‹ Le musée secret de la caricatureChapitre 6 sur 50 · VICTIME DE SA CHASTETÉ · texte numérisé non relu

VICTIME DE SA CHASTETÉ

Il y avait peu de femmes et d’hommes dans la baraque, mais beaucoup d’enfants de diverses con-

Musiciens de la troupe de Caragueuz L

ditions, amenés par des esclaves et des serviteurs.

La salle étant suffisamment garnie, des musiciens placés dans une haute galerie firent entendre une sorte d’ouverture. En même temps un des coins de la pièce s’éclairait tout à coup. Une gaze blanche transparente, encadrée d’ornements en festons, indiquait l’endroit où allaient se mouvoir les

1. Cette vignette et les suivantes sont des fac-similés réduits d’après des marionnettes turques.

ombres chinoises. Les lumières qui éclairaient d’abord la salle étant éteintes, un cri joyeux retentit de tous côtés lorsque l’orchestre se fut arrêté. Un silence se fît ensuite; puis on entendit derrière la toile un retentissement pareil à celui de morceaux de bois tournés qu’on secouerait dans un sac. C’étaient les marionnettes qui, selon l’usage, s’annonçaient par ce bruit accueilli avec transport par les enfants.

« Aussitôt un spectateur, un compère probablement, se mit à crier à l’acteur chargé de faire parler les marionnettes :

— Que nous donneras-tu aujourd’hui?

— Cela est écrit au-dessus de la porte pour ceux qui savent lire.

— Mais j’ai oublié ce qui m’a été appris par le hodja...

— Eh bien ! il s’agit ce soir de l’illustre Caragueuz, victime de sa chasteté.

— Gomment pourras-tu justifier ce -titre?

— En comptant sur l’intelligence des gens de goût, et en implorant l’aide d’Ahmad aux yeux noirs * .

— Tu parles bien, reprit l’interlocuteur ; il reste à savoir si cela continuera !

— Sois tranquille, répondit la voix qui partait du théâtre; mes amis et moi nous sommes à l’épreuve des critiques.

Page 1