tarfe,l.v,v.738,et I. xv, v. 3o8jV‘rgile, Æn. 1. vnijV. 435. Voyez aussi la note (2) dans l’explication de la Minerve pacifique^ à la 55“'^^ livraison du Musée français, et ce que je dis sur l’égide d’une autre statue de Minerve, à la 62“' livraison du même ouvrage.

(3) C’étoit le symbole des divinités victorieuses, ou, comme les Grecs les appcloient, Nicéphores.

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