IX
lo SKURES TEMPÉRÉES.
La grande serre tempérée, communément nommée Orangerie (n" 17 du plan) , n’existe que depuis ([uarante ans; elle a deux cents pieds de longueur, vingt-quatre pieds de largeur, vingt-sept pieds de hauteur. La porte est large de dix pieds et haute de vingt-quatre, pour qu’on puisse aisément faire entrer et sortir les arbres. Il y a, sur le mur du fond, des poêles avec des tuyaux de chaleur, mais on n’y fait du feu que quand la température du dehors descend à quatre degrés au-dessous de zéro; les croisées s’ouvrant au midi, il suffit du moindre rayon de soleil pour entretenir une douce chaleiu- {Figure de la tête de page 21).
Les arbres qu’on abrite dans la serre tempérée sont originaires, les uns de l’Asie Mineure, de la Créce et des autres contrées de notre hémisphère, dont le climat est semblable à celui de l’Espagne; les autres viennent de climats aussi froids que celui de la France; mais comme leur été correspond à notre hiver, et qu’ils fleurissent pour la plupart pendant cette saison, on ne peut les laisser en pleine terre ; il en est cependant plusieurs dont on finira par retarder la floraison, do manière qu’ils puissent fleurir pendant l’été, et passer ensuite impunément l’hiv'er en pleine terre.
On loge les caisses dans cette seiTe au mois d’octobre; on les en retire au mois de mai : on
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place les unes dans le (irand Rond, les autres dans la grande allée transversale, (lui coupe V École de botanique et sépare la Pépinière du Carré Chaptal ; les plus petites sont disposées en amphithéâtre sur la terrasse qui est au-devant de la serre.
2» SF.RRCS CHAI DES.
Nous venons de voir la grande serre tempérée, nous allons visiter successivement les seires chaudes , dont chacune a une destination particulière; commençons par celles qui sont adossées à la partie orientale de la Petite Butte. Nous y entrons par une porte (jui est vis-à-vis de V Allée des Marronniers. On trouve d’abord une petite cour où sont rangées, dans la belle saison, les plantes les plus curieuses de la serre; et nous devons vous faire remarquer une magnifique Glycine de la Chine, dont les guirlandes, couvertes au printemps d’une multitude de grappes bleues, vont se perdre à une grande élévation dans les arbres voisins; à gauche, une autre cour plus [)ctite et fermée, où sont des couches et des châssis pour (luelques plantes précieuses, et un cabinet où se font les rempotages.
Il y a ici trois serres disposées en amphithéâtre, ados.sées les unes aux autres, et communiquant entre elles; leurs toits .sont obliques et vitrés; on les couvre de paillassons pendant les grands froids , ou aux approches d’un orage, ou lorsque le soleil est trop ardent.
Entrons d’abord dans la serre Philibert , qui est la plus inférieure des trois; elle a été construite, en 1821, pour renfermer la riche collection (pii venait d’arriver de l’Inde et de Cayenne. On lui a donné lo nom du capitaine de vaisseau qui a transporté ces plantes en France : il serait plus juste de la nommer serre Perrotel, car c’est ce dernier voyageur, rernaniuahle par son activité et son intelligence, (pii, après avoir recueilli lui-même la plupart des plantes dont elle est garnie, les a toutes soignées pendant la traversée, et apportées au Muséum dans le plus bel état de végétation.
Cette serre a soixante-quinze pieds de long sur douze de4arge et dix de hauteur. Elle est chauffée par quatre fourneaux, dont les tuyaux y entretiennent une chaleur de quinze degrés; c’est la plus chaude des trois : là sont déposées les plantes récemment arrivées des régions tropicales, et aux(pielles on veut conserver la température de leur climat naturel. Parmi les espèces (jui s’y trouvent, remarquez le Sloanœa, belle plante de la famille des Tilleuls, que MM. Cuillemin et lloullet ont rapportée des forêts vierges du lîrésil; voici le Cannellier, (pii est une espèce de Laurier; le Cacaoyer, (}ui appartient à la famille des Malvacées, et dont la graine sert à fubri(pier lo chocolat; le Giroflier, de la famille des Myrtes; le Cafier d’Arabie [Coffea arabica), dont vous connaissez l’iiistoire; le Café des Savanes, qui nous est venu de l’Ameri(pie septentrionale; voici diverses espèces A' Arum ou Gouet aux feuilles larges et en fer de flèche, dont les plus remarquables sont l’.'lrimi discolor, VArum de Séyuin et Y Arum palmé ; le Lecytlns ollaria, arbre de la familbî des Myrtes, dont le fruit énorme s’ouvre en travers, comme vous l’avez vu dans la ,)us(pname et dans le âlouron, et figure un vase épais, formé par un couvercle , de là son nom de Marmite de Singe. Cet arbrisseau , de la famille des Apocynées, est lo Théophraste de Jussieu {Theophrasta Jtmio’i) :
il réunit les noms de celui (jui créa la Botanique chez les anciens, et de celui (jui découvrit la Méthode chez les modernes : cet arbre, très-rare dans les serres, porte au sommet de sa tige une touffe de feuilles circulaires , figurant un vase. Voici le Rrésillet ou Rois de Fernambouc {Cœsalpinia echinatn) , qui doit son nom générique à un botaniste célébré du seizième siècle : cet arbre, de la famille des Légumineuses, sert à faire des meubles, et fournit une belle couleur rouge, très-connue des teinturiers; voici enfin le Larolinea pi inceps {Pachira aquatica) , qu’on nomme à la Guyane Cacao sauvage; il appartient en effet à la famille des Malvacées; c’est un arbre remarquable par ses belles feuilles découpées en grandes
LKS SEHHKS.
digitations , et surtout par ses fleurs à étamines nombreuses , dont l’ensemble offre souvent dix pouces de diamètre, et jusqu’à quinze pouces de longueur.
Passons dans la serre Baudin, qui est au-dessus de celle-ci, et qui fut construite on 1798, pour loger les plantes apportées par le jardinier du Muséum, Biedlé , voyageur infatigable, qui avait accompagné le capitaine Baudin dans son expédition botanique a Porto-Bicco, Saint- Thomas, etc. On y fait des boutures .sous châssis, on y cultive les plantes herbacées les plus curieuses , et l’on y élève de jeunes arbrisseaux pour les transporter dans la serre supérieure. Cette serre a cent (luarante pieds de long sur neuf de large ; elle est chauffée par deux poêles ; la température y est entretenue à dix ou douze degrés, \oici V Aristoloche « grandes lèvies [Aristolochia labiosa), dont les fleurs exhalent une odeur fetide; 1 Aristoloche vechignée [Aiistolochia ringe/ts), le Figuier-Cerisier [Ficus cerasiforinis) , le Laurier à glands [Ocholeaj du Brésil; la Passiflore palmée [Passiflora palmatd). Ce genre, dont nous verrons de nombreuses espèces tapisser les murs et les grottes des serres , doit son nom de Passiflore à la structure bizarre de sa fleur, où riiistorien espagnol Pierre de Cieza a cru voir représentés tous les instruments du supplice de Notre-Seigneur Jésus-Christ : do là le nom de Fleurs de la Passion . (jui a été donné aux espèces de ce genre singulier. La corolle est de cin<| pétales , et présente entre eux et les cinq étamines trois rangées de filaments pointus, dont les plus extérieurs sont plus longs, c’est ce (jui figure la couronne d’épines; le pistil est terminé par trois styles divergents , à stigmates élargis , ce sont les clous qui servirent à fixer le corps sur la croix ; les étamines ont des anthères à loges séparées , et ont l’apparence de marteaux ; (juant aux cordes, on peut les voir dans les vrilles qui accompagnent les feuilles, et au moyen descpiclles la plante s’attache aux arbres qui la soutiennent.
Nous trouvons aussi le Poivrier, plante sarraenteuso de la famille des Urticées, dont les graines fournissent la poudre nommée Poivre ; la Dionée Attrape-mouche [Dioiiœa muscipitla) , dont je vous ai parlé dans l’École de botanique ; le Cecropia palinata, arbre brésilien de la famille des Urticées, dont les feuilles sont partagées en neuf longues digitations , blanches et cotonneuses en dessous, et dont la tige creuse lui a valu aux colonies le nom de Bois Trompette ; le Calebassier [Crescentia ciijete) , Bignoniacée dont l’ovairo énorme et de consistance ligueuse sert à fabrii^uer des vases ; le Tamarin [Tamarindus indica) , Léguinineuse dont la gousse brune-rougeàtre est remplie d’une pulpe aigrelette au mi- ^ lieu de laquelle sont nichées les graines; le Hura crepitans, ji petit arbre de la famille des Euphorbes, dont les ovaires, en se décollant à la maturité, éclatent avec bruit et lancent au loin les graines; dans la capsule desséchée et criblée d’ouvertures , on place du sable. Enfin le Mancenillier [Hippo7/iane mancmella) , de la famille des Euphorbiacées ; cet arbre , dont le suc laiteux est le plus redoutable des poisons du Règne végétal , habite les bords de la mer sous les tropiques; cependant, (]uelles (jue soient ses propriétés vénéneuses, il vaut encore mieux que sa réputation : on croit que celui qui s’endort sous son ombrage ne sc réveille plus ; mais le contraire a été expérimenté par [)lusieurs personnes. Ce qu’il y a de vrai , c’est que , dans certaines contrées , on ne le fait abattre (lue par les criminels ; la pluie qui tombe sur la peau, après avoir coulé sur ses feuilles, y produit l’effet d’un vé.sicatoire ; les Indiens empoisonnent leurs flèches en les trompant dans le suc qui coule de son écorce, et si le voyageur inexpérimenté se laisse séduire par les vives couleurs et le parfum suave de son fruit, il ne tarde pas à périr au milieu des plus affreuses douleurs.
.Montons dans la serre supérieure ou serre Buffo?i, qui fut construite en 1788 ; elle a cent vingt-deux pieds et demi de long , douze pieds et demi de large, et quinze de hauteur. C’est la
Cecrûpu.
M^xckmluer.
Dia XlKMK PA HT I K.
moins clinudo dos trois ; on n’y entretient qu’une chaleur do dix degrés. Nous y trouvons une magnifique collection do Fougères é(iuatoriales , telles que le Gymnogramma Chrysophylla , dont les feuilles sont dorées en dessous; le Gymnogramma dealbatn^ dont la face inférieure est argentée ; le Platycerium alcicorne ou Acrostic à corne de cerf^ dont le feuillage est irrégulièrement découpé à son extrémité , ce (jui offre une exception à la symétrie ordinaire des Fougères. Voici VAstrapæa WaUichii, superbe Malvacée originaire de l’Inde, à feuilles en cœur très-grandes, et à fleurs d’un rouge éclatant , disposées en ombelles serrées. Heinarquez ce Pin darnmara, c’est le seul qui e.xiste en Europe; ce Figuier élastique {Ficus elaslica) dont 1a stipule est située à l’aisselle <le la feuille, et forme un cornet clos qui recouvre tout le bourgeon comme une sorte do coiffe ; si l’on enlève la pellicule interne et la pellicule externe de cette stipule , il reste une membrane qui , humectée d’eau , et placée sur un microscope, offre les vaisseaux ramifiés de la sève descendante, dans lesquels on peut voir celte sève circuler. La sève descendante du Figuier élastique est laiteuse ; lorsqu’elle a été épaissie par l’évaporation, elle fournit une espèce de cuir inodore, insipide, mou, flexible, très-élasti- (|ue, connu dans le commerce sous le nom de Caoutchouc; ce produit, blanc d’abord, devient brun par l’action de la fumée à laquelle il est exposé par les Indiens ; d’autres Lrticées et Eu- {ihorbiacées exotiques fournissent aussi du Caoutchouc.
Dans la serre Buffon, nous trouvons encore le Bongninvillia spectabilis , magnifique Nyctaginée grimpante, découverte au Brésil par Commerson pendant son voyage autour du monde avec Bougainville. Les feuilles sont luisantes, la tige est mince, flexueuse, et porte les épines recourbées au-dessus de l’insertion des feuilles : les fleurs, peu apparentes , sont roses et velues en dehors, jaunes en dedans; elles ont un tube long et rétréci. Ce qui justifie le nom spécifique de cette plante, c’est la beauté de ses bractées ovales, longues et de couleur rose, réunies trois par trois sur un pédoncule à trois divisions ; une fleur est insérée sur chaque bractée, un peu plus bas que le milieu de sa face supérieure. Le Globba penché [Globba nutans) est une Monocolylédonc d(; la famille des Amomées ; ses feuilles sont grandes et ses fleurs nombreuses , dis[)Osées en épi pendant ; elles contiennent deux étamines et un ovaire à trois loges. Voici le Musa rosacea, qui appartient à la belle famille des Bananiers; la tige des plantes de cette famille est simple, et formée par les gaines des pétioles des feuilles qui se recouvrent et s’enveloppent ; le sommet de cette tige est couronné par un faisceau de huit à douze feuilles qui acquièrent souvent dix pieds de longueur sur un de largeur ; du centre de cette couronne de feuilles sort un gros et long pédoncule, qui sert d’axe à de nombreuses fleurs cachées sous dos bractées, et formant un long épi nommé régime ; ces fleurs ont un calice soudé avec le pistil , et divisé dans sa partie supérieure en deux lobes inégaux; il y a six étamines, dont plusieurs avortent ordinairement; l’ovaire est triangulaire et à trois loges; à sa maturité, il forme un fruit de ciiKj à huit pouces, qui devient jaunâtre en mûrissant; chaque régime porte communément de quatrevingts à cent bananes.
En quittant la serre Buffon, nous trouvons une petite serre faisant suite à la serre Philibert; elle .sert aux multiplications, ainsi qu’aux plantes exigeant de rimmidité, telles (jue le Aépenthés, dont je vous ai déjà parlé, le Poivre Bétel , les Kupatoires Ouago et Ayapana, etc.
Passons maintenant aux deux Pavillons de fer qui ont été construits depuis 18.30 : ces magnifiques palais de cristal sont chauffés à la vapeur ; une grande chaudière est disposée der-
G LOB BA.
LES SEHHES.
rièro los Pavillons, et Toau réduite en vapeur par l’ébullition vient se répandre dans de gros tuyaux do fer qui régnent le long de l’intérieur des serres. Cette vapeur brûlante cède sa clia-
lonr au métal . se condense par le refroi-
dissement et va couler dans un réservoir, oîi on la reprend pour la placer de nouveau dans la chaudière ; les tuyaux échauffés communiquent leur température aux couches d’air environnantes ; celles-ci , devenues plus légères , s’élèvent vers la région siipérieure de l’édifice, et sont rem[>lacécs par de's couches d’air plus froides (jui se succèdent continuellement. Ce mode de chauffage est aride, malgré sa régularité , et l’atmosphère des Pavillons n’imite pas exactement celle des tropiques , où les végétaux sont rarement arrosés par de l’eau liquide, mais constamment baignés dans une vapeur tiède qui les humecte, en même temps qu’elle les échauffe.
Commençons par le Pavillon oriental, dont la température est moins élevée que celle de son voisin. Le végétal qui domine tous los autres est V Eucalyptus glauca , arbre de la famille des Myrtes, qui croît dans la Nouvelle-Hollande. Voici le Dragonnier des terres australes {Dracœna auslralis) superbe Liliacée, dont nous verrons bientôt l’espèce principale ; le Jilwdodendron des Indes et le Dahlia arborescent du Mexique ; le Phormium ienax, dont je vous ai déjà parlé; V Acacia habillé {Acacia vestita) , dont les folioles sont velues; le Mimosa dealbala, charmant arbrisseau à feuilles argentées ; V Acacia à feuilles variables [Acacia helerophylla) , dont les pé~
tioles aplatis ressemblent à des feuilles , surtout lorsque les folioles ne s’y sont pas développées. Ce petit arbrisseau est un Thé de la Chine [Thea viridis) ; ses feuilles sont toujours vertes , et portent à leur aisselle des fleurs élégantes ; ces deux Chênes sont le Chêne du Né[)aul [Quei'ciis nepnulensis) et le Chêne lisse [Quercus glabra); le Lagerslræmia des Indes est de la famille des llosacées, et ses fleurs sont d’une belle couleur rose. — Ce gracieux souchet est le Papynis des anciens [Cyperus papyrus). 11 croît dans les marais de rEgyi)te et même de la Sicile ; c’est avec les libres i)arallèles, com|)osant sa tige, que les anciens fahri<juaient leur papier ; ils on coupaient des tranches longitudinales, <|u’ils plaçaient en croix les unes sur los autres ; c('s cie.A-, tiges, soumises à la pression ou à la perçus-
DELXIÈ.MK PAHTIE.
sion, s’aplatissaient et formaient bientôt un feuillet, que l’ouvrier lissait ensuite avec un instrument d’ivoire.
Cet arbrisseau, dont les feuilles ressemblent à celles des Fougères, dont le port imite celui des Palmiers, et dont la fructification rappelle celle des Conifères, appartient aux Cycadées, famille peu nombreuse en espèces, mais (lui n’en est pas moins digne d’intérêt. C’est le Cycas revolutn ; la graine est 7111e, comme dans les Conifères; il n’y a ni calice, ni corolle, ni ovaire pour la protéger; les fleurs femelles forment un chaton, ou c}ia<iue graine est placée à l’aisselle d’une espèce do pétiole avorté, dont les bords dentelés se replient pour envelopper complètement le fruit. Les Japonais mangent le fruit du Cycas revoluta, et font si grand cas de la fécule (|ue leur fournit la moelle de sou tronc, qu’il est défendu, sous peine de mort, de transport(ir cet arl)re hors du Jajjon,
Le Pavillon est tapissé par dos Passiflores et autres plantes grimpantes appartenant aux genres Plumbnyo , Clé//ialile, Thnnbergia et Livèche,
Passons dans le Pavillon occidental , noininé le Pavillon des Pali/ikrs ; ici la température est plus élevée. Nous trouvons d’abord le Bambou, (iraminée gigantesque, rivale des Palmiers dans les Indes , où leur tige s’élève à plus de soixante pieds. Vous avez vu souvent dans nos campagnes les ondulations des blés agités par hî vent ; vous figurez-vous un ouragan dans rinde, où croissent des forêts de Bambous? Écoutez un grand |)oëte, il va vous transporter sur les bords du Cange : « Le vent s’engouffrait dans l’allée des Bambous, et quoique ces Boseaux indiens fussent aussi élevés que les plus grands arbres , il les agitait comme l’herbe dos prairies; on voyait, à travers des tourbillons de poussière et île feuilles, leur longue avenue tout ondoyante, dont une partie se renversait à droite et à gauche jusi}u’à terre, tandis que l’autre se relevait en gémissant. » La pellicule qui recouvre la tige du Bambou est employée par les Chinois, (}ui en font un papier sur lequel sont imprimés la plupart de leurs livres. Le long du mur, en entrant à gauche, vous voyez la Canne à suci'e, autre Craminée moins majestueuse, mais bien plus utile que le Bambou. La tapisserie de cette serre est formée par le Figuier grmipa)it , le Poivre noir , et surtout par plusieurs espèces do Vanilles. La Vanille est une Orchidée sarmenteuse, comme je vous l’ai dit; elle croît dans l’Amérique méridionale, et fournit des fruits allongés, do Paroine le {>lus délicieux ; ses graines sont nomhreuses, très-menues, et l’on voit ou milieu d’elles de petites aiguilles blanches : ce sont les cristaux d’un acide végétal, nommé acide benzoïque, l^a Vanille giv7'ée est celle qui en contient, et qu’on estime le plus pour cette raison. — On a réussi à obtenir des fruits de Vanille dans cette serre ; il a fallu pour cela féconder artificiellement le pistil de chaque fleur, en appliquant sur le stigmate le pollen solide qui caractérise cette singulière famille.
Le long du mur , vous voyez aussi le Carolinea msignis , dont les pétales ont treize pouces de longueur; le Songe épinars {Caladium violaceum) , magnifique plante de la famille des Arums , et le Cierge du Pérou, rejeton de l'ancien, dont je vous ai parlé.
Au centre, sont des Palmiei's entourés d' Arums grunpants , et plusieurs beaux Bananieis : voici d’abord le Slrelitzia regi/iœ, dont le calice, de couleur safran, conù trasle avec la corolle ijui est du bleu le plus pur. Le Bananier de la
^1^ Y 4 Chine {Musa sme/isis), ijuc vous voyez, donne des fruits meilleurs que
■'/ / Banaiiier de l’Éden {Musa paradisiaca) . Linné a donné le nom
\\\^^/ paradisiaca à ce Bananier, parce que, suivant la tradition, ce fut cet / arbre dont le fruit tenta nos premiers parents, et dont ils employèrent la
/ feuille, après leur chute, pour cacher leur nudité. La feuille du Bananier,
on effet, sert de vêtement aux habitants de l’Afriiiue et des Indes, qui on w couvrent aussi leurs cases, et tirent du fil de sa tige ; le fruit est très-
nourrissant : il a le goût d’une pâte de beurre frais , légèrement sucrée.
Vasillï.
STnElIT?IA BKr.lXIS.