VÉNUS AU BAIN O
PoLYCHARME avoit Sculpté Vénus dans l’action de laver ses membres divins, et cette statue étoit placée à Rome dans le portique d’Octavie(i). Nous avons vu, en examinant une autre statue de la mère des Amours, avec quelle adresse les artistes grecs avoient choisi le moment du bain pour avoir un prétexte plausible de représenter sans aucun voile la Déesse de la beauté (2); et comment on avoit peu varié, depuis Praxitèle, la pose que ce grand artiste avoit donnée à sa Vénus de Guide. D’autres statuaires , certainement postérieurs , avoient inventé les attitudes des Vénus accroupies, qui se ressemblent presque toutes, sauf quelques légères modifications. Telles sont la Vénus accroupie de la collection Farnèse (3); celles de la galerie de Florence (4), du Musée du Vatican (5), et du jardin de Lndovisi (6).
La statue que nous avons sous les jeux diffère de ces dernières par le mouvement du torse, et des bras, qui, tout modernes qu’ils sont, conservent encore assez d’antique pour que nous ne puissions douter que Vénus ne soit dans faction de jîai’fumer son corps avec ces essences incorruptibles et célestes dont il est parlé dans Homère (7). Il est meme probable que, dans la main droite qu’elle tient élevée, la Déesse avoit une de ces fioles d onjx dans lesquelles les femmes de l’antiquité coiiservoient ces baumes précieux que le luxe de leur toilette tiroit de la Palestine et de l’Arabie (8).
(*) Cette statue de marbre de Paros etoit autrefois placée dans la salle des Antiques au Louvre. Elle a 65 centimètres (2 pieds) de hauteur, ce qui donne à la figure supposée debout la dimension d'un mètre (un peu plus de trois pieds). La tête est rapportée: les bras, ainsi qu’une partie de la cuisse et de la jambe gauches, sont modernes.
(1) C’est ce que Pline semble indiquer liv. xxxvi, §. /i J n° 10. 11 est le seul auteur qui ait l’ait mention de ce statuaire.
(2) Voyez ma description de la Vénus du Capitole, dans la 76'"* livraison du Musée français.
(3) Gravée dans le recueil de Cavallérius, n° 92.
(4) Maf'f'ei, Statue di Roma, tav. 28.
(5) Museo Pio-Clemcntino, 1. 1, pl. 10.
(6) Je ne coniiois pas de gravure de ce beau groupe; car Vénus y est accompagnée par l’Amour. Une Léda
de la galerie Giustiniani est à peu près dans la même pose {Galleria Giustiniani, 1. 1, tav. 38). Plusieurs pierres antiques gravées nous offrent Vénus dans une attitude pareille. La déesse y est ordinairement représentée ayant sur ses bras élevés ou la tunique qu’elle dépose, ou une draperie destinée à sécher ses membres. Le genre du travail, dans la gravure en pierres fines, ne présente dans l’exécution de ces accessoires ni les difficultés ni les inconvéniens qui en empécheroient l’exécution en ronde-bosse.
(7) Odyssea, 1. ix, v. 363 sqq. , et Hymn. in Jfenerem, v. 61.
(8) Catulle, de coma Bérénices, ou carmen lxvi, V. 82 et 83; Horace, Curm., 1. iv, od. 12, v. 17; et les anciennes Scholies d’Acron et de Porphyre sur ce vers.