‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 74 sur 143 · UNE FORÊT · texte numérisé non relu

UNE FORÊT

Milton s’est livré à la rêverie; et quelle rêverie que celle de Milton! Le Penseroso a vu passer devant lui les objets les plus propres à charmer, à élever, à agiter une imagination forte et mobile. Les souvenirs de la chevalerie sont les derniers qui soient venus l’animer d’un noble enthousiasme; Arthur, Roland, leurs coursiers, leur lance, l’ont agité du bruit de leurs exploits ; il veut du repos, un repos que rien ne puisse troubler :

Vieux chênes, prêtez-moi votre ombre bienfaisante Où du Sylvain jaloux s’enferment les secrets;

Jamais le bûcheron de sa hache pesante N’exila loin de vous les nymphes des forêts;

Jamais des regards indiscrets De vos asiles verts n’ont percé le mystère;

Bois sombres, lieux sacrés, retraite hospitalière,

Gachez-moi, loin du jour, sous vos rians berceaux (i), etc., etc.

Voilà la forêt de Ruysdael, avec cette différence, que le peintre a ici sur le poète l’avantage de la réalité. Le tableau de Milton a quelque chose d’un peu vague: ce sont les souvenirs, les sentimens que réveille l’aspect de la nature; cela valoit mieux sans doute qu’uue description froide et détaillée ; mais Ruysdael nous offre la nature elle-même avec toute sa richesse, toute sa vérité : on erre dans ces avenues tortueuses où ce que l’on découvre donne le désir d’aller chercher ce qu’on ne voit point ; on est frappé de ce reflet général de verdure qui se répète des arbres au sol et du sol aux arbres; l’ombre des arbres se répète aussi, avec une vérité rare , dans l’eau qui sépare la forêt en deux , et se prolonge dans le lointain ; le tableau n’en est cependant pas obscurci : peu de paysages offrent autant de variété, d’abondance; et l’on ne sauroit trop admirer l’art du peintre, qui, dans un espace si étroit, rempli par des masses si larges, a su, par la disposition de ces masses, ouvrir à l’imagination un champ si vaste qu’elle parcourt avec liberté.

Les figures de ce paysage sont de Hergheiu, qui fut, comme on sait, ami intime de Ruysdael, et qui, s’il ne fut pas son maître, lui prêta au moins le secours de ses conseils (2). Elles sont touchées avec beaucoup de naturel et de finesse.

(i) Mcjgoddess, bring

To arched walks oftwilight graves,

And shadows brown that sylvan loves,

Ofpine, or monumental oak,

JVhere the rude ax with heaved stwke FFas never heard the nymphs to daunt,

Or fright themfrom their halloWd haunl.

p, ( Hauteur, i g-, = 51

Pboportions. < , ’ ‘

f Largeur, 1 gi =5

There in close covert by somme brook, fVhere noprofanereye may look,

Hide mefrom day's garish eye, etc.

(Milton, il Penseroso, v. i3a — i4i-)

(2)^ oyez Descamps, p^ies des peintres flamands, t. III, pag. 10.

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