‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 63 sur 143 · PAR A. VAN OSTADE · texte numérisé non relu

PAR A. VAN OSTADE

Si l’on pouvoit douter du plaisir que la ve'rité fait aux hommes, on n auroit, pour s’en convaincre, qu’à songer à l’effet de certains tableaux de genre. On n y voit rien de réellement agréable , rien même qui , dans la nature, attire spécialement l’attention. Qui n’a traversé un marché aux poissons ? Des figures comme on en voit dans toutes les rues ; un mouvement monotone bien plus que bruyant; point de scènes qui attirent les regards; une odeur infecte; rien qu’on cherche à voir pendant qu’ony est, et quon se rappelle quand on n’y est plus : on ne regarde point, on passe.

Passera-t-on sans regarder devant le Marché aux Poissons de Van Ostade? Il n’y a cependant rien ajouté; c’est un marché comme on en voit tous les jours ; sur le devant un marchand de poissons qui ressemble à tous ceux qu’on a vus et dont on ne se souvient pas; dans le fond, des gens qui vendent et reçoivent de l’argent, d’autres qui achètent et payent. Point d’action, point de beauté : et cependant on s’arrête, on se plaît devant le tableau.

C’est que la vérité plaît toujours , même quand sa réalité seroit complètement indifférente. La représentation de l’objet le moins propre à intéresser devient intéressante lorsqu’elle est parfaite. C’est l’artiste seul qu’on admire; c’est l’effort de l’art d’un homme qui charme les hommes devant lesquels est exposé son ouvrage. H y a, si l’on peut le dire, de T esprit de corps dans ce plaisir; nous aimons à voir jusqu’où peut aller notre industrie : ce n’est point un mérite pour la nature que d’être vraie, car elle ne peut pas ne pas être elle-même; mais c’est un grand mérite pour l’art que d’avoir su reproduire la nature et d’être vrai comme elle; ce mérite suffit pour attirer nos regards et nous plaire. C’est celui qui arrête devant certains tableaux de genre, comme celui dont nous parlons, des hommes même qui ne sauroient apprécier tous les détails du talent du peintre et lui tenir compte de la vigueur du pinceau, de l’empâtement des couleurs, de la finesse du travail, de tous les moyens enfin par lesquels il est arrivé à cette vérité qui frappe tous les yeux.

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