MÉNAGERIE
Ces difierenles espèces, ainsi qu’on le sait de la plupart de celles en très-grand nombre que renferme la famille des Bufoniformes, ont des habitudes nocturnes.
Ces batraciens anoures ne sont pas les seuls dont il y ait à parler ici; le troisième groupe celui des Rainettes doit être aussi mentionné, car la .Ménagerie possède toujours pendant la belle saison cette charmante petite Grenouille d’arbre, connue sous le nom do R.\inktte VERTE [Ihjla viridis vel arborea). Sa jolie couleur est constamment en harmonie avec la nuance dos feuilles à la surface desquelles elle se tient suspendue au moyen des disques élargis qui terminent les doigts on matière de pelottes, dont la surface molle adhère solidement au.x corps les plus lisses. On l’a recueillie dans les différentes parties de l’Europe, excepté dans la Grando-Rretagne [où elle n’a jamais été vue. Elle vit aussi en yVlgérie. Une espèce beaucoup plus volumineuse, rapportée do la Nouvelle-Hollande, vit depuis six ans dans une des cages où l’on ne peut la voir sortir de sa retraite qu’à la nuit tombante : c’est alors qu’elle poursuit les insectes dont elle fait sa nourriture. Quoicpie verte, elle est désignée dans les catalogues scientifiques sous les noms de R.\i nette blece {Hyla cyanea) , parce que le séjour dans l’alcool altère promptement son système de coloration en lui donnant une nuance bleuâtre.
.Après tous les Ratraciens, dont il a été question jusiiu’à présent, et qui ont dans leur conformation générale une remarquable analogie, il en \ ient d’autres (jui, au premier abord, en diffèrent de la façon la plus notable. Au lieu d’avoir un tronc large, court, déprimé, privé de queue et supporté par des membres de longueur inégale et dont les postérieurs quelquefois l’emportent beaucoup par la longueur, ils ont le corps allongé, terminé par une queue considérable plus ou moins bien disposée pour faciliter la natation , et dos membres courts égaux entre eux. En se bornant à ces caractères extérieurs , on les croirait plus voisins des Lézards que de tous les autres Reptiles , mais l’étude de leur organisation et de leurs métamorphoses ne laisse aucun doute sur le rang qu’ils doivent occuper. Comme les Grenouilles, les Crapauds et les Rainettes, ce sont des Ratraciens, mais dont la «jueuo constitue l’une des particularités les plus notables. — .Aussi, leur nom d’UnonÈLES, qui rappelle cette différence, met-il en saillie ro{)position frappante qui existe entre eux et les .Anoures.
Le plus connu et le plus célèbre, à cause des préjugés qui se rattachent à son histoire, est lu S.\L.\M.v\DRE TERRESTRE {Salamandva tciTcstris) , à teinte brune, élégamment relevée par de larges taches jaunes. — Le fait le plus merveilleux des récits qui ont cours dans les traditions [jopulaires relatives à ce Reptile, est la propriété dont il jouirait, dit-on, de résister à l’action des flammes. Or, si l’on cherche ce qui a pu donner lieu à cette fable, on trouve que, sous rintluence d’une vive irritation, les glandes volumineuses que la Salamandre porte sur la luuiue sécrètent en grande abondance le li(|uide qu’elles produisent. Des charbons ardents peuvent donc, au premier moment où cette humeur âcre et visqueuse les couvre, paraître éteints, mais bientôt, la sécrétion s’arrêtant, le feu coutùiue son œuvre de destruction un instant interrompue et la mort ne se fait pas longtemps attendre.
Cette Salamandre , (|ui est généralement redoutée dans les campagnes , ([uoi qu’elle n’ait pas d’autres armes iiue ces appareils glandulaires , n’est pas également commune dans toutes les parties de la l' rance. C’est spécialement en Rretagne (jue les individus conservés à différentes reprises en captivité avaient été recueillis.
Une autre espèce , assez analogue à celle-ci dans sa conformation générale, mais qui a dû devenir le type d’un genre paiticulicr, offre, dans sa structure, une anomalie bizarre. Elle a, sur les côtés du corps, une série longitudinale de saillies formées par les extrémités libres des côtes, (|ui soulèvent les téguments et quelquefois même les traversent. Le nom de Pleurodèle
.soit a lappeler ce fait uni(jue dans la séné des animaux vertébrés. On n’a encore trouvé qu’en Espagne ce genre, où il est connu par une espèce unique, le Pleurodèee de AValtl {Pieulodeles ]\aUlii), qui, deux fois, a été envoyé vivant des environs de Aladrid.
L’etudo de la Salamandre terrestre est d’un grand intérêt j)our le physiologiste, car elle offie un lemaKinable exemple d’ovoviviparité. Los jeunes animaux naissent tout dévelo|)pés, it sont abandonnes dans l’eau par la mère. Elle s’y tient en effet au moment de la parturition.
DELXIÈME PAUTIE.
afin lino les Télanls, dont la respiration, comme celle des Têtards d’Anouros, ne [tout s’accomplir (pie sur dos lames brancliialcs, n’aient pas à chercher l’êlêmenl qui leur est indispensable. A mesure (pie leur transformation s’opère , que les poumons so développent et que les organes do respiration aquatique s’atrophient, les Salamandres quittent do plus en plus le lieu do leur premier séjour, pour se tenir de préférence dans des localités ombragées et un peu humides, et elles no retournent plus à l’eau qu’à l’époque où elles doivent perpétuer leur race.
Tous les L'rodèlos, cependant, no deviennent pas exclusivement terrestres, comme ceux dont il vient d’ètro question. D’autres, dont la conformation indiipio un genre de vio différent, no ipiittent presque jamais les ruisseaux et les mares, bien que munis d’apiiaroils pulmonaires comme tous les autres Batraciens adultes. Ce sont les Tritons, qui, à l’aide de leurs pattes largement palmées, de leur ipicuo comprimée et surmontée d’une membrane, et do plus avec une crête dorsale, dont le développement varie suivant les saisons et paraît être, ainsi qu’on l’a dit, une parure de noce, peuvent nager avec une grande facilité.
Trois espèces, souvent difficiles à distinguer à cause do la variabilité remarquable du système de coloration, les Tritons a crête, marbré et Alpestre {Triton crklatus, marinoratus et Alpestris), vivent on Franco, et sont constamment ro[irésentées à la Ménagerie par des échantillons recueillis dans des localités variées.
Une des modifications les plus curieuses des organes des Têtards , à mesure qu’ils approchent de l’étal adulte, consiste dans la disparition des liouppes branchiales iiui, d’abord extérieures, cessent peu à [leu de faire saillie au dehors et qui s’atrophient à mesure ipie les poumons restés à l’état rudimentaire pendant les premiers temps de la vie, passent par les développements nécessaires [lour iju’ils deviennent de véritables organes de respiration. Or, cet état, transitoire chez le plus grand nombre des Batraciens urodèles, est permanent chez quelques-uns d’entre eux , que pour cette rai.son l’on nomme ID'rennibranches. Ces derniers sont caractérisés [lar la persistance , pendant toute la durée de leur vie , des houppes branchiales extérieures, lesquelles, au reste, jias plus que chez les Têtards des Salamandres et dos Tiitons, ne constituent l’organe essentiel de la revivification du sang. Elles ne sont, on effet, que des appendices accessoires des branchies intérieures. Ces Pérennibranches offrent encore une autre [larticularité d’organisation très-digne d’intérêt. Elle est relative à l’ordre d’apparition des membres qui , manquant au jeune animal au moment où il sort de l’œuf, se dévelojipenl successivement, la paire antérieure la première, et la [lostérieure la seconde. Un do cos Urodèles anomaux, dont il s’agit ici, n’a jamais que les membres de devant, tandis qu’un autre, représentant en quelque sorte un état de développement plus avancé, a de plus les membres pelviens. Ce ne sont pas, d’ailleurs, comme on aurait été tenté de le croire, des Urodèles à l’état de larve : la Sirène lacertine {Siren lacertinn), ipii n’a que les pattes thoraciques, et le Protée anglillard {Proleus anguinem) , (pii a les unes et les autres, ont été représentés à la .Ménagerie par jilusicurs individus dont l’un a vécu sept ans et l’autre onze ans , c’est-à-dire pendant un laps de temps bien plus considérable ipi’il n’aurait été nécessaire [lour ipie la transformation s’accomplît si elle avait dû se faire. Ce sont des animaux à l’état parfait, mais arrêtés à une iiériodo do dévelo|)pement inférieur, malgré leur grande taille, qui l’emporte de beaucoup sur celle des Urodèles ordinaires. Ils habitent les eaux souterraines, la Sirène lacertine dans l’Amériipie du Nord, et le Protée dans la Carniole. Celui-ci surtout, ipii n’est jamais frappé par la lumière .solaire, a les téguments blanchâtres et étiolés, comme tous les animaux appelés à vivre dans les lieux obscurs.
Ici se termine l’énumération des Reptiles (jui ont été observés à la Ménagcnie, ou qu on y voit encore aujourd’hui. 11 est facile de comprendre, d’après les détails qui procèdent, tout l’intérêt ipii s’attache à cette section encore assez nouvelle de la collection si riche d’animaux vivants, que la munificence du gouvernement réunit à gi'ands frais dans les jardins du Muséum d’histoire naturelle, On peut prévoir, par ce qui a diqà été fait , toute l’importance du rolo (juc cette Ménagerie .spéciale est appelée à remplir dans ce vaste et magnifiiiue ensemble.
1/oxaincn des foi-nios extérieures des nombreux habitants de la Ménaeforie no suffit pas à votre curiosité toujours croissante, et vous éprouvez le désir de reconnaître les rouages cacliés ([ui font mouvoir tous ces corps animés, oit, en d’aUtres termes, leur organisation intérieure , leur siiuelette.
l’réoccupé do cette idée , dirigez vos pas vers le Cabinet d’anatomie comparée. Ce nom do cabinet, par trop modeste, no devrait plus être donné à cette galerie étroite et peu longue qui renferme une collection anatomique déjà nombreuse, (jui s’accroît et s’enrichit chaipte année; mais, à vrai dire, si c’est bien plus (pi’un cabinet, ce n’est encore qu’une galerie à proportions mesquines, et <|ui devra un jour disparaître, cor le moment viendra oii la science des Daubenton, des Cuvier, des de lllainville, exigera, pour être développée dans l’ordre de l’organi' sation ainmale, qu’un véritable Musée zootomi(iuo [)Uisse renfermer sans confusion toutes les parties dos animaux , depuis les |)lus petits jusqu’à ceux dont la taille est la plus gigantes(pio.
I) Eli MÊME P AETIE.
\\ ant <1(1 pi'iu'tri'r dans coUo galerie, oii sont déposés et entassés les restes [trécioiix de tous les animaux morts depuis plus d’un siècle à la Ménagerie de Versailles et à celle de Paris et ceux venus de toutes les parties du globe, il est indispensable de vous dire qu’en anatomie comparée il faut d’abord placer l’Homme moral en dehors et au-dessus du Hègne animal , et procéder de l’Homme pbysi<pie à rE[tonge, parce que l’anatomie de l’Homme, ayant été étudiée la première et le plus longteni[)s, c’est elle nécessairement <iui est la mieux connue dans ses détails et dans ses profondeurs; elle doit donc fournir le point de départ, et le f)rincipe de l’ordre (ju’il a fallu suivre dans l’arrangement des pièces anatomi(juos naturelles ou artificielles (]ui doivent ligurer dans un cabinet tout prêt à se transformer on Musée.
Parcourons maintenant les galeries dans l’ordre que les surveillants de la collection ont dû demander à l’arcbitecte. Cet ordre ne coïncide pas avec la pensée de (1. Cuvier,
mais il est facile d’y remédier, et nos indications vous mettront sur la voie <iui vous facilitera l’intelligence de la portion la plus riche de la collection ; vous reconnaissez d’abord <}u’il s’agit des squelettes de l’Homme et de ceux des animaux <pu s’en rapprochent le [dus, c’està-dire des Mammifères principalement, puis des Oiseaux, des Ilopliles et des Poissons.
VOITK ET POUTE-COCnÈUE Dl CAlîlNET D’ANATOMIE COMPARÉE,
Sous cette voûte sont deux portes : celle de droite sert à l’entrée, et celle de gauche à la sortie. Sur cha<|uo ci'ité de ces deux [lortes , vous voyez do grands os (pii ressemblent à des cotes et ([iii sont des mâchoires inférieures de Baleines.
Au rez-de-chaussée
Sont deux salles auxipielles conduisent les deux portes latérales de cette voûte. Ces deux salles renferment les sipielettes des plus grands animaux, ([u’il a été impossible de disposer dans l’ordre anatomi([ue. Il faut donc suivre les avis (pie nous vous donnerons pour rétablir l’ordre suivi dans la collection par C. Cuvier et de Blainville.
PREMIÈRE SALLE DU REZ-DE-CII Al SSÉE.
En entrant par la porte de droite :
Parcourez rapidement cette salle, qui renferme des squelettes de Mammifères de toutes les dimensions. Ces squelettes appartiennent à des Cétacés et au groupe des Carnassiers. Nous y reviendrons (juand Cuvier nous le prescrira.
Au fond de cette première salle du rez-de-chaussée est une grande porte qu’il vous faudra ouvrir , si vous voulez voir en raccourci tout le Bègne animal. Allez vous placer sur les gradins du milieu de cet amphithéâtre, et vous aurez en face de vous la chaire du professeur, et au-dessus de cette chaire vous voitcz, sur une grande étagère, la si;rie de tous les animaux vertébrés ou à os, depuis les Singes jusqu’aux Poissons; puis, sur une étagère inférieure, à gauche, la S(Tie dos animaux articulés extérieurement, depuis le Hanneton jusqu’au \er le plus simple; puis, enfin, sur une étagère à droite, la s'îrie de tous les animaux inferieurs , depuis les Poulpes et l’Escargot jus<iu’à l’Éponge.
• ANATOMIE COMPARÉE
Co sont les squelettes des Vertébrés qui occupent le plus de place dabs cette collection, et il a fallu employer, pour les contenir, neuf salles sur treize. Sur ces neuf salles , six contiennent les squelettes des Mammifères , en y comprenant l’Homme. Voici , avant de commencer notre examen , l’ordre d’exposition des squelettes des Vertébrés :
I. Salle des squelettes et des têtes osseuses de l’Homme, contiguë à la grande salle des squelettes des Baleines. Rez-de-chaussée.
Escalier qui conduit au premier étage :
II. Collection des têtes osseuses de l’Homme et des Mammifères , à la première salle du premier étage.
III. Salle des têtes osseuses des Oiseaux, Reptiles, Poissons, renfermant un grand nombre d’autres parties osseuses pour les études de détails ; plus , quelques monstruosités.
IV. Salle de choix de squelettes de Mammifères , depuis le Chimpanzé jusqu’à l’Ornithorhynque. Il faut maintenant considérer comme des succursales de cette salle :
V. La première salle de droite au rez-de-chaussée, où sont des squelettes de Baleines, d’autres Cétacés , et de Carnassiers.
Et VI, la salle de gauche, au rez-de-chaussée, qui renferme les squelettes des grands Pachydermes et des Ruminants.
Après l’examen de ces six salles destinées aux squelettes des Mammifères, on doit voir la quatrième du premier étage, qui fait suite à celle des petits Mammifères. Cette quatrième salle du premier étage est destinée aux squelettes des Oiseaux.
La cinquième salle du premier étage renferme les squelettes des reptiles et une portion des squelettes des Poissons.
Toute la sixième salle est affectée au restant des squelettes des Poissons.
Nous allons maintenant vous donner succinctement une idée générale de chacune de ces collections particulières , tout en vous indiquant les soins pris par les professeurs pour favoriser les éludes de détails.