LA VIERGE AU DONATAIRE
les yeux levés vers le ciel, et dans l’attitude de l’adoration; derrière S. François, S. Jean le Précurseur montre et annonce au monde le divin enfant. Entre ces deux groupes et précisément au milieu, un petit ange, debout et vu de face, tient dans ses mains une tablette sur laquelle se lisoit une inscription que le temps a totalement effacée, et ses yeux leves au ciel eu font 1 offrande à la Vierge. ^
Cette tablette, cette inscription, l’habit de cardinal donné à S. Jérome, l’ordonnance de ces quatre figures placées symétriquement aux deux côtés du tableau, et séparées en deux groupes pareils au moyen de ce petit ange , si parfaitement au milieu , si droit et si bien de face , semblent conserver encore quelque chose du système de peinture auquel Raphaël avoit déjà substitué le sien, et indiquent probablement un usage encore imposé dans les tableaux de ce genre. Mais, le genre et le sujet donné, il ii’appartenoit qu’à Raphaël d’en faire un chef-d’œuvre. La Vierge au Donataire est, en effet, l’une des plus belles, la plus belle peut-être de ces Vierges, création du génie de Raphaël, désignées par son nom, et dont le caractère pur et céleste faisoit dire à Carie Maratte que si , ne connoissant pas l’existence de Raphaël, il eût vu un de ses tableaux, il l’eût cru peint par un ange. La figure du petit Jésus est un modèle de grâce enfantine unie à l’imposante simplicité d’une physionomie où règne déjà le sentiment de la grandeur et de la puissance. La tète de S. Jérôme, grave, noble, pleine de force et d’autorité, annonce plutôt le docteur que l’anachorète : celle du Donataire offre la perfection de la vérité et de la nature. Une franchise agreste, une probité sauvage, ardente, inflexible, donnent à la physionomie de S. Jean le Précurseur le caractère le plus frappant et le plus singulier; toute sa figure porte l’empreinte de la pénitence, non pas timide et craintive, mais brûlante, active, embrassée avec toute la passion de l’amour et de la foi, avec toute la force d’un caractère inébranlable; son geste annonce le rédempteur : il l’annonce, non pas avec l’empire d’un maître qui enseigne ou qui affirme ; le vrai maître est là , qui oseroit douter en sa présence ? Son fidèle serviteur croit pouvoir se contenter de le montrer; et, par la sévérité de son regard, semble vouloir prévenir jusqu’à la pensée de l’incrédule. Un fervent amour anime toute la contenance de S. François; et la figure de l’ange qui tient la tablette est peut-être ce que cette composition offre de plus ravissant pour la beauté et pour l’expression.
Ce tableau, peint sur bois, a été transporté sur toile.
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Hauteur, 2“^“'* iop™''
Largeur, i 6i 2“-œ5 lo