‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 55 sur 143 · LA MORT DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA MORT DE LA VIERGE

comme son caractère, fut cliaiid, bouillant, plein de verve et de vérité, mais peu correct , peu noble , peu soigneux des convenances et de 1 ensemble ; il ne cherchoit que la nature , sans s’appliquer à la choisir ou à l’embellir; c’est la nature des rues, des places publiques, cette nature simple et grossière , dont les formes sont lourdes , les sentimens peu compliqués, les passions violentes, les expressions franches et fortes, dont la peau est rude , le maintien un peu courbé. C’étoit là que Le Caravage prenoit ses modèles ; la tète d’une jeune femme du peuple étoit pour lui celle de la Vierge ; ses saints lui venoient des cabarets; et si, entraîné par la situation, il anime quelquefois ses figures de sentimens plus relevés , on aperçoit toujours à travers cet élan vrai , mais momentané, cette trivialité hors de laquelle il ne voyoit point de vérité, pareeque c’est là en effet la vérité qu’on rencontre le plus souvent.

<( Cette manière de peindre du Caravage , dit Rellori , étoit aussi d’accord avec sa jthysionomie et sa ligure: il étoit fort brun; il avoit les yeux bruns, les sourcils et les cheveux noirs : cette apparence sombre et animée fut celle de ses tableaux (i). »

Malgré la vogue qu’il obtint , il eut quelquefois des dégoûts à essuver; chargé de plusieurs tableaux d’église, il les vit enlever de dessus l’autel, parce qu’on en trouvoitles expressions et les attitudes inconvenantes. Son Evangéliste S. Matthieu fut ainsi banni de l’église de Saint-Louis des Français, et il en repeignit un second. Sa Mort de la Vierge, dont on v^oit ici la gravure , ne put rester non plus dans l’église délia Scala , parce cju’il y avoit trop imité, disoit-on, une femme morte hydropique (2). Cette critique de la figure de la Vierge n’étoit peut-être pas sans fondement; mais quand on examine le reste du tableau, elle paroît un peu dure ; des poses faciles et naturelles , une douleur simple et profonde , une couleur chaude et vraie rendent les amis des arts moins sévères que les religieux.

(1) Belloli , ibidem,, p. 21/j.

(2) Bellori, i'i/é/e/H, p. 2o5,2i3 — h?>x\z\,Stor. pitt. délia Italia , II. p. iG-'i.

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