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lmp. Leir.er?’«i
L(' Jardin des Piaules, c’csl lo n'-suiné do la création : animaux vivants et morts, minéraux, |)lantos (lo toute naluro et do tout pays, tout est là. La cajiitalo du monde civilisé n’a pas do s])ectacle plus morvoilleux (pio col admirable abrépré du monde maU'riol ; en vain clierclieriozvous à Paris rien de plus intéressant, rien de plus éternellement beau, (lliosc rare, et cent fois lieureuso, le local (jui renferme tant de trésors est, de tous [loinls, digne de sa destination : ce serait encore la plus cliarmante promenade, si ce n’était le f)lus magnifi(|uo .Musée. Venoz-y avec confiance, et soyez assuré (juo vous y trouverez toujours, sans avoir jamais à craindre la satiété , de (pioi fournir aux jouis.sancos des yeux et satisfaire les curiosités de l’esprit. Ne naloutoz point la confusion (jui trouble et qui fatigue; l’ordre règne ici dans la richesse; tout est à sa place, et l’arrangomenl double le juix de l’abondance.
Avant d’examiner ce (fue contiennent ces Galeries, ces Serres, ces Jardins, ces Carrés, ces Gages, ces Parcs, ces Collines, jetons un coup d’œil rapide sur l’ensemble de ce vaste établissement; faisons-en la reconnaissance : avant de prendre possession, dressons sommairement l’état des lieux.
Le Jardin des Plantes, successivement agrandi , débaiTassé des entraves qui le gênaient, couvre aujourd’hui une étendue de quatre-vingt-dix ar[ients environ. Dégagé de tous les cotés, il a [lour limites, à l’Est, le quai Saint-Bernard; au Sud, la rue de Buffon; à l’Ouest, la me Geoffroy-Saint-llilaire , (pii le sépare de l’iiêtpital de la Pitié; nu Nord, la iik' Guvi(-r.
i)i:i \iKMK PAirriH.
Hipn dos portos donnant nceès dans lo Jardin; entrez de iiréféronce par la porto d’Austerlitz : c’est la jiorte principale, l’entrée d’honneur; son nom est moderne, sa date ancienne. De la p:rille qui la ferme, vous jouissez d’un coup d’onl imposant; votre regard embrasse toute la profondeur du Jardin; les bâtiments du Cabinet d’Ilistoiro naturelle apparaissent au loin, in-écédés d'une forêt d’arbustes et do plantes, que bordent et dominent, do cba(iue côté, de superbes allées de tilleuls; vers le milieu do leur déveloi)pement , Ces belles allées présentent plus de bautour; c’est qu’à partir do là, elles sont l’œuvre de l{uffon, et remontent à 1710; le reste a été planté plus tard.
Voyez, devant vous, l’immense espace compris entre les allées : il est occupé par une suite de Carrés de plantes (n" 9G du plan), tous limités par des treillages en bois ou des grilles en fer, entourés d’arbres ou d’arbustes, consacrés chacun à une destination spéciale, et ouverts généreusement à l’étude. Dès votre entrée dans le Jardin, vous trouvez la bienfaisance, unie à la science; le premier Carré tjui .s’offre à vous est celui des plantes médicinales : c’est l’oflicine du pauvre, tout s’y délivre gratuitement.
Au d(‘là, toujours en face, sont les Carrés du Potager et des Plantes usuelles (n°95 du plan); puis l(‘s Carrés Creux {n° 9i du plan), qui présentent un bassin do V((rdure ; autrefois, ils étaient remplis d’eau et servaûml aux plantes a(puitiques , (lue nous retrouvcTons ailleurs. \i(Minent ensuite le Carré du Kleuriste («” 93 du plan), et les Carrés Cbaptal (?<" 92 du plan), séparés par un bassin circulain;; on y cultive les |)lant((s étrangères herbacées vivaces.
Kn suivant, do la porte d’Austerlitz, oîi nous nous sommes tenus en entrant, cette longue série d’enceintes verdoyantes, votre a il atteint la grille qui .sépare le jardin de la cour du Cabinet d’Ilistoiro naturelle. Mettons-nous en marche maintenant; commençons un voyage (|ui sera tro[> varié r>our devenir ennuyeux, et où l’intérêt nous soutiendra contre la fatigue, si elle se faisait sentir.
Dirigez-vous à gauche, et entrez sous l’une des ileux allées do tilleuls : en la parcourant ans toute sa longueur, vous aurez, à droite, les Carrés du milieu, dont je vous parlais tout à l’heure; à gauche, et clans dos enceintes semblables, le long de la grille de la rue de lluffcni, les Carrés du l’rintemps (n° 101 du plan) , d’Kté («•’ 100 du plan) , et ceux de l’Automne (?to 99 du plan), les Carrés des Arbres verts [bosquets d'hiver, 98 du plan) , |)uis le Carré (les Semis do la pépinière (n° 97 du plan) : je vous les montre seulement et vous les nomme; en ce moment, nous nous promenons partout sans nous arrêter nulle part. Nous no profiterons pas encore do ces sit;ges et de ces tables rangés au-devant do ce Chalet lOi du plan) élevé au bout du Carré des Semis de la [)('|)inière , quelque engageant (pi’cn soit l’aspcict; c’est un Café oit l’on relève ses forces éprouvées par une longue excursion; on y jouit d’une vue charmante , du calme et de la fraîcheur; on s’y abrite sous lo premier Sopbora du Japon (jui ait lleuri en Kurope, et sous le [>remier Acacia venu de l’Améritiue sei>tentrionale; planté par \'espasien llobin en 1C35, cet arbre vénérable est le p(’;rc de l’innombrable postérité <iui fait l’ornement de nos parcs et do nos jardins.
Passons. Le long bâtiment à deux frontons 10, 11, 12 du plan), qui s’étend parallèlement aux Carrés Cbajdal, précédé d’une grille et de (juatre petits caiTés de Heurs, de gazon et d’arbustes, contient, sur un développement de cent (piatre-vingts mètres, les galeries de Botani(pie, puis celles de Minéralogie, enfin la Ibbliotbèfiue et les Salles pour les leçons de dessin et de pointure des plantes.
Traversons la grille qui nous sépare de la cour. A gauche, celte maison à deux otages (n" 21 du plan), d’élégante et modeste apparence, c’est celle (pi’hahitait lîuffon; c’est là tpi d recevait les hommages de l’Kurope savante , (pi’il accomplissait ses immenses travaux , (à traçait ses immortels écrits. Les appartements du grand naturaliste sont dignement occupes par l’un di'S profes.seurs-administrateurs, homme de science et de talent, M. Mourons.
Dans toub' la longueur des galeries d(> la cour s’étend le bâtiment des (laleiii’s d lli^toiR naturelle (n<> 13 du plan)', vous visiterez à loisir ces trois étages de salles ou s étalent, dans
TO t‘0(; RA Plllli.
un onh’c purfait et une {ulmirable conservation , toutes les ricliesses de ce qui a vécu jadis sous le nom de règne animal.
Moulez les <iu('.l(iues marclies d’un escalier facile et orné de fleurs , et , sur votre gaucho , vous suivrez une terrasse (jui horde la rue, autrefois du .lardin du Roi, aujourd’hui ruo Geoffroy-Saint-Ililairo : c’est mieux, car tout ici doit rappeler les gloires do la science.
A travers des massifs do verdure, vous descendez à un joli bassin couvert do lierre, qui reçoit les eaux d’un réservoir (ra° 19 du plan). En face, à l’anglo do deux rues, est une porte, et au delà vous voyez uno fontaine monumentale, chargée des attributs do l’iiisloiro naturelle; elle porte lo nom de Cuvier, légitime hommage rendu à l’homme qui, à quehjues pas do là, s’est immortalisé par ses découvertes. .Mais, no sortons pas du Jardin, nous avons encore tant à y voir!
Pénétrez par le premier chemin que vous verrez s’ouvrir entre les massifs; il vous introduit dans la [)artie haute du Jardin; des allées sinueuses, pratiquées avec art, peuplées do toutes les variétés d’arbres verts, forment lo grand Labyrinthe, délicieuse promenade où votre œil est charmé, votre intelligence instruite, votre cœur ému. Ici vous rencontrez les sveltes i)ins d’ttalie, le majestueux Cèdre du Liban (ît" 87 du plan) , ce témoin séculaire du passé, (jui a couvert de son ombre des générations de visiteurs. Tout près de cet arbre orgueilleux se cache le modeste monument élevé à Dauhenton (7^° 80 du plan) ; une simple colonne, des plantes, du soleil , de l’air et de l’ombre , le voisinage des collections , voilà bien la tombe do l’homme qui a voué une longue et paisible vie à l’étude de la nature.
Engagez-vous dans les spirales du Labyrinthe, elles vous mèneront au sommet do la colline ; vous y jouirez du panorama de Paris {ji° 85 du plan) ; vous lo contemplerez à votre aise, assis sur les bancs du kios(iue de bronze, belvédère admirablement placé, dont l’entrée porte, on ne sait trop [tounpioi , cette inscription aussi ambitieuse qu’obscure : Iloras non numéro , nûi serenas. « Je ne compte pas les heures, si ce n’est les sereines. » Rlàmons en passant ce prétentieux abus de sentences vides de sens, (}ui nous en rappelle uno autre, gravée par une inspiration contraire, autour d’un cadran dans une ville d’Espagne : Vulnerant onmes, ultima nccat. «Toutes blessent, la dernière tue. » Ce qui prouve qu’en fait d’inscriptions soutcntieuscs, tous les goûts peuvent être satisfaits.
En descendant , repassez sous le Cèdre , et un chemin qui vous donnera l’illusion d’un [laysage des Alpes vous conduira entre deux superbes pavillons vitrés {n° 15 du plan). Ces palais transparents sont les serres chaudes, suivies, d’un côté, d’une longue ligne do serres
courbes, au devant des(pielles s’élève la nouvelle serre à deux pans, qui va contenir, à droite, les Orchidées; à gauche, les Fougères; au centre, un Aquarium, ou Serre a(piati(pie; enfin, au bas de ces trois sen-es, la serre à multiplication; là vivent, réchauffées par une hospitalité ingénieuse et savante, des milliers de [)lanles auxquelles notre soleil serait glacial et mortel. Elles sont immenses ces serres nouvelles, elles écrasent do leurs larges proportions leurs devancières et leurs voisines, les serres Buffon, Baudin et Philibert; et, pourtant, elles sont déjà insuflisantes, commodes carrés qu’elles protègent et (ju’elles desservent; les bras do
l’homme sont si petits quand ils veulent tenir toute la nature!
Revenez un peu sur vos pas : derrière les serres, à droite, vous parcourrez, sur une colline fteu élevée, les allées pittores<iues du petit Labyrinthe [n° 88 du plan). A son extrémité septentrionale se dessine, comme une vaste corbeille, rafraîchie par un jet d’eau, un gazon circulaire où se déposent les caisses des orangers et d’autres arbustes délicats. D’élégants Palmiers s’élancent à la porte du grand Amphithéâtre {n° 9 du plan) , dont cotte pelouse semble être la gracieuse salle d’attente. L’Am|)hilhéàtro a quohiue chose d’imposant dans ses formes compliquées et un peu lourdes; il inspire le respect pour le souvenir des grands hommes qui y ont
[irofessé, et jiour la présence des hommes éminents <]ui y perp.Huent les traditions de la science et du dévouement.
\ côté
une cour s’ouvre sur la me Cuvier; elle renferme le bâtiment de l’administration et
IHvl X!Î:MK l'AÜTli:.
dos lalioratoiros («° 8 du plan). I n établissement (lui possède un matériel inappréciable, ot<iui correspond avec b's savants , avec les vovafjenrs du monde entier, a de srand(ïs nécessités administratives, et les préparations de, tonte espèce qui s’y font sans cesse ont besoin de tous les s(M ours d(! la ebimie et de la [)liysi(iue, avec leurs instruments les plus précis et les plus injrénieux. Dans cotte cour, et de distance en distance, tout le long de la rue Cuvier, se dérobent, à travers les fleurs et les arbres, comme dans des oasis, île modestes liabitations 2( dupi(in); c’est l’asile d(! l’observation solitaire, de l’étude silencieuse, du travail retiré, la demeure des professeurs et des employé-s. Vous pouvez avec confiance saluer de vos respects cliactme de ces fenêtres : l’une éclaire rapfiarteim-nt des .lussieu, ces souverains créateurs de la sci(!uc(> l)otani(iue, et oîi vient d(i s’éteindre Adrien de Jussieu, ipii portait avec gloire le poids do ce nom illustn;, iiu’il avait su honorer encore jiar tes plus nobles travaux; l’autri' est c,elle de AI. Clievreul, dont notre industrie bénit les précieuses découvertes, et (pii a si dignement succédé à l’illustre Vauquelin. Plus loin, c’est à Ceoffroy-Saint-llilairi' ([ue vos lioimnages s’adresseront , et vous honorerez en même temps les deux générations oii les vertus du cu-ur, le culte do la science, l'élévation des idées brillent d’un si pur éclat. Loin des bruits du monde, au centre des firoduits oii ils cJiercbent sans cesse de nouvelles découvertes, c(‘s hommes laboiieux jouissent du honheur que leur donnent la pensée satisfaite, les services rendus, l’estime acquise. Je ne sais si c’est la meilleure des républiques, mais, à coup sûr, c’est la plus heureuse des colonies.
Derrière le grand Amphithéâtre, vous apercevez une de ces mai.sons, célèbre entre toutf-s, celle oîi a vécu (îeorges C-uvier; puis, tout près, à la portée et comme sous la main de ce grand naturaliste , les instruments ou plutôt le témoignage et les preuve.s de la science créée par son génie, les innombrables pièces d’anatomie comparée ipii remplissent tout un musée renfermé dans un vaste bûtiment {n° 11 du plan) \ [ilus lard, vous admirerez cette immense collection sans précédent et sans égale. Quant à présent , ji-tez S(‘ulement un coup d’o-il sur la cour, ornée d’ossements trop grands pour trouver place dans les galeries, et du squelette monstrueux d’un Cachalot; .saluez en passant le petit anqihithéûtre annexé au Alusée, et d’oii se sont répandues les lumières de la science inaugurée [lar Cuvier.
Ai)rès linéiques jolies habitations d’employés, se présente un petit édifice (n° 29 du plan), que l’on firendrait jiour une seiTc; ap[)rochez de son vitrage : vous reconnaîtrez, non peut-être sans quelque frénussement, te Aluséo erpétologique, séjour des Hi-pliles vivants, oh les soins les plus intelligents et les plus courageux entretiennent la vie et permettent d’observer les mœurs du terrible Crotale, du Trygonocé[)hale, du Kaiman, de la Vipère et il’une foule d’autres animaux, qui excitent tout l’intérêt de l’étude, tandis qu’ils n’inspirent au vulgaire que la frayeur ou le dégoût.
Passez devant les grands ateliers, les magasins et remises {n° 20 du plan), que nécessitent les besoins si variés de l’établissement; vous trouverez encore, à gauche, quehiues habitations de modeste a[)parence noyées dans des massifs do luxuriante verdure : l’une d’elle abrite le respectable, régénérateur de la science erpétologique, le créateur de la Alénagerie des Heptiles , dont nous parlerons [dus t<u’d , avec tout le soin qu’elle mérite, un nom connu par toute la terre, Al. Duméril, Directeur en exercice du Aluséum. l ii beau carré d’arbres fruitiers {jiP 109 du plan), aboutit à la porte du ipiai Saint-Bernard; la grille qui longe le quai vous mènerait jusqu’à la grande porte d’Austerlilz; n’allez pas si loin : suivez seulement le Carré d’arbres fruitiers qui borde le quai et ipii est séparé de l’autre par un beau parc (m*” 5 1 , ô2, 5.9 du plan) , oîi vous verrez courir à la fois nos Daims de France, le Daim de Crèce, le kanguroo de. la Xouvelle-llollande et l’Agouti aux formes élégantes et au joli pelage. Alaintenant, arrêtez-vous, et, tournant le dos à la rivière, regardez, dans la profondeur du Jardin, ces enceintes gazonnées, ces touffes d’arbres, ces treillages élevés, ces huttes, ces chalets, ces constructions do toutes grandeurs et de tous caractères, ces chemins sablés ipii s’enfoncent dans toutes les directions; cet ensemble si pittoresque, si attrayant, s’appelle, sans doute à cause de sa fraî-
T()lM)(;i{ VPIIIE. '•»
chour et de sa variété, la Vallée Suisse; il est bien entendu que vous n’y verrez ni vallons, ni montaj^ncs, ni lacs, ni cascades, ni glaciers.
Voici d'abord la Ménagerie des animaux féroces {n° 28 du plan); l’odorat, avant la vue, vous avertit do la présence de ces redoutables bôtes. Leurs loges, fortement grillées du enté du public, s’ouvrent par derrière : toutes les précautions de sfirc'té sont prises. La Ménagerie n’est pas un objet de vainc curiosité; un vaste terrain, <iui en dépend , est consacré aux expériences physiologiijnes.
A gauche , et comme pour faire contraste aux farouches habitants dos logos , de gracieux parcs , limités par des claire-voies , renferment des Moutons d’Astracan , des Cerfs de diverses espèces, des Zèbres, le Dauw et le Cerf cochon. Prenez ensuite à droite, après avoir traversé des parcs de Moutons d’Abyssinie, vous êtes devant l'immense Rotonde o'u les Singes (n° 27 du plan) gambadent, jouent, grimacent et mangent; on a appelé cela un palais : vous verrez si ce n’est pas à la fois un gymnase, un réfectoire, un dortoir, un théâtre; après tout, (pi’importe le nom? A côté do ces remuants ([uadrupèdes, un terrain et un bâtiment ont été réservés pour les expéraonces physiologiques. Plus à droite encore , vous avez devant vous la Fauconnerie 25 du plan), où, derrière des grillages , à l’air et au soleil, perchent les Oiseaux do proie de nos climats et des pays étrangers. A droite de ce parc, se trouve {n° 26 du plan) le parc aux Tortues.
Retournez-vous queUiue peu, un plus aimable spectacle vous attire ; la Faisanderie {)i° 21 du plan), cet hémicycle de fil de fer, cette réunion de cages spacieuses, retient prisonniers de beaux et pacifiques Oiseaux : le Faisan, la Perdrix, la Colombe, le Rossignol, et cent autres; un bassin , qui se trouve [)lacé derrière ce bâtiment et ((ue vous pouvez apercevoir do l’extrémité septentrionale de la volière, donne l’hospitalité aux Oiseaux a(iuati(iues précieux, tels que le I^élican, l’Ibis sacré. Le Phoque profite aussi de ce bassin i>our y donner le spectacle de ses jeux , de son agilité et do son attachement à son gardien.
Les captifs emplumés ne sont séparés que par le parc aux llémioncs (n" 62 du plan), de la massive Rotonde {n° 23 du plan), flan<iuéo de pavillons, qui reçoit les plus grands, ou les plus vigoureux , ou les plus délicats des Ruminants. De ce sejuarf' à bêtes , où une bonne police, avec de larges [)outres et de forts barreaux de fer, maintient l’ordre et la traïupiillité , sortent, dans l(*s parcs affectés à leur promenade, la Girafe élancée , le pesant Éléphant, le * Rhinocéros farouche, le Chimpanzé aux mœurs si douces et d’une agilité si charmante, l’utile et obéissant Chameau; d’autres y figurent encore (juand l’âge ou le climat leur fiermet do vivre pour noire plaisir et notre instruction.
Tout autour de la Rotonde s’étendent de grands parcs ombragés, divisés en nombreux compartiments, dis])osés selon les mamrs de leurs habitants; ici les Rennes, un pou plus loin les Cerfs de \ irginie et le Bubale, les Couaggas; lâ les Autruches et les Casoars, et leurs voisins les Axis, et l’année de nos oiseaux aiiuatiqucs, partageant leur mare et vivant en bonne intelligence avec de gros Buffles paciliiiues; au delà les Moufflons et les Chamois, puis les Alpacas et les Cerfs du Malabar. Tous ces hôtes du .lardin, et d’autres que je ne puis seulement pas vous nommer, tant d’ailleurs cette i)0[)ulation est mobile ; les Lamas, les Gazelles, etc. , ont de (•harmants logis, cuinmodes pour eux, pitlores<pies [lour nous : devant les cabanes, les murs, les ruines, les huttes, ils peuvent se croire dans leur pays, et nous pouvons nous figurer «pie nous y sommes avec eux; au .lardin des plantes, on devient cosmopolite.
Vous devez, c’est une tradition constante des promeneurs, une station aux trois fosses à compartiments où l’on retient les Ours (?i“ ^0 du plan). Leur pesante démarche amuse, on aime leur maladresse; on excite leurs lourdes gentillesses par la gourmandise, mais on redoute la férocité do leur gloutonnerie; ils mangeraient votre tête tout aussi bien que le morceau d(‘ pain «ni’on leur jette. Regardons avec précautioji, et poursuivons notre chemin.
Nous voici à l’Orangerie {n° 17 du plan). Elle est spacieuse, simple, bien disposée; au devant, tournées vers le Midi, sont les seires te!np(*r«'‘es et les serres des Orchidées; doux
11 DKI'X1(-:ME PAIITIE.
rnclos bien al)ntüs renformont des couches et semis {n° 89 du plan), Tue avomie, parallèle à l’allèo dos Tilleuls du cAlé droit, longe dans toute leur ètenduo les écoles de hotanitjuo. Deux innnenses rectangles, formés par dos grilles do fer, ouverts h deux extrémités, entourés d’arhres rafraîchis par des bassins circulaires, contiennent do nombreux carrés oîi sont cultivées lus innombrables plantes néc(^ssaires ît l;i belle science des Linné, des .lussieu.
L’onsoignement y puise comme dans un réservoir intarissable, et l’étude y trouve toujours un libre accès 90 du plan). Dans une do ces enceintes s’élève bi [tin Laricio {n° 91 du plan), A l’extrémité dos écoles do botaiiitiuo, on a logé des [liantes a(|uatii[ues {n° 102 du plan), complément des richesses végétales du Jardin.
Nous voici revenus [très de la porte d’Austerlitz. Avant de sortir, permettez-moi de vous demander si vos yeux ne se sont portés (jue sur les objets (|uo je vous ai signalés? S’il en est ainsi, tant [lis : vous avez beaucoup [tenlu. Partout oîi la foule a ([ueb[ue chose à regarder, le spectateur lui-même n’est-il [tas un curieux s[tectacle? Les galeries, les [tares, les serres du . Jardin dos Plantes renferment toutes les variétés des végétaux, des minéraux et des animaux; ses allées sont peu|ilées par toutes les variétés de la [tbysionomie bumiiine. Habitués indigènes, touristes du dehors, Parisiens de tous les quartiers, voyageurs de tous les [lays, c’est une [lopulation moitié permanente, moitié renouvelée, tableau toujours sendtlable et toujours changé, amusement toujours nouveau [tour l’observateur. Je vous ai dit (pie le Jardin des Plantes est le résumé do la cri'ation; je [mis vous dire aussi (pi’il est l’abrégé de la sociét('>.
(Iboisissez un jour do beau soleil, un jour de fête surtout, une heure oh tout est rangé dans le ménage, oh tout est ouvert au Muséum d’histoire naturelle ; vous verrez [tasser [tar toutes les [lortes la belle dame descendant de, son carrosse, le bourgeois amené de loin [tar une v(titnre de [ilacîo, l’artisan (pii sort de romnibus, l’ouvrier en blouse, le soldat en grande tenue, la cuisinière en bonnet <\ rubans roses, le [laysan dans ses habits du dimanche, des jeunes, d(!S vieux , des tournures [tarisiennes , des démarches exotiques.
Dans cette invasion , tout le monde ne va pas partout : les nouveaux venus seuls ex[ilorent tout ce (pii attire leur curiosité; les babitutjs suivent leur chemin et vont a leur [tlace de tous les jours , b*s visiteurs d’occasion courent aux objets do leur [ireference. Vous reconnaîtrez .sans [leine les individus de ces différentes es[ièc-es.
Pour un certain nombre de Parisiens, et [tour beaucoup de canqiagnards , le Jardin des
ASPECT (lÉNÉllAE 1)1 JA1U)1\'.
ir,
Plantes, c’est la Ménagerie. Aussi, (luolle nombreuse société s’assemble toujours devant le Lion et la Pantbère, l’ilyèno, le Tigre et le Chacal ! Là, surtout au moment oii les gardiens distribuent la nourriture, vous roiicontrerez une complète collection de casquettes et do shakos, do vestes et do bourgerons , de tartans et de cornettes. La même aftlucnce des mêmes spectateurs se presse autour àn palais des Singes, et les cris de Joie, les compliments, les applaudissements ne manquent jamais aux tours d’adresse, aux cs[)iégleries , aux gambades bizarres et au bon appétit de ces messieurs. Les habitaus do la Rotonde u’ont pas moins de succès, succès plus calme et plus
sérieux : la Girafe, l’Elé-
pbant et le Rhinocéros ont une cour de visiteurs ; mais, s’ils pouvaient être jaloux comme des hommes, ils le seraient de leurs voisins les Ours.
Les animaux-là sont fort laids et fort mal logés, (,‘t j)ourtant les abords do leurs tannières sont constamment encombrés de curieux. Pour combien de bonnes gens l’Ours Martin est le roi du .lardin des Plantes! Le gamin de Paris a l’habitude et
le besoin de causer avcK)
Martin : il l’appelle, il le flatte, lui commando ses exercices, lui promet sa récompense, le fait grimper sur son arbre, lui montrant un pain ou un gâteau, qu’il lui jette souvent, ([u’il emporte quelquefois en se moquant. Avec quelle attention le vétéran, la grisette, la bour" geoise et ses enfants, la jeune Pille et son père, contemiilent, par dessus les grilles de fer, l’intéressant spectacle des évolutions do Martin et de ses compagnons!
Si vous voulez entendre des observations naïves, des paroles niaises, des réflexions amu- .santes, suivez les contours de la Vallée Suisse, l ’n enfant se récriera, en tondant ses petites mains vers le treillage, sur la gentillesse des Gazelles ou des Moutons, sur le plumage ijes Oiseaux. Un ouvrier, bon père et boit époux, hissant son fils sur son épaule, lui cxp!i<iucra de son mieux les animaux qu’il lui montre, et lui racontera ingénument ce qu’on lui eu a dit et ce que son travail lui en a ap[iris.
Un honnête Monsieur, heureux do contribuer à l’instruction do son jeune héritier, lui décline, après l’avoir lu sur l’étiipiette appliquée ’au treillage , le nom de chaque animal , et ce tiu’il en a lu , j)eut-être le malin , dans son Jardin des l'/anles.
DKi xUniK PAirrii:.
L’enfant no nianqnora pas do profiter d’une scicncü si bien ac»iuiso et si bien démontrée.
{’diercboz-vons les poursuivants do la vraie science? Kntrez dans les galeries, dans la bibliothèque, dans les laboratoires ou l’on scrute les secrets do la nature , oîi le microscope découvre des mondes inconnus , dans les carrés ou travaillent avec amour des jardiniers, qui sont à la fois des savants et des artistes, ou stationnent, dans un costume tpii annonce tantôt le laisser aller d(‘s mœurs d(^ l’école, tantôt une certaine élégance étrange et sans façon, tpiel- (jnes étudiants eidevés à l’estaminet par la bolani(iue. (1(‘ n’est pas toujours l’étude (pii amime l’étudiant au Jardin des lMantes;je vous laisse à [»enser quelles leçons donne ou reçoit celui (jui gravit, en comiiagnie d’une femme élégante et fraîche, les sentiers du Labyrinthe; ils |uiraissent tous deux trèsaffairés de ce qui les occupe. Ne troublons pas leur [iromenadi'.
Si la solitude à deux est le bonheur, comme on l’a dit, l’aulre, la vraie solitude , peut rendre indépendanl , mais je
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A S P K CT ClhÉlîU. l)i; JARDIN.
étranger, du cœur d’autrui! N’est-co pas le souvenir d’une société perdue, ou l’espérance d’une nouvelle association, qui occupe mélancoliquement, sous les ombrages des Tilleuls, cette femme entre deux âges, couverte d’un reste <l’élégance, la tète enveloppée d’un voile (lui cache son visage on le laissant voir, la taille enveloppée d’un châle ou d’un mantelet qui la couvre en la faisant deviner !
A quoi rêve ce vieux promeneur, qui ne regarde rien, parce qu’il sait tout par cœur, et (jui ne semble avoir d’autre ami que sa canne? Cet homme n’aime que lui, no pense qu’à lui ; cela ne le rend ni beau, ni aimable.
Et cet autre, pesamment appu3'é sur son parapluie , l’œil fixé sur le sable, comme si les feuilles des allées et les fleurs des carrés n’existaient pas pour lui; sa mise accuse une ^ certaine aisance, mais sa figure est tout calcul ; s’il
vient ici, c’est parce que cela ne lui coûte rien, et qu’il peut repasser gratis le compte do ses rentes et le chiffre de ses économies. Cette petite bonne, à la mise cmiuelte, à l’œil
DKL’MKMK IMUTIK.
vif et quêteur, croyez-vous qu’elle soit satisfaite de la compagnie du mioche que ses maîtres lui ont donné à garder et à promener? Puisse son mauvais destin ne lui faire pas rencontrer le galant troupier, ou l’étudiant roué, qui charmerait trop bien son isolement, et l’entraînerait peut-être loin de l’innocent Jardin des Plantes ! Souliaitez-lui de se méfier des hommes, dont elle aime tant à fixer les regards ; espérons même qu’elle ne s’arrêtera pas devant ce provincial, qui braque sur elle son binocle ; un lovelace de chef-lieu d’arrondissement , en congé à Paris , est un être souvent ridicule , mais dangereux pour la cuisine et i)our ranlicbambre.
Voyez passer cotte marchande de gAteaux, portant son magasin sous son bras ; elle va là où l’appelle l’enfance généreuse, d’humeur donnante, et do grand appétit. Il faut des gâteaux à ces petits garçons (pii veulent voir manger l’Éléphant, à ces petites filles (pii partagent leurs friandises avec les Biches et les Chevreaux , et qui viennent ensuite danser en rond , à l’ombre des vieux arbres, sous la surveillance maternelle.
Il faut une nourriture plus forte à ces familles anglaises , (pic vous rencontrez au Muséum d’histoire naturelle, comme vous les trouvez dans tous les monuments de Paris, .sur toutes les lignes de chemins de fer, sur tous les bateaux à vapeur; ils sont reconnaissables à la propreté et à l’originalité de leur mi.se, à la cadence de leur marche, et à la voracité de leur faim : leurs enfants mangent toujours , et ils font toujours comme leurs enfants.
Ce qu’ils consomment en un jour suffirait pour nourrir, pendant un an , le caniche de la
ASPECT GÉNihUL DU JAPDIN.
bonne vieille portière retirée, (jui no manque pas de conduire chaque après-midi son azor au
kiosque du Labyrinthe, ou près des animaux apprivoisés.
Un Jardin si ^Tand , où tant de monde marche, serait incomplet, presque inhumain, s’il
ii’offrait pas au public des moyens de repos. Les vieillards , et il y en a beaucoup parmi ses habitués , comptent sur ses bancs ; ils s’y traînent quehjuefois péniblement, appuyés sur un bras de neveu, de frère ou de domesti<iue.
Ln banc, sous un bel arbre, devient pour eux un excellent cabinet de lecture ; celui qui a les meilleurs yeux , ou les meilleures lunettes , lit à haute voix ,
consciencieusement, et sans ^
se permettre ni admettre aucune interruption, le journal de la veille; on fait cercle autour do lui, et il y a tant d’espace pour les promeneurs , (luo ces paisibles salons sont respectés , comme le sont aussi les conversations qui s’établissent partout où il y a deux chaises : si vous pouviez entendre ce ijui s’y dit, cela vous amuserait; mais il faudrait écouter, et ce serait indiscret.
Vous avez aussi, et en bon nombre, les lecteurs solitaires; ce ne sont pas, soyez-en certains, des gens cuiieux d’histoire naturelle : ceux-là, si vous voulez les voir lire, allez à la bibliothèque , fréquentée comme le jardin et les galeries , ouverte avec générosité , servie avec une intelligente obligeance. Ces liseurs, assis ou en marche, ce sont les leciuriers qui ne sauraient faire un pas sans un lûTc; les petits bourgeois, (jui cherchent sous les Tilleuls l’air absent de leurs chambres; les bas bleus descendus de leur mansarde; les rentiers, qui finissent en paix la lecture de leur journal, commencée dans le tracas du nettoyage matinal, ou au bruit des aigres paroles de la ménagère.