LE CHRIST DÉPOSÉ DE LA CROIX
d’animaux , ou de riches ornemens , ou une grande quantité de vases d’airain, qu’il savoit rendre avec un éclat surprenant, étoit l’objet de sa préférence. Dans quelques autres sujets qu’il a aussi traités fort souvent, comme Notre Seigneur sur la montagne des Oliviers ou déposé de la croix, il a généralement employé la lumière des torches et des llaiiibeaux, d’oii il tire les effets les plus frappaiis par le contraste des teintes qu’il sait opposer entre elles sans rompre l’harmonie; de manière, dit Algarotti, qu’il parvient à les faire véritablement reluire et briller : d a aussi cherché dans ses compositions à faire contraster les attitudes ; ce qui lui étoit peut-être nécessaire pour déguiser la ressemblance -de ses figures, dont il a très-habituellement pris les modèles dans sa propre famille. C’est ainsi qu’il a su tirer d’un très-petit nombre d’objets d’imitation tout ce que ces objets étoient susceptibles de produire; car le feu du talent ne se laisse point étouffer, mais se fait jour par différentes voies. On a reproché au Bassan quelques défauts de perspective, défauts bien rares dans l’école Vénitienne; on a prétendu aussi que, ne sachant pas bien faire les pieds et les mains, il avoit soin d’ordinaire de les cacher; quelques-uns de ses tableaux prouvent du moins ce qu’il a pu en ce genre : mais il est certain qu’il ne fit pas toujours ce qu’il pôuvoit; pressé de peindre et de vendre, il envoyoit ses ouvrages aux foires les plus fréquentées ; leur nombre ne nuisit point à leur réputation ; les cours s’empressèrent de faire travailler Le Bassan; et Paul Véroiièse lui donna son fils pour élève.
Le tableau dont on donne ici la gravure est un Christ mort représenté à la lueur d’une torche, comme le sont dans les ouvrages du Bassan presque tous les sujets de ce genre; la torche jette une vive lumière sur les genoux et la poitrine du Christ, ainsi que sur quelc|ues-uns des traits de son visage vu en-dessous , parce qu’il a la tête renversée dans les bras de Joseph d’Arimathie : le front chauve, la barbe blanche et le vêtement rouge de ce vieillard, les cheveux blonds de Madeleine et le voile blanc de Marie, ont de même un éclat singulier, quoique naturel; les trois femmes sont aux pieds du corps; dans l’enfoncement, on voit S. Jean qui paroit arriver, et de l’autre côté, un homme qui a aidé à descendre le Christ et tient encore l’échelle. La douleur est peinte sur toutes ces figures ; l’expression en est tranquille et silencieuse , mais vraie ; les détails sont d’une grande beauté, et le coloris est. d’une chaleur admirable.
{ Hauteur, = 10'’““' 6“6-
I Largeur, 1 33 =7
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