SABINE
L’épouse d’Adrien est représentée ici dans la fleur de la jeunesse, telle ([ue nous la voyons sur les médailles frappées au commencement du règne de son mari. Sa physionomie régulière , douce et ouverte , ne présente aucune trace de ce caractère acariâtre et peu pliant que les biographes lui reprochent , et qu’il nous ont transmis peut-être avec quelque exagération (i).
Rien de plus riche ni de plus fin que la draperie de celte statue. Les différentes étoffes de la tunique [stola) et de la palla ou manteau y sont si bien caractérisées, le jeu et Fagenceinent des plis si bien entendus, que cette figure peut fournir aux statuaires un objet d’études. Je n’appellerai cependant leur attention que sur le pan du manteau qui prend une forme jtyramidale en se renversant sur le devant des hanches, et en descendant jusqu’au genou, tandis que la partie supérieure est déterminée par les plis qui se multiplient et se resserrent autour de la ceinture. Cette manière ingénieuse de faire sentir au premier aspect, dans une figure richement drapée, une des grandes divisions du corps humain, nous la retrouvons dans plusieurs autres statues. On peut citer pour exemples la Pallas de Velletri (2) et la déesse restaurée en Junon, conservée dans le Musée du Vatican (5) , ouvrages qui remontent fun et l’autre au siècle de Phidias ou de son école. Ce n’est qu’en remarquant la simplicité et l’heureux effet de ces méthodes, et en comparant les uns avec les autres les divers monumens où l’on en retrouve l’application, que nous pouvons espérer de découvrir quelques vestiges de ces règles ou canons qui avoient élevé à un si haut point l’art statuaire chez les anciens ( j).
La chaussure, socciis , qui ne laisse à nu aucune partie du pied, esi la plus usitée dans les statues des femmes romaines (5).
rayons solaires, et qu ainsi elles pouvoient convenir aux couronnes des divinités. Les arabesques du rlijton offrent le masque barbu d’un Fleuve au milieu de deux cygnes. Ces ornemens font allusion àl'usage du rhjton, quiétoitune corne de bœuf servant de tasse à boire, et à l’origine de la corne d'abondance , qu’on suppose avoir été une des cornes du fleuve Achéloüs , qui avoit pris, en combattant contre Hercule, la forme d'un taureau. La nymphe Anialtbée avoit rempli cette corne de fruits de toute espèce.
(i) Spartien, Hadrianus , c. ii; Aurelius Victor; Excerpta, c. xiv. Une inscription rapportée par Pococke {Inscript, p. 91) nous apprend que Sabine
quinzième année de son règne, c’est-à-dire, plus de quinze ans après leur mariage. Ce fait semble prouver que la discorde entre les deux époux n’arriva jamais à ces excès auxquels des biographes postérieurs peuvent avoir ajouté foi d'après des traditions vulgaires.
(2) Voyez le Musee français.
(3) Museo Pio-Clementino J 1. 1, pl. 2.
(4) Le lecteur qui parcourra les Recherches sur l'art statuaire par M. Eméric-David y trouvera , à la p. 3o5, des observations originales et précieuses faites dans le même sens.
(5) Voyez le Museo Pio- Clementino , t, III ,
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