D’APRÈS GÉRARD DOW
Plus les arts s’élèvent, plus ils deviennent sévères sur le choix de leurs moyens. Ainsi la haute comédie rejette les costumes bizarres et les. caricatures grotesques de la farce ; ainsi la tragédie n’admet que rarement la pompe de l’opéra et le fracas du mélodrame : de même le peintre d’histoire s’interdit ces ornemens étrangers, ces accessoires sans liaison nécessaire avec le sujet, qui font souvent en grande partie l’agrément et le mérite d’un tableau de genre.
Assujetti, comme le peintre de genre, à représenter avec vérité les formes extérieures des objets, le peintre d’histoire ne s’en sert cependant que pour nous révéler une vérité intérieure et morale cachée au fond de l’àme des personnages dont il nous expose les actions visibles. Or cette vérité, qui est celle des mouvemens intimes du sentiment et de la pensée, ne peut se révéler qu’à des sentimens et à des pensées analogues : pour comprendre l’état moral dont on a voulu lui donner une idée, il faut C[ue le spectateur le partage jusqu’à un certain point; il faut que, par l’attention qu’on sait exciter en lui sur une situation qui lui est étrangère, il s’en pénètre, et, qu’à l’aide des données que lui fournit à cet égard sa propre imagination, il aille pour ainsi dire à la rencontre de l’effet qu’on veut produire en lui. Cet effet seroit donc manqué ou du moins considérablement affoibli, si, par un étalage superflu d’accessoires étrangers à l’action qu’on lui représente, son attention se trouvoit détournée et dirigée dans une autre route.
L’effet que veut produire le peintre de genre se borne souvent au plaisir que nous procure l’imitation vraie des formes extérieures. Pour sentir ce plaisir, le spectateur n’a pas besoin de sortir de la situation qui lui est propre, il se trouve donc toujours prêt à le recevoir de quelque manière qu’il lui soit présenté, et peut le demander tour-à-tour à des objets tout-à-fait divers, sans que l’impression de l’un nuise à celle de l’autre. Son âme et son intelligence ne sont pas assez actives dans cet exercice pour qu’il lui soit nécessaire d’en réunir et d’en concentrer les forces.
C’est donc en raison inverse de l’effet moral qu’il veut produire que