‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 97 sur 143 · VÉNUS JOUANT AVEC L’AMOUR · texte numérisé non relu

VÉNUS JOUANT AVEC L’AMOUR

qua d’un point central capable de réunir et de diriger les jugemens; et les peintres , plus pressés de demandes que stimulés par les critiques , éprouvèrent le besoin de produire plus que celui de se perfectionner. Jacques Palme (dit le Jeune, pour le distinguer de son grand-oncle Palme le Vieux, contemporain et élève du Giorgion), fut en partie accusé de ce commencement de décadence.

Né en i544, il vécut avec les plus grands peintres de son école; et Lanzi croit pouvoir le regarder également comme le dernier du bon siècle, ou le premier du mauvais. Ses études et ses talens lui permettoient d’aspirer à un rang moins équivoque. Habile dessinateur , bon coloriste , doué d’une rare facilité et d’une grande hardiesse de pinceau, il y joignit dans le commencement beaucoup de soins et d’application à bien faire. Cependant alors Palme étoit peu employé. Paul Véronèse et Le Tintoret, en possession du premier rang, retenoient presque seuls les commissions importantes et lucratives. A force de souplesse. Palme gagna l’affection de Vittoria, architecte et sculpteur très-accrédité , chargé de la plupart des grandes constructions de la ville et du pays, et mécontent du peu d’égards que lui témoignoient l^aul Véronèse et Le Tintoret. Aidé des conseils de Vittoria, et soutenu par sa protection. Palme obtint enfin une part dans les travaux; et, après la mort de ses redoutables concurrens, il en hérita tout-à-fait : alors , occupé seulement à multiplier le nombre de ses ouvrages, il songea peu à leur perfection. Pour en obtenir qui fussent dignes de lui, il falloit se soumettre à des prix exorbitans; en sorte que, dans la multitude des tableaux de Palme jeune, un certain nombre seulement a contribué à sa réputation.

Celui dont nous donnons ici la description est de ce nombre. Sur un fond de draperies destinées sans doute à la dérober aux regards curieux, Vénus nue vient d’interrompre sa toilette commencée pour jouer avec l'Amour qui voltige au-dessus de sa tète. A demi-assise, de sa main droite elle semble vouloir le retenir, tandis que la gauche s’appuie sur une table couverte d’un tapis, et sur laquelle aussi on voit un miroir et un vase de parfums. A ses pieds, sur une riche cassette, est écrit le nom du peintre. Le corps de Vénus est beau et gracieux; la couleur est chaude et vraie, et les accessoires sont exécutés avec soin.

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