‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 7 sur 143 · PORTRAIT D ERASME · texte numérisé non relu

PORTRAIT D ERASME

D’APRÈS HOLBEEN.

Érasme nous apprend lui-mème, dans sa vie, que, peu content de sa figure, il n’avoit cédé que par force [vixque extortum) aux prières que lui adressoient ses amis pour qu’il se laissât peindre; cependant, comme son portrait a été plusieurs fois répété par son ami Holbeen, à différons âges et en différentes attitudes , il J a lieu de croire que sa complaisance ne s’est pas très-facilement lassée de céder à la violence dont il se plaint.

De ces divers portraits, le Musée Rojal possède peut-être le plus remarquable. Érasme, dans son habit de prêtre qu’il porta peu régulièrement, mais sans scandale et sans indécence, est représenté de profil et écrivant; l’attitude est d’une vérité et d’une simplicité parfaites; et l’occupation dans laquelle il est représenté a fourni au peintre l’occasion de mettre enjeu tous les caraetères de la physionomie de ce grand écrivain, comme on peut supposer que sont en jeu dans ce moment toutes les facultés de son esprit ; en effet l’esprit d’Érasme se montre tout entier dans l’expression un peu maligne de son œil baissé, dans sa bouche, où se confondent le sérieux du travail et le sourire de la moquerie; tout en lui porte l’empreinte de cette modération qui n’est pas tout-à-fait celle de la philosophie, mais plutôt celle de la prudence et peut-être du dédain; peu de choses lui paroissent valoir la peine que l’on expose pour elles la tranquillité de sa vie ; ennemi de toute contention capable de troubler l’ordre qu’il trouvoit plus commode, et la paix qu’il trouvoit plus sûre, Érasme aima la vérité jusqu’au martyre exclusivement , et tout ce qui pour lui auroit été martyre, comme les injures et les libelles, blessures auxquelles il évita, le plus qu’il lui fut possible, d’exposer son amourpropre , trop sensible pour n’être pas circonspect. On voit cependant à sa figure qu’il n’évitera pas toujours de les mériter; que la malice de son esprit l’emportera plus d’une fois sur la réserve de son caractère, et qu’il se refusera difficilement à cette sorte de gaieté qu’inspire le ridicule.

Deux grandes renommées s’associent dans le portrait d’Érasme , celle du peintre et celle du modèle. Les défauts qui régnoient assez généralement dans la peinture à l’époque où vlvoit Holbeen, comme un peu de sécheresse dans les contours et un mauvais goût de draperie , sont bien

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