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six semaines de recherches dans les marais qui hordent le Berg-Uiver, uu de ses lloltenlols, envoyé à la d(-couverte, vint lui annoncer (pi’il avait entendu crier un hippopotame dans le voisinage des joncs qui bordent le fleuve. Cette nouvelle le transporta de joie, a Mes gens, mon neveu et moi, raconte-t-il , nous nous armâmes; j’étais prévenu que le moindre bruit avertissait ces animaux vigilants de notre présence; nous on étions à uu ([uart de lieue, il fallut nous courber, et ce fut prc.sque en rampant que nous fîmes le chemin qui nous séparait d’eux; à (luelque distance, nous nous divisâmes, après être convenus de tirer sur le plus gros de la troupe. Mon coup de fusil et ceux de mes Hottentots l’atteignirent, je le vis tomber et je poussai un cri de joie; h's autres hippopotames se précipitèrent dans le fleuve avec un bruit épouvantable, le blessé se releva et vint fondre sur moi (ne sachant sans doute où il allait, etjedois m’estimer heureux qu’il n’ait pas été se jeter dans le fleuve »pii l’eût jiorté à la mer). Un second coup de fusil l’étendit mort à mes jûi'ds, j’en ai rap- ])Orté la peau et le sipielettc; l’un et l’autre .serviront à prouver comliien sont inexactes les descriptions qu’on a faites de cet animal. »
Une troisième course dans le pays des Cafres enrichit sa collection d'un grand nomhre d’insectes rares, d’oiseaux, de ipiadrujièdes inconnus, entre autres d’ichneumons, d'hélamys et de plusieurs espèces d’antilopes, enfin du rhinocéros bicorne, qui faillit lui coûter la vie. «J’avais ditil entièrement (h'pouillé le rhinocéros, et j’étai.s allé à mon camp chercher du monde et un chariot pour l’enlever, craignant avec juste raison qu’il ne fût dérobé par les Cafres ou dévoré par le.s bêles féroces. Je revenais de cette course, lorsque mon cheval qui jusque-là avait été très-docile, irrité par l’odeur du rhinocéros, s’emporta avec une telle violence tpie je n’en fus plus maître; il me renversa, et dans ma chute je me meurtris la tète et me ca.ssai la clavicule. »
Après huit mois de séjour dans le pays des Cafres, au milieu des combats tpii se livraient chaque jour et menacé sans cesse d’èlre assassiné, Delalandc reprit la roule du Cap, rapportant de son voyage une collection immense conqioséc de dix-huit mille quatre cent seize individus en cVlianlillons appartenant à deux mille neuf cent ipiarant('-six espèces, sans compter les graines.
Parmi les esiuVes importantes et curieuses introduites par Delalande, il faut citer le cliien sauvage {Lycaonpictusj. le prolèle Didalande {Proleles Lalandii,, le renard aux grandes oreilles [Megaloüs Lalandii). la loutre sans ongles. (Aonix Lalandii). la gerboise du Cap (llelamys Cafer], les cynictis cl une foule d’antilopes rares et nouvelles.
.Mais ce qui ajoutait un prix immense à ces magnifiques collections, c’était une réunion de pièces analonéupies de diverses races humaines et surtout dos types à peine connus en Europe.
NOTICES inSTOlUQUES.
A la variété, à la nature ilo ces objets, dit le rapporteur, ou est disposé it penser que plusieurs talents divers onlété employés à les réunir; c est sans doute une des choses les plus remarquables de ce voyage, que cette égalité d’attention donnée aux êtres les plus petits, à des insectes presque microscopiques et en même temps aux animaux des ])lus grandes dimensions.
Le Gouvernement, à la suite de ce rapport, nomma Delàlande chevalier dé la Légion d’honneur et SC chargea de la publication de la relation d(; son voyage.
Pierre-Antoine Delalandc, né en 1780, est mort en 1823.
Constantin-François CuASSEnoEUP, comte de VoLNEV, né en 1737, à Craon, est mort on 1820. Il vint à Paris pour étudier la médecine, mais il se livra de préférence aux travaux scientifiques. En 1782, il entreprit un voyage en Orient, apjirit l’arabe chez les Druscs du Liban, et pendant quatre ans, parcourut la Syrie et l Égyptc. La jniblication de son voyage lui valut une grande réputation, et prépara les esprits à l'idée de la
glorieuse expédition qui eut de si importants résultats pour les sciences et surtout pour les sciences naturelles. En 1794, il fut nommé professeur d’histoire aux écoles normales, et fut membre de l’Institut lors de sa création. Son amitié avec Franklin le fit accueillir avec enthousiasme aux États-Unis, dans un voyage qu’il fit en ce pays en 1795.
P lu: Mil': H K PAirriK.
Le baron J(‘:ui-Rai)tisl(>-Josp])li ForiuKH. ik- à Auxorrc. In 21 ni irs ITtiS, lut à la fois un géoniôlrc (‘I lin jiliysicion do pmnioroniro. ini c’crivain d’un labnil sniidrieur, un oiloyon iililo A sa palrio dans les diverses earrières où l'appela l’inti'rèt jniblic, une gloire pour la France qu'il honora par ses travaux et ses découvertes.
Il entra do bonne heure à l'école militaire d'.Vuxerre; nue grande intelligencesedévelo])|)aeii lui dès le début de ses études, il en avait achevé le cours à treize ans et il connnença à se livrer avec ardeur à l'élude des inatliématiques; à dixhuit ans il avait fait plusieurs découvertes iniporlantes, elles sont consignées dans un niénioire où se retrouve le génie précoce de Pascal. On le iiomina iirofesseur de inathématiiiucs A l'école inilitaire où il avait été élevé. Fnvoyé A Paris par son déparleinenl à l'Fcole normale, il s'y montra comme l'iin des professeurs les plus caiiahles de cultiver la partie philosophique des sciences et fut choisi pour èlro l'iin des directeurs dos conférences. Plus tard, au moment de rorgaiiisalion de l’Fcole polytechniquo, Lagrange et .Monge, désignèrent Fourier pour être run des professeurs de cette iustilutiou ipie l'Furopo a tant et si justement enviée A la France.
L’expédition d'Fgypte se préparait en silence et sous le voile du mystère. La guerre, sous l'inspiration du génie qui allait la diriger, donnait un moyen de civilisation pour les pays compiis, Fourier fit partie do la commission cl en devint
I le secrctairi' perpétuel. Ses fonctions prirent bientôt lin caractère jihis important, l•'olnier fut choisi pour scr\ir il intermédiaire entre les con- ((uerants et la |)opi;latioii indigène dans leurs rapports journaliers: ces nouvelles fonclions furent un titre pour Foiiiier A l'estime des uns et des autres. Une expédition projetée dans la haute Fgypte fit appeler Fourier A la direction de celle exploration: sous ses aiis|iices. les ruines magnifiques de Thèhes apparurent aux regards éblouis de nos guerriers. Il remonta le cours du Nil et visita l'ilc d'Fléphantiiic.
11 fut bientôt chargé de négocier le traité entre j Kléber et Mourad-Bey; une pacilication désirée en I fut la conséipience. .Mais bientôt il lui fallut élever I la voix pour célébrer dignement les vertus héro'i- 1 ques du général qui venait de succomber sous le j fer d'un assassin. Du haut d'un bastion, en présence de toute l'armée, il en appela aux sentiments d'admiration i|ui faisaient battre tous les cieurs pour le vainqueur de .Maestrieb et d'Iléliojiolis. Ouaiid il ])ronoiifa ces paroles : a Je vous prends A témoin, intrépide cavalerie, qui accourûtes pour le sauver sur les hauteurs de Coraim ; » un frémissement électrique courut dans tous les rangs, les drajieaux s’agitèrent en s'inclinant, les rangs se pressèrent et l’orateur, partageant la douleur commune, s'arrêta, interrompu jiarle bruit dos armes et des sanglots de tant de braves éplorés. L'accomplissement de ce triste devoir fut bientôt suivi de nouveaux regrets; Desaix, qui
\0T1CKS III
venait i1>' quitter l’Ivgypte, avait succombe vaimiueur à Manuigo dont il avait décidé le sort, roiirier tut rinterprète des sentiments de 1 armee d’Kgv'pte et il trouva des paroles éloquentes et vraies pour cédébrer le juste que l’année
venait de perdre.
Fourier no quitta l'Kj^yptc qu’avec les derniers débris de l arniéc. à la suite de la capitulation signée par .Alenou. De retour en Franco, il s’orcujia à rassembler les matériaux pour la publication du grand ouvrage d’Fgypte dont la direction lui fut confiée et dont il rédigea l’introduction générale. Fontanos y trouvait réunies les grâces d’Athènes et la sagesse de l’Égypte.
A ))einc de retour en Furope. Fourier fut nommé préfet de l'Isère (-2 janvier 1802); il remplit ses fonctions jusqu’en 181.’), et elles furent signalées par deux bienfaitsde la ])lus haute importance : le dessécU.ementdes marais de llourgoin cl la suiierbc route de (Irenoblcà Zurich par le mont Genévre. Dans un autre ordre? d'idées, Fourier rendit dans ce pays, agité par les événements politii|ues, les services les plus signalés: ses formes aimables et conciliantes amenèrent tous les partis sur un terrain neutre où germèrent bientôt les fruits do la concorde; ù force de ménagements, de tact et do j)atiencc, « en prvnant l’épi dam son sens et non à rebours., » trente-sept conseils municipaux furent amenés ù souscrire une transaction commune sans bupielle le dessèchement du marais de Hourgoin était inexécutable.
Il eut l'insigne bonheur d’arracher Ghampollion à la loi d<‘ la conscri|)lion qui l'appelait sous les drapeaux et de le conserver à la science dont il devait agrandir les limites.
Au milieu de ces imi)ortantes occupations, d trouva le temps de réiligersoii iunnoi tel ouvrage, la Théorie analyligne de la chaleur.
La cl’.ah'ur se prés<>nl<' dans kïs phémomènes naturels et dans ceux (pii sont le produit de l'art, sous deux foruK's entièrement différentes, que Fourier a envisagées si'qiarément.
La première est la chaleur rayonnant!', l’ersonne ne peut douter (|ii'il n’y ait une différence physi(pie bien digne d’étreéludiéc entre la boule de fer à la température ordinaire qu’on manie à son gré, et la boule de fer, de même dimension, que la llaimne d'un fourneau a fort('ment échauffée, et dont on ne saurait apjirocher sans so brûler. Cotte dil’h'-rence, suivant la pliqiart des physiciens, provient d’une certaine quantité do fluide électri- (pie, impondéniblo, ou du moins impondéré, avec lofpie.l la socondohoulo s’était combinée dans l’acte de l’échauffeim'ut. Le fluide qui, en s'ajoutant aux corps froids, les rend chauds, est désigné jiar le nom de Chaleur ou do Calorique.
L('s corps inégalement échauffés, placc'-s en présence, agissent les nus sur les autres, mémo à de grandes distances, ménu'à travers le vide, car les plus froids se réchauffent, et h's plus chauds se refroidissent; car. après un certain temps, ils sont
STOHIQI KS.
au mémo degré, (pielle qu ait été la différence de leurs températures primitives.
Dans l'hyiiothèse admise, il n’est qu'une manière de concevoir cette action à distance, c’est de supposer qu’elle s’opère ù l’aide de certaines effluves ipii traversent l’espace, on allant du corps chaud au corps froid: c’est d'admettre qu’un corps chaud lance autour de lui des rayons de chaleur, comme le.s corps lumineux lancent des rayons de lumière.
Les effluves et les émanations rayonnantes, ù l’aidc' desquelles deux corps éloignés l’un de l’antre so UK'ttcnt en communication calorifique, ont été convenablement d(‘‘signés sous le nom do Calorique rayonnant.
11 s'agissait de connailre la loi d'émission du caloriipie, et ce problème devant lequel tous les procédés, tous les instruments de la phy.si(]ue moderne étaient restés impuissants, Fourier l'a conqdétement résolu; celte loi, il l’a trouvée, avec une perspicacité (|ue l’on ne saurait trop admirer, dans les phénomènes qui, de ])rime abord, semblent devoir en être tout à fait indépendants.
Personne no doute, et d’ailleurs l’expérience a prononcé, (jiio, dans tous les jioints d’un espace terminé par une enveloppe quelconque entretenue à une tem])é rature constante, on ne doive éprouver une température constante aussi, et précisément celle de l'enveloppe : or, Fourier a établi que si les rayons calorifiepies émis avaient une égale intensité dans toutes les directions , (}ue si même cette intensité ne variait proportionnellement au sinus de l'angle d’émission, la température d’un coi'])s situé dans l’enceinto dépendrait de la place qu'il y occuperait; que la température de l’eau bouillante ou celle du fer fondant, par e.reinple. existerait en certain point d’une enveloppe creuse de glace!!
Non conli'iil d’avoir démontré, avec tant do bonheur. la loi remartpiable (pii lie les intensités comparativesdc's rayons c;dorifi(|ues émanés, sous lout('s sortes d'angles, de la surface des coiqis échauffés, il a cherché, de idus, la cause physi(iuede celte loi; il l’a trouvée dans une circduslance n(’glig(‘e jus(iu'alors par ses juédc'cesseurs. Supjio.sons, ;v-t-il dit, ([ue les corps émettent de la chaleur, non-seiih'inent par leurs moh-cules superfici('ll(?s, mais encore par des points intérieurs. Admettons de plus (jiie la chaleur de ces derniers |)oints ne puisse arriver à la si’rfac(', eu traversant une certaine épaisseur d(' matière, sans éprouver (juelque absorption. Ces d(nix hypolh(‘ses, Fourier les traduit en calcul et il en f:dt surgir mathémati<[uement la loi expérimentale du sinus, par hujuelle les inlc'usilés des rayons sortant sont proportionnelle-s aux sinus des angles que forment ces rayons avec la surface, échauffée.
Dans la seconde ipiestion traitée par Fourier, la chaleur se pia'sente sous une nouvelle forme.
La chaleur excitée, concentrée en un certain point d’un côrjts solide, se comnmni(pie, par voie
KM PnE.MlÈUl
(le coiuliiclibililtî, d’abord aux particules les plus voisines du point (^chauffé, ensuite, de ])rocbe en proche , à toutes les r(?gions du corps. De lit le )(robU'nie dont voici l’cbionct^ :
Par (jnellcs routes et avec (|uelles vitesses s’effectue la pro|)agation de la chaleur, dans des corps de forme et de nature diverses, soumis ù certaines conditions initiales?
L’Acad(5mie des sciences fit de cette question de la propagation de la chaleur, le sujet du grand prix de mathématiques qu’elle devait décerner au commeiK'cment de 1812. Fourier concourut et sa pièce fut couronnée.
Nous engageons ceux de nos lecteurs qui voudraient approfondir ces questions et les mérites de Fourier, à recourir à l'élogt' historique prononcé par M. Arago, secrétaire perpétuel de l’Académie, dans la séance du 18 novendjrc 1833.
Les événements de 18 lo arrachèrent Fourier à sa préfecture’dc l’Isère' il j)assa ensuite à celle du
li PAiniK.
Rhône, puis, destitué sous la restauration, il trouva dans l’amitié deM. de Chabrol, un asile contre la ))auvreté et une nouvelle occasion de rendre do nouveaux services à son pays; il occupa la direction du bureau de stalisti(juc, ce (pii lui donna lo moyen de [uiblier les plus importants travaux sur cette matière.
Une constitution robuste semblait promettre à F’ouriorde longs jours, mais l’abus de la chaleur, comme préservatif de douleurs rhumatismales dont il était affecté, détermina de fréquentes suffocations auxquelles il succomba le IG mai 1830.
Il lut accompagné à son dernier asile par l'Institut, l’Ecole polytechnique en masse et tout ce (ju(? Paris conqtlait de savants, jaloux de rendre un dernier hommage au jirofond mathématicien, à l’écrivain plein de goût, à l’administrateur intègre, au bon citoyen, à l’ami dévoué.
LATUEILLE
Le 8 février 183j3, les membrtis de la société cntomologique de France portaient silencieusement au dernier asile les restes inanimés de leur président d’honneur; ils avaient revendiqué ce triste privilège pour tlouncr une dernière marque de V(biération pieuse à celui dont l'esprit, vrai-
ment supérieur, avait éclairé pendant tant d’années de scs vives lumières l’enseignement des sciences zoologiques; au naturaliste éminent, consulté et vénéré par les zoologistes de tous les pays comme le législateur suprême de l’entomologie, à l’illustre Latukiule.
>0T1CES IllSTOlUQUl^E.
Le chevalier Gcoffroy-Saint-llilaire, président de l’Académie des sciences, dans une allocution touchante, résumait ainsi la vie et les travaux de l'homme modeste et laborieux qui s’était élevé par son seul mérite au rang de professeur d’entomologie du Muséum d’histoire naturelle, et auquel toutes les académies de rEuro])c avaient ouvert leur porte, comme l’Académie des sciences de Paris l’avait fait elle-même dès 1810.
La Providence sembla , dés les premières années du jeune Latreille, le couvrir de sa protection tutélaire, en lui ménageant des amis dévoués et d’utiles protecteurs. Deux hommes vertueux , il. Laroche, habile médecin, et M. Malepeyre, négociant à Prives, prirent un soin religieux do Latreille, orphelin ; ils rentourèrent du plus tendre intérêt, et s’empressèrent d’encourager et de seconder le goût naissant ijue leur jeune ami montrait déjà pour la science qui devait l’illustrer un jour.
Honneur à ces hommes de bien ! Sans leur douce et utile bienveillance, la France n’eût point eu à s'enorgueillir du premier de ses entomologistes.
Parvenu à la lin de ses études littéraires , Latreille fut destiné à l’état ecclésiastique; on espérait lui procurer les avantages d’une profession calme et paisible. On ne fit que le livrer aux ]>erséentions de la Terreur. Arrêté à Prives, Latreille fut dirigé sur les prisons de Pordeaux et condamné, avec soixante-treize compagnons de son infortune, à la déportation. Chacun sait la valeur de CCS terribles mots. La Gironde engloutissait les victimes. La science vint verser ses consolations sur le prisonnier, et prépara scs voies de salut.
Un jour, le médecin des prisons d(* Pordeaux visitait les cellules où gémissaient les condamnés auxquels on avait notifié leur destinée. Arrivé au cachot où Latreille. oubliant sa captivité, le tri-
bunal révolutionnaire cl son arrêt, demeurait absorbé dans la contemplation d’un très -petit coléoptère, le Clairon a corselet roitx, esjiêce rare cl nouvelle pour le prisonnier; il s’arrête, surj)ris d’une telle préoccupation, qui, dans un moment aussi solennel, sous le coup d’une condamnation qui laissait un bien triste champ à l’espérance, lui semblait dépasser les limites de la raison. Il s’approche de l’observateur, le questionne et obtient pour toute réponse : « C’est un insecte très-rare. Je regrette de ne pouvoir le confier à des mains dignes de l’apprécier. » Le médecin s’empressa de faire part de celte singulière rencontre à un jeune homme qui cultivait avec succès les sciences naturelles , et faisait entrevoir déjà la renommée qui devait entourer son nom, Pory Saint-Vincent. celte nouvelle, ce dernier supplie le docteur d’obtenir du prisonnier le don de l’insecte, qui lui jiermeltait d’enrichir sa collection d’une rareté à laquelle il alUichait d’autant jilus de jirix, ((u’il connaissait les honorables travaux de Latreille. L’insecte vintbienlôt prendre son rang dans les cartons du jeune Pory Saint-Vincent . qui n’avait pas perdu un instant pour arracher Latreille au danger qui le menaçait ; ses démarches et celle d’un ami commun, d'.Argélas, furent couronnées du plus heureux succès. Latreille fut rendu à la liberté , à ses travaux, à la science. Un mois plus tard , ses compagnons d’infortune périssaient dans les Ilots de la Gironde.
L’insecte auquel Latreille a dù la vie est la iVécrobie à collier roux, Necrobia ru/icollis, et, par un singulier hasard , il appartient à co genre (pii ex|)rime par son nom cpie ces petits coléoptères vivent de la mort,- on les trouve, en effet, d’ordinaire sur les cadavres. Ce petit privilégié avait démenti sa nature; il avait rendu la vie à celui qui devait devenir un jour le prince de l’entomologie française.
pnK.Mil-:nK paihik.
lOü
La plupart «les cntoinologistos ilo Traiico ronsorveiit ilaiis uiio placu lioiion^e d»; leurs colloclions , en souvenir de son bicidail, l’inscele de la prison de Bordeaux , la NKeuoiuK L.vtukilli; , et comme si cela était insuftisant pour exprimer leur reconnaissance les heureux (pii ont olit(“nu des mains do leur resjiectahle maître l'individu consacré au souvenir d’un si miraculeux événement , ne mau(|ueut pas de signaler, par uu(‘ inscription , combien ce don précieux buir est cher.
L’existence de Latreille , longtemps agitée , trouva une retraite paisible et heureuse dans ses travaux littéraires. Kn 1822, leur nombre surpassait déjà ([uatre-viiigts, sans (jue depuis cette épotiue ils aient jamais été inlerromiuis. La mort le trouva, au milieu de cruelles souffrances . cherchant à en apaiser la rigueur par le charme de l'étude. Oueltjues jours avant sa mort, il corrigeait micore les épreuves de son dernier ouvrage : Description d'un nouveau genre de crustacés , tpi il a nommé l'rosopistôme. Le plus important de ses ouvrages est son (Jenera cruslaceorum et insectorun.
Ses manières simples et toujours bienvedlantes lui gagnaient les caairs de tous ceux qui l’apj)rochaient , cl c’était sa plus douce jouissance que de recevoir des témoignages vrais d'affection et de pouvoir lui-même donner un libre cours aux émotions vives et tendres do son âme.
Les heureuses <jualilés du cœur lui concilièrent de nombreuses et constantes amitiés , et lorsque la mort vint fraj)per Latreilb; , tous les amis de l’entomologie, (pii étaient les siens, (iront élever à leurs frais , au cimetière de THst , un monument à sa mémoire, il ('sl situé dans la pièce du Protestant, :itl« division, n» 90, au bord du chemin ; c’('sl un obélis([ue trompié de neuf pieds de haut, composé d'un monolitlie en pierre de Château- Lamlon , poli, reposant sur un dé jiareil, et surmonté du buste en bronze de l’illustre entomologiste. La figure de la Secrobia ruiicollis, gravée sur le monument, rappelle riieureux événement (|ue nous avons taconlé plus haut.
Frk[)éric cuvier
S’il se rencontre dans le monde savant et dans les arts des familles iirivih^giées pour losipielles un monopole de gloire semble acquis, il faut néanmoins reconnaître que souvent des] noms illustrés jiar plusieurs générations semblent in-
justement se résumer dans un seul individu qui écli|)se tous les autres.
il en est ainsi pour b‘S CrviKii. La gloire de Georges a troi) effacé b's inconlestaldes m('‘rilcs de Frédéric. Observateur attemtif, modeste et