D’APRÈS PALME JEUNE
Le goût du public, dans un siècle ami des arts, est le plus utile comme le plus noble encouragement qu’ils puissent recevoir; mais le public n’est pas dans le nombre des amateurs, il est dans leur ensemble. C’est sur l’assentiment général que se forme le goût des artistes; c’est de la réunion des suffrages que se compose leur gloire. Un grand nombre de goûts divers, de suffrages isolés, peuvent produire beaucoup d’artistes et d’ouvrages, mais rarement un talent supérieur en sera fécondé; et toutes les fois que l’art servira aux plaisirs ou à l’amour-propre des particuliers plutôt qu’aux jouissances et à la gloire du public, l’art deviendra bientôt un métier où l’émulation du talent sera remplacée par l’émulation du travail, et l’ambition de se surpasser, par celle de se supplanter.
Les Grecs consacrèrent presque uniquement à la magnificence publique les merveilles du génie de leurs artistes ; le luxe des particuliers eut à peine osé se les approprier, la patrie seule en étoit jugée digne; et, sous l’influence féconde d’un public passionné pour le beau, et délicat sur le vrai, les arts de la Grèce ont laissé des modèles au inonde.
De nos jours , les arts ont presque toujours dû à la protection de princes éclairés le mouvement rapide qui les a poussés vers la perfection. C’est qu’un prince emprunte du public l’éclat qu’il répand sur les arts; c’est que sa protection leur est d’autant plus avantageuse, qu’elle s’attache aux artistes que le public a honorés de son suffrage.
Enfin on a cherché, par des expositions de peinture et de sculpture, à faire rentrer pour ainsi dire dans le domaine du public, en les soumettant à son inspection, les ouvrages destinés à satisfaire le goût ou le louable amour-propre des particuliers ; et l’effet de ces expositions a prouvé la réalité et la puissance du principe qui les avoit fait instituer.
Ce principe de vie parut s’affoiblir dans l’école vénitienne vers le commencement du XVII' siècle. Après la mort de Paul Véronèse et du Tintoret, le goût de la peinture, répandu chez une foule d’amateurs, man-