PAR KARL DU JARDIN
L y a des différences frappantes entre les peintres flamands ou hollandais qui ont voyagé et séjourné en Italie, et ceux qui ne sont jamais sortis de leur pays Les premiers répandent sur leurs tableaux une lumière plus vive, plus brillante; leurs paysages sont moins touffus, moins frais peut-etre; leurs fabriques sont plus légères; leurs figures même ont quelque chose de moins rustique, de plus fin ; la gaieté y paroît plus spirituelle et malicieuse que franche et animée ; leur naïveté est moins triviale. Nous avons déjà eu occasion de remarquer ce caractère; Karl du Jardin nous en offre un nouvel exemple : né à Amsterdam en i64o, il alla fie honne heure en Italie , et y partagea son temps entre l’étude et des divertissemens qui firent plus de tort à sa fortune qu’à son talent : comme il retournoit en Hollande, il s’arrêta à Lyon, y fit quelques tableaux et t.ant de dettes, que, pour se débarra.sser de son hôtesse, qu’il ne pouvoit payer, il l’épousa. Un peintre étoit destiné à donner à un poète l’exemple de ce singulier moyen de se tirer d’embarras. Dufresny, né huit ans après du Jardin, étoit, comme lui, toujours prodigue et toujours sans argent. Le Sage a consigné dans le Diable-Boiteux l’histoire de son mariage avec sa blanchisseuse : il s’agit des hommes qui méritent une place aux Petites-Maisons : « J’y veux envoyer aussi, dit le Diable, un vieux garçon de bonne famille, lequel n’a pas plutôt un ducat qu’il le dépense , et qui , ne pouvant se passer d’espèces , est capable de tout faire pour en avoir. Il y a quinze jours que sa blanchisseuse, à qui il devoit trente pistoles, vint les lui demander, en disant quelle en avoit besoin pour se marier à un valet de chambre qui la recherchoit. Tu as donc d’autre argent , lui dit-il, car où diable est le valet de chambre qui voudra devenir ton mari pour trente pistoles ?
— Hé, mais, répondit-elle , y’af encore, outre cela, deux cents ducats.
— Deux cents ducats! répliqua-t-il avec émotion, malpeste! tu nas qu’à me les donner à moi ; je t’épouse, et nous voilà quitte à quitte. » Il l’épousa en effet, et, à ce qu’il paroît, vécut long-temps heureux avec