‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 46 sur 100 · PARTERRES ET CARRÉS · texte numérisé non relu

PARTERRES ET CARRÉS

a reçu entre ses mains des perfectioimonients prodigieux, au béuéficc du cultivateur. « Sans la culture, dit Linué, le doux Raisin serait acide; la suave Pomme, acerbe; la délicieuse Poire, austère; la succulente Pèche, aride; la grasse et lisse Laitue, maigre et épineuse; la pulpeuse Asperge, fibreuse; les sapides Cerises, aigres; les Céréales seraient sans fécule; les Légumes et les Fruits s’aviliraient. » L’horticulteur a changé la tleur do l’Églantier en Roses doubles et pleines; il a rendu vivaces les plantes annuelles; il a supprimé les pédoncules à Heurs du Jléséda, et la tige de cette plante (qui chez nous est une herbe) , fortifiée de la sève destinée aux Heurs, est devenue un arbrisseau, comme dans sa patrie primitive. Les Banksia, les Casuarina, les Eucalyptus de Van-I)iémen, la Belle-de-Nuit et les Dahlias du Pérou, Heurissent dans lem' hémisphère pendant l’été, qui coïncide avec l’iiiver du notre; apportés en Franco, ils conservaient les mêmes habitudes, suivaient les mêmes périodes de végétation, et le froid les faisait périr; le jardinier les a cultivés en serres, en a obtenu des graines, et a semé ces graines à une épwiue favorable; la plante, forcée d’entrer en sève au printejnps, a fleuri pendant l’été, fructitié en automne, et s’est naturalisée dans nos jardins.

La variété, une fois obtenue, peut se reproduire identique par boutures, marcottes, tubercules, drageons, greffes, etc.; mais la graine ne conserve pas la variété; elle tend toujours à reproduire le type primitif de l’espèce. 11 y a cependant des plantes dont les variétés se multiplient par graines, pourvu que l’on conserve les conditions de culture qui ont modifié l’espèce; telles sont les Céréales, qui forment non pas des variétés, mais des races, dont le type originel est perdu.

Le Chou potager va vous fournir un exemple frappant de cette perfectibilité, ou, si l’on veut, de cette propension à dégénérer, que nous venons de signaler dans l’espèce végétale. Vous avez ici, sous les yeux, cinq variétés principales du Chou potager: 1° la variété nommée Chou sauvage est le type primitif de l’es[)èce : la racine est cylindri(]ue et élevée hors do terre; les feuilles sont d’une couleur vert do mer, les inférieures sont très-larges, pétiolées, presque charnues et à bords sinueux; les supérieures sont sessiles, embrassent la tige, et leurs bords sont très-entiers; 2° la variété nommée Chou frisé ou Chou de Milan a une tige cylindrique, un peu allongée ; les feuilles sont pres(iuc en tête dans leur jeunesse, puis étalées et crispées; 3° la variété nommée Chou cabus ou Chou pommé a une tige cylindrique, courte; les feuilles sont vertes ou rouges, concaves, non frisées, ramassées en tête avant la lleuraison; 4° la variété nommée Chou-Bave a sa tige renflée et globuleuse à l’origine dos feuilles ; 5° la variété nommée Chou-Fleur a scs pédoncules ramassés et serrés avant l’époque de la fleuraison ; la sève se jette sur ces pédoncules , et les transforme en une masse épaisse, charnue, tendre, mameloimée ou grenue : c’est en cet état qu’on sert le légume sur nos tables. Si on laisse vivre la plante, cette tige informe et rabougrie s’allonge, se divise et porto des fleurs. — Telles sont les modifications que la culture fait subir au Chou potager, et (jui altèrent si profondément en lui la i)hysionomie do l’état sauvage. Elles sont dues uniquement, comme vous le voyez, au développement exagéré du parenchyme, qui s’accumule tantôt dans les feuilles (Chou cabus) , tantôt au bord seulement de ces feuilles (Chou frisé) , tantôt en bas de la tige (Chou-Rave), tantôt enfin dans les pédoncules (Chou-Fleur).

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