‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 19 sur 100 · IG · texte numérisé non relu

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porsi;v(*raiil, il ii’a manqué à la célébrité (le ce dernier (|u’unc seule chose, c’est d avoir été unique de son nom.

Krthléric Cuvier, membre de 1 Académie des sciences et de la sociéli* royale do Londres, professeur au Muséum d’iiisloire naturelle et inspcctt.mr dos études, naquit à .M ontbéliard le 8 juin 1773.

Il lit ses premières éludes au collège de celte vilh', mais il y renonça bientôt pour entrer en ap|)renlissagc chez un horloger.

Les succès de son frère l'appelèrent à Paris et il se Hvm alors complètement à réliide des sciences naturelles. IL s’aperçut sans se décourager de tout le temps qu'il avait p(‘rdu; après quelcpies travaux entrepris |)Our son frère, il fut chargé avec .M. Diivernoy de (Iresser le (‘atalogne de la collection d’anatomie comparée, et spécialement de faire la description des S(pieleltes. Telle a été la pr(>mièrc origim' de son grand ouvrage nur li’s ilcnta des vuiinmifcres. ouvrage (pii est devenu fondamental en zoologie.

Lu 18DL il fut nommé garde la nnhiagerie du Muséum, il a passé tiamte quatre ans dans cette retraite iiaisible où il trouvait les deux choses qui engendrent seuh's les travaux profonds, le temps et la méditation.

11 put continuer l’iiisloire positive des esimces il l'i'xemple d(^ (î. Cuvier, de Lacépède et de (ieoffroy-Saint-llilaire. qui avaient publié, sous le litre de Métmyerie du Muséum nationnl. le premier ouvrage où des naturalistes fram/ais se montrèrent jaloux de maint(>nir dans l’iiistoire naturelh'. C('tte gi'ande manière de Buffon ipii jusipie-lù n’avait été imit('e (pie par un naturaliste étranger, par le seul l'allas.

Pendant pins d’un siècle, depuis Descarles jnsqu’ù Hiiffon, la question de rintelligence des animaux n’avait été (pi’une question de pure mélaphysiipie: c’es! à Butïon. c’('st à G. L(‘roy qu’elle commence ù devenir une question posiliv(> et d’expérience, c’est ce (pi’elle est surtout dans F. Cuvier. .Vverti, par scs premiers travaux, (hson talent iiour l’observation, F. Cuvier s’est dévoué ù la recherche des faits, mais il a voulu des faits nets, distincts, des faits séparés par d('s limites précises.

Il a cherciié les limites qui séparent l’intelligence des différentes espèces, les limites qui séparent l’instincl de l’intellig(mce, les limites qui séparent l’intelligence de l’homme de celle des animaux. Ht ces trois limites posées, tout dans la (|ucstion si longtempsdébatluede l’intelligence d('s animaux a i»ris un nouvel aspect.

Descartes et Buffon n'fuscnl auxanimaux toute intelligence. D’un autre côté, Condillac et G. Leroy, accordent aux animaux jus(|u’aux oi»érations intellectuelles les plus élevées.

Le premier résidtat des observations de F. Cuvier. marque l(;s limites de l’intelligence dans les différentes (ïspèces. Dans la classe des mammifères, il voit rintelligence s’élever et croître

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d’un ordre à l’autre ; des roiujeui'S aux ruminants, des ruminants aux pachydermes, des pachydermes aux carnassiers et aux quadrumanes.

D(' tous les animaux celui qui montre le plus d’intelligence est l’orang-outang. L’orang-outang, étudié par F'. Cuvier, se plaisait ù grimper sur les arbres. Faisait-on S('mblant do vouloir monter ù l’arbre sur leqmd il était perché pour aller l’y jirendre, il secouait aussitôt cet arbre .avec force pour effivayer la j)ersonno qui s’apj)rochait. L’enfermait-on dans un ap|)artement, il en ouvrait la jtorte; cl s’il ne pouvait .aller jusqu’à la serrure, car il était fort jeune, il monUait sur une chaise pour y atteindre; enfin, lorstpi’on lui refusait ce ipi’il désirait vivement, il se frappait la tête sur la terre, il se faisait du mal pour inspirer |dus d’intérêt et de compassion; c’est ce (pie fait l’homme lui-ini‘me. lors(pi’il (>st enfant, et ce (lu’aucun animal ne fait, si l’on excepte l’orang-outang, et i orang-outang seul entr(' tous les autres.

Mais voici quehpie chose de plus remaiapuable encore, c’est que rintelligence de l’orang-outang, cette intelligence si développée, et de si bonne heure, décroît av('c l'àge. L’orang-outang, lorsiju’il (’st jeune, nous étonne par sa pénétration, par sa ruse, par son adresse; l’orang-outang, devenu adulte, n’est plus (pi’un animal grossier, brutal, intraitable, (M il en est de nunne de -tous les singes comme de l’orang-outang. Dansions, l’intelligence d('*croit à mesure que les forces s’accroissent. Ainsi l’animal qui a le plus d’inlelligtïiice n’a tonte cette, intelligence (pie dans le jeune âge.

(hes limites posées, F. ('.iivier cherche la limite qui sépare l’instinct de l’intelligence.

Le castor est un rongeur, il a|q)artienl à l’ordre même qui a le moins d’intelligence, mais il a un instinct merveilleux, celui de se construire une cabane, de la bâtir dans l’eau, de faire des chaussées, d’établir des digues, et tout cela .avec une industrie qui supposerait, mi effet, une intelligence tivs-élevée dans cet animal, si cette industrie dépendait de l’intelligence.

Le [loint essentiel ét.ait donc de prouver qu’elle n’en dépend pas. cl c’est ce qii’ a fait F. Cuvier; il a pris dc5 castors très-jeunes, et ccsc.astors élevés loin (le leurs parents et qui jiar conséquent n’en ont rien appris, ces castors, isolés, solitaires; ces castors (pi’on avait placés dans une cage, tout exprès pour qu'ils n’eussent jias besoin de bâtir, ces castors ont bâti, poussés j)ar une force machin.ale et .aveugle, en un mot, par un pur instinct.

L’op{)Osilion la plus complète séptire l’instinct de l'intelligence.

Tout dans l’instinct est .aveugle, nécessaire et invariable; tout dans l’intelligence est électif, conditionnel et modifiable; tout dans l’instinct est inné; tout dans l’intelligence résulte de l’cxpéricncc eide l’inslruclion ; tout dans l’instinct est particulier; tout dans l’ intelligence est gémirai. Il y a donc dans les animaux deux forces distinctes et primitives, l’instincl et l’ intelligence.

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Tout dans rinstiiict est aveugle, invariable. Le castor qui se bâtit une cabane, l’oiseau qui se construit un nid, n’agissent (jne par instinct.

Le chien, le cheval, qui apprennent jusqu’à la signification de plusieurs de nos mots, et qui nous obéissent, font cela par intelligence.

Tout dans l’instinct est inné; le castor bâtit sans l’avoir appris; tout y est fatal, le castor bâtit, maîtrisé jiar une force constante et irrésistible.

Tout dans rinlelligcncc résulte de rexpéricuce et de l’instruction; le chien n’obéit que jiarce (pi'il a appris: tout y est libre; le chien n’obéit que parce ipi’il veut.

Enfin tout dans l’instinct est particulier ; cette industrie si admirable que le luistor met à bâtir sa cabane, il ne peut l’employer qu’à bâtir sa cabane : et tout dans l'intelligence est général, car cette même llexibilité d’attention et de concej)tion que le chien met à obéir, il pourrait s’en servir pour faire autre c hose.

Il y a donc dans les animaux doux forces distinctes et primitives : l’instinct et riiitelligeiu'e; tant que ces deux forces restaient confondues, tout dans les actions des animaux était obscur et contradictoire. Parmi ces actions, les unes montraient l’homme partout supérieur à la brute, et les autres semblaient faire passer la supériorité du ccMé de la brute : contradiction aussi déploral)le qu’absurde, l’ar la distinction qui sépare les actions aveugles et nécessaires des actions électiveset conditionnelles, ou, en un seul mot, l’instinct de l’intelligence, toute contradiction cesse, la clarté naît de la confusion; tout ce qui, dans les animaux, est intelligence n’y approche sous aucun rajiport de l'intelligence de l’homme, et tout ce qui, passant pour de 1 intelligence, y paraissait supérieur à l’intelligence de l’homme, n’y est ipie l’etTet d’une force machinale et aveugle.

Il ne reste jilus à poser que la limite même ipii sépare l’intelligence de l’homme de celle des animaux.

Les animaux reçoivent par leurs sens des impressions semblables à celles ([ue nous recevons par les nôtres; ils conservent comme nous la trace de ces impressions; ces impressions conservées forment, dans leur intelligence comme dans la nôtre, des associations nombreuses et variées; en les combinant, ils en tirent des rapports, ils en déduisent des jugements; ils ont donc de l’intelligence.

Mais toute leur intelligence se réduit là; cette intelligence qu’ils ont ne se considère pas ellcmème, ne se voit pas, no se connaît pas. Ils n’ont pas la réllexion, cette faculté suprême de l'esprit de l’homme de se replier sur lui-même et d’étudier l’esprit.

La réllexion ainsi définie est donc la limite qui séimrc Tintelligcncc de l’homme de celle des animaux.

Les animaux sentent, connaissent, pensent, mais l’homme est le seul de tous les êtres créés à

qui ce pouvoir ait été donné de sentir qu’il sent, de connaître qu’il connaît, de penser qu’il pense.

On avait heaucoup exagéré l’inlluencé des sens sur rintelligonce; Helvétius va jusqu’à dire que l’homme ne doit qu’à ses mains sa supériorité sur les bêtes. F. Cuvier montre, par l’exemple du phoque, que dans les animaux même ce n’est pas des .sens extérieurs, mais d’un organe beaucoiq) plus jirofond, beaucoup plus interne, mais du cerveau que dépend le développement de l’intelligence. Le phoque n’a que dos sens très-imparfaits, ( la vue, le goût, l’odorat, l’ouïe ) , il n’a que des nageoires au lieu do mains, et cependant il a relativement aux autres mammifères, une intelligence très-étendue.

Ün sait tout ce que Buffon a dit do la magnanimité du lion et de la violence du tigre. F. Cuvier a toujours vu dans ces deux animaux le même caractère; tous deux également susceiitibles d’affection et de reconnaissance, et tous deux également terribles dans leur fureur.

Jus({u’à lui, les naturalistes n’avaient vu dans la domesticité dos animaux qu’un résultat trèsgénéral de la puissance de l’homme sur les bêtes, il a montré ipie la domesticité des animaux, ce fait si important dans l’iiistoiro même de l’homme, tient à une circonstance très-spéciale, à leur sociabiliiô.

Il n’est pas, eu effet, une seule espèce devenue domestique qui naturellement ne vive en société et par troupes; et de tant d’espèces solitaires que l’homme n’aurait pas eu moins d’intérêt sans doute à s’associer, il n on est pas une seule qui soit devenue domestique.

L’homme, en forçant les animaux à lui obéir, ne change donc point leur état naturel, comme l’a dit Buffon: il jirofite au contraire de cet dtat naturel. Il avait trouvé les animaux sociables et les a rendus domestiques.

Il faut lemarquer ici une différence profonde entre l’animal domestique et l’animal que l’on apprivoise.

L'homme peut apprivoiser jusqu’aux espèces les plus solitaires et les plus farouches, il apprivoise l’ours, le lion, le tigre, et cependant aucune de ces espèces solitaires, quelque facile qu elle soit à ajiprivoiscr, n’a jamais donné de race domestique.

La domesticité de l’animal n’est donc qu’une conséquence de sa nature même et de ce qu’il y a de plus intime dans sa nature, de son iiislinct.

On ])eut apprécier, par ces observations, avec quelle profondeur de vues F'. Cuvier étudiait les ]thénomènes qui se passaient sous ses yeux, au sein de la ménagerie qui devenait pour lui un champ fécond d’investigations utiles.

F. Cuvier portait dans la société une humeur facile, le tact le plus juste de toutes les convenances, une bonté rare, une bienveillance qui semblait naître de la sympathie et qui l’inspirait.

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