SABINE
STATUE (i).
Le rhjton ou corne d abondance , emblème des divinités bienfaisantes , devint un des attributs des princesses déifiées , depuis que Ptolémée Philadelphe le fit donner pour symbole aux statues d’Arsinoé, sa femme et sa sœur (2). Cet exemple fut suivi par les Romains lorsqu’ils placèrent au rang des déesses les épouses et les filles de leurs Césars. Ainsi , sur une médaille connue de Caligula, les trois sœurs de ce prince, représentées sous la forme de trois divinités (3) , tiennent chacune en mains une corne d’abondance remplie de fruits.
Ija statue que nous examinons, trouvée près Au forum de Gabies, et dans un endroit qui étoit consacré au culte des empereurs (4) , appartenoit sans doute à une personne de leur rang ou de leur famille. La perte de la tête, ainsi que l’absence de toute inscription, ne permet aucune conjecture sur le sujet représenté, autre que celles que l’excellence de l’ouvrage pouvoir suggérer sur l’époque où il fut exécuté; car il est impossible de regarder cette sculpture comme postérieure au siècle des Antonins.
Une tête de l’impératrice Sabine, qui, par la beauté du travail, par la qualité du marbre , les dimensions et la conservation , se prêtoit parfaitement à réparer ce défaut, a été adaptée dans l’encaissement que l’ancien artiste avoit disposé pour recevoir un portrait (5), et l’ouvrage a retrouvé, pour ainsi dire, sa première intégrité. Le spectateur qui ignoreroit cette restauration ne la soupçonneroit jamais , tant le style de l’un des morceaux s’accorde avec celui de l’autre, jusque dans les arabesques qui enrichissent également la surface du rhyton et l’ornement cintré de la coiffure (6).
(1) Cette Statue, sonie en 1792 des fouilles A^Gahii, à quatre lieues de Rome, dans le territoire àt Pa/itano de Grijyi, domaine de la maison Borghèse, est haute de 2 mètres n centimètres (6 pieds 6 pouces), et exécutée en marbre de Luni de la plus grande beauté. La tête antique y a été rapportée; les mains et l'avantbras droit sont modernes. Ce monument a passé dans le Musée Napoléon, par l'acquisition qu’a faite S. M. de la collection Borghèse.
(2) Athénée , 1. XI , p. , b et c.
(3) Elles sont désignées par leurs noms ^ Agtippina , Drusilla, Julia.
(4) Plusieurs autres statues impériales furent trouvées dans la meme salle.
(5) On pratiquoit des cncaissemens de ce genre sur la plupart des statues honoraires , particulièrement dans les luunicipes et les villes de province. On pouvoit ménager par ce moyen le temps et les frais lorsqu’on vouloit déférer l’honneur d’une statue à un personnage nouveau.
(6) Les arabesques du diadème ou stlengis qui surmonte la coiffure présentent des halaustici ou fleurs de grenadier entrelassécs à des feuillages. Nous avons vu ailleurs que ces fleurs étoient des emblèmes des