‹ Le museum des sciences et des arts choix de traités complets instructifs sur les sciences physiques et leur application aux usages de la vie par le dr. Dionisius LardnerChapitre 1 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Aspect du firmament. — II. Le télescope ne peut complètement élucider la question. — III. Le télescope diminue la distance. — IV. Secours puissant fourni par l’analogie. — V. Coup d’œil sur les planètes terrestres. — VI. Circonstances qui font la terre habitable. — Vil. On doit examiner si de telles circonstances se rencontrent dans les planètes. — VIII. Les planètes terrestres ont une position et un mouvement similaires. — IX. Elles ont une somme uniforme de lumière et de chaleur. — X. Réponse à l’objection touchant l'inégalité de distance. — XI. Par les effets que détermine l’atmosphère. — XII. Différents degrés de lumière dans les planètes. — Xltt. Structure de l’œil. — XIV. L’œil s’adapte aux distances. — XV. Rapport de la force des êtres à leur poids.— XVI. Adaptation de la rotation de la terre à l’organisation des êtres. — XVII. Horloge de Flore, de Linné. — XVIII. La durée de la rotation n’est pas le résultat d’une loi physique. — XIX. Rotation des autres planètes. — XX. Celle de Mars. — XXI. De Vénus et de Mercure. — XXII. Leur analogie étroite avec la Terre. — XXIII. Inclinaison de l’axe terrestre. — XXIV. Elle donne lieu aux saisons. — XXV. Même procédé dans les autres planètes. — XXVI. L’atmosphère.

Lorsque, par une belle nuit émaillée d’étoiles brillantes, vous portez vos pas dans la campagne et contemplez l'admirable spectacle que présentent les cieux, certaines réflexions ne viennent-elles pas assiéger votre esprit? Ces gloltes resplendissants, qui sans nombre décorent le firmament, sont-ce des mondes peuplés de créatures, comme nous douées de raison pour découvrir, de sensibilité pour aimer, et d’imagination pour saisir, dans leur infini, les attributs de Celui « dont les cieux sont l'ouvrage? » A-t-il, Celui qui « fit l’homme inférieur aux anges pour le couronner » de la gloire de découvrir cette lumière dont il u s’est enveloppé comme d’un vêtement, » a-t-il aussi fait d’autres créatures riches de pouvoirs semblables, de destinées identiques, d’omnipotence sur les œuvres de ses mains, ayant, en mi mot, toutes choses à leurs pieds et sous leur absolue domination? Et ees globes splendides qui roulent, dans un majestueux silence, à travers les abîmes sans fond de l’espace, sônt-ils le séjour de ees créatures? — Telles sont les grandes questions que ni le tracas des affaires, ni le tourbillon des plaisirs, n'empêchent d’envahir, plus ou moins, l’esprit de l'homme.

Ceux-là qui n’ont en ces matières que des idées superficielles et vagues prétendraient incontinent voir clair dans ces hautes questions ; en

conséquence, ils feraient appel au télescope (1). Mais le télescope ne répondrait pas à leur appel. Quel que soit le pouvoir de cet instrument, il ne saurait encore jeter un jour direct sur de telles questions; à eet égard, son impuissance est complète. De quel secours peut donc nous être le télescope dans l'examen des corps célestes ou de quelque autre objet éloigné? Voici quel est ce secours, rien de plus : le télescope nous mettra à même de voir l’objet comme nous le verrions s'il était plus rapproché ; mais, strictement parlant, il ne peut opérer ce prodige ( le supposer serait lui attribuer l’admirable perfection optique de l’œil), car cet instrument, quelle que soit sa ressemblance avec l’organe visuel , manque encore de quelques-unes des propriétés que l'œil a revues du Créateur.

Supposons , cependant , que nous avons à notre disposition un télescope dont le grossissement soit, par exemple, d'un millier de fois : qu’en résultera-t-il? Il en résultera que l’objet à examiner se trouvera, par le fait, mille fois plus près de nous; par conséquent, nous le verrons alors comme nous le verrions, sans l'intermédiaire du télescope, si su distance était mille fois moindre. Telle est l’étendue du secours que l’on peut tirer de cet instrument. — Voyons maintenant quelle sera la conséquence de ce secours. Prenons la Lune pour exemple, lu Lune, notre plus proche voisine dans l'univers. Sa distance à la Terre est d’environ 240 000 milles (*) (9<i 000 lieues environ) ; le télescope nous placerait donc à 240 milles ( 96 lieues environ) de cet astre. Or, à la distance de 96 lieues, nous est-il possible de voir distinctement, ou même confusément, un homme, un cheval, un éléphant, ou quelque autre objet naturel? Assurément non. Distinguons-nous un édifice, un travail d’art quelconque? Pas davantage. — Mais prenons pour exemple l’une des planètes. Mars, dans son plus grand rapprochement de la Terre, en est éloigné de 50 millions de milles (20 116456 lieues). Notre télescope nous transporterait à la distance de 50 000 milles de cette planète. Quel objet peut-on s'attendre à voir à la distance de 50 OOO milles (plus de 20 000 lieues)? La planète Vénus, quand elle est le plus près de la Terre, en est éloignée d'un peu moins de 30 millions de milles; mais, à ce moment, elle nous présente son hémisphère obscur; et quand une portion notable de son hémisphère éclairé est visible, sa distance n'est pas moindre alors que celle de Mars. — Toutes les autres planètes, même dans leur plus grand rapprochement de la terre, sont à des distances plus considérables encore. Quant aux étoiles, toutes plus éloignées de la terre que les planètes les plus éloignées, il est inutile d'en parler ici.

(*) Le mile on mille anglais équivaut à 1 609 mitres 3 149 dix-millimètres. Il faut, par conséquent, à peu près 1 milles */, pour faire nno lieue française de 4 kilomètres. Toutes les conversions en mesures françaises opérées dans cet ouvrage l’ont été sur cette base.

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Évidemment , le télescope ne peut apporter aucune lumière dans la question de savoir si les planètes sont, comme la Terre, des globes habites. Cependant, quoique la science ne se prononce pas catégoriquement dans une question de cette nature, elle présente un ensemble de faits, de circonstances, vraiment dignes d'intérêt. On a, de nos jours, groupé tous les phénomènes qui ont trait h la position des astres du système solaire (2), à leurs mouvements, à leur caractère physique, à leurs conditions, au rôle qu’ils jouent dans le système; et tous ces phénomènes, ainsi groupés, lorment un corps d'analogies qui jette, dans la question dont il s’agit ici, un jour plus complet, véritablement, que ces probabilités d’après lesquelles nous décidons chaque jour, en justice, des biens et de la vie de nos concitoyens, ou d'après lesquelles nous hasardons même les nôtres (3) .

On envisagera d’abord cette intéressante question au point de vue du groupe de planètes qui, par les analogies qu’elles offrent avec la nôtre, ont reçu le nom de, planètes terrestres. Ces planètes, au nombre de trois, sont Mercure, Vénus et Mars; elles tournent, avec la Terre, autour du Soleil, à des distances beaucoup plus rapprochées de cet astre que les autres éléments du système soluire. En second lieu , nous porterons notre examen sur les autres corps du système; enfin, nous considérerons ceux qui sont distribués à travers les régions de l'univers les plus distantes.

En considérant la Terre comme une demeure appropriée à l’homme et aux êtres qu'il a plu au Créateur de mettre sous sa dépendance, on remarque un accord, une concordance, entre une foule de dispositions qu'on ne saurait complètement suivre et qui , dans le fait, ne se peuvent manifester d’une manière sensible, quelle que soit la loi mécanique générale à laquelle obéissent les mouvements et les changements des masses purement matérielles. C’est dans la profusion, dans la richesse, dans la somptuosité de ces dispositions, conformes il nos besoins ou à nos désirs, dont notre séjour a été si abondamment pourvu, qu’on voit plus immédiatement percer l’intention bienfaisante du Créateur. Les grandes lois physiques ou mécaniques qui régissent le monde , quel que soit leur grandiose , quelle que soit leur importance, laissent plus obscure celte intention. • — Si, — possédant une notion suffisante de nos besoins naturels, de nos désirs et de nos passions, de nos aptitudes à la joie et à la douleur, en un mot, de notre organisation physique, — nous nous trouvions subitement transportés sur cette magnifique terre — à l'atmosphère embaumée, aux eaux pures et dia-

pliants, riche de vies animales et végétales; exerçant sur la matière dont se composent nos propres corps une attraction strictement suffisante pour ' leur donner la stabilité convenable, mais non assez forte pour leur enlever la possibilité de librement et rapidement se mouvoir; produisant, par ses intervalles de jour et de nuit, une alternative de travail et de repos scrupuleusement correspondante à nos facultés musculaires; enfin, présentant une agréable succession de saisons et des variations de température modérées si parfaitement appropriées à notre organisation : — en présence d’une telle concordance en tout et partout, comment - hésiter it conclure que la Terre ait été formellement destinée à nous servir de demeure '!

Si donc la science nous révèle dans toute planète qui, comme la nôtre, s'avance par périodes régulières autour du Soleil, des dispositions à tous égards similaires ; s’il est prouvé que chacune d’elles est similairement construite, ventilée, chauffée, éclairée, approvisionnée; que chacune possède les mêmes alternatives de lumière et d’obscurité par un procédé identique; que la succession de saisons est conforme, la diversité de climats pareille, la distribution de terre et d’eau complètement la même : plus de doute, ces planètes, elles aussi, sont habitées, et habitées par des êtres semblables en tout pointa nous-mêmes! La présomption puissante qui ressort de ces analogies se convertit en certitude morale si l'on réfléchit qu'il est parfaitement prouvé que tous les corps ont pour auteur la même main qui édifia l’univers et le lança dans l’espace. — Telle est donc la nature des preuves que présente la science sur cette intéressante question. Tâchons de la dépouiller de ces expressions techniques et de ces raisonnements que les savants seuls ont le privilège de comprendre, et la présentons de façon quelle devienne aisément et sans fatigue acccssibleà tout le monde.

En jetant la vue sur un plan du système solaire, mais spécialement sur le pian de cette partie du système dont nous entendons maintenant plus particulièrement parler, on sera, du premier coup d’oeil, convaincu que la Terre n'est qu’un élément, un individu, d’une classe de mondes dont sont membres les troisautres planètes. Le plan ci-annexé (fig. 1 )représentc les positions relatives de ces planètes dans leur marche autour du Soleil. La position de Mercure est représentée en M, celle de Vénus en V, celle de la Terre en E, et celle de Mars en M'. Les cercles représentent les différentes routes que chacune parcourt autour du soleil. Lui-même, il est représenté envoyant sa lumière et sa chaleur d’un centre commun à tous ces cerrlcs.

f.es quat^j corps ont la forme de globes et ne diffèrent pas extrêmement dans leurs grandeurs. Ils se meuvent autour du Soleil comme autour d'un

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centre commun, dans des orbites ( 4 ) circulaires, ainsi que l'indique le tableau ci-dessous, et à peu près dans le même plan (5).

Irrésistiblement, on est porté à croire que ces quatre globes sont des

Fis. 1.

corps de la même classe; mais voyons les résultats qui, dans l’économie de la nature, découlent, d’abord de ce caractère commun donné aux mouvements de ces planètes, et ensuite de la position du Soleil.

On trouve , en considérant les qualités des corps organisés, et spécialement celles des espèces animales et végétales , que le maintien de leur bien-être physique dépend essentiellement de l’uniformité et de la régularité avec lesquelles ils sont entretenus, alimentés, par les deux grands principes de la lumière et de la chaleur. Si ces corps, ou l'un d'eux, se trouvaient soumis à quelques variations extrêmes, leur organisation subirait une atteinte souvent mortelle. D’un côté il y a un certain degré de froid, et de l’autre un certain degré de chaleur dont l'influence serait fatale à tout corps organisé ; il y a des limites plus étroites encore dans lesquelles il est nécessaire d’enfermer les températures pour qynntenir la santé physique des corps. Il y a, enfin, des degrés de lumière dont l’in-

tensité. serait incompatible avec la conservation des organes de la vision.

Si donc l’on envisage cette somme toujours même de lumière et de chaleur qu’exige le bien-être des créatures qui peuplent ce glolte, on est naturellement conduit à se demander par quels moyens un état de choses si nécessaire leur a été assuré. Ri, près de nous, il jaillissait d’un foyer de la lumière et de la chaleur, et que des circonstances nous obligeassent à changer de position par rapport à ce foyer, comment nous y prendrionsnous pour en recevoir un degré uniforme de chaleur et de clarté ? Est-ce que nous suivrions une route différente d’un cercledont le foyer serait le centre, nous en tenant ainsi et toujours à la même distance? Eh bien, telle est exactement la route que suit la Terre, comme on le voit dans notre tableau ; et l’on remarquera que les trois autres planètes s’avancent aussi, individuellement, en décrivant des rcrelcs, chacune d’elles se tenant incessamment à la même distance de la source commune de lumière et de chaleur [G) .

Puisque ce mouvement circulaire est, pour la Terre, un moyen par lequel est atteint un but important, l’analogie justifie cette conclusion, que , pour chacune des planètes , un moyen ou procédé semblable doit exister, afin d’atteindre un but semblable. On dira probablement que les planètes sont à des distances différentes du Soleil; que, par suite, quoiqu'on doive admettre que chaque planète (considérée elle-même) est uniformément pourvue, grâce au mouvement circulaire, de lumière et de chaleur, cependant l'intensité de ces deux principes, auxquels elles sont individuellement exposées , diffère, si l’on compare l’une à l’autre, au point de renverser toute analogie entre elles.

Pour répondre .à cette objection , il faut qu’on sache que l’influence île la lumière et de la chaleur sur une planète ne dépend pas uniquement de sa distance au Soleil. La chaleur produite par les rayons solaires dépend de la densité de l’air qui environne les objets affectés par la chaleur. Ainsi, à de glandes hauteurs, dans notre propre atmosphère, on trouve une température considérablement plus liasse qu’à la moyenne surface du globe. Pourquoi? parce que, à ces hauteurs, l’air est si raréfié qu’il ne peut ni concentrer ni retenir la chaleur solaire. On peut donc aisément concevoir (si toutefois l'on admet l’existence d’atmosphères planétaires) que leurs densités ont été réglées de telle façon que les planètes les plus voisines du soleil , qui reçoivent ses rayons les plus intenses, ne sont pas soumises à une température plus élevée que les planètes les plus éloignées du soleil, lesquelles sont exposées à des rayons beaucoup moins intenses : c’est par la même raison précisément que la température du sommet des mon-

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(agiles les plus hautes des tropiques est aussi basse que la température des montagnes polaires. On voit par là combien les effets résultant des difft*renles distances des planètes nu Soleil peuvent être compensés et neutralisés. Pour y parvenir, il suttit que les atmosphères remplissent telles on telles conditions, comme on l'expliquera plus loin.

Mais revenons à la lumière solaire. L'intensité de la lumière du Soleil varie avec sa distance comme l'intensité* de sa chaleur, et l'éclat du joui', dans chacune des planètes, devrait être strictement proportionnelle aux grandeurs apparentes du Soleil dans chacune d’elles. Maintenant il est évident qu’à mesure qu’on s’approche d'un objet quelconque, sa grandeur augmente à l’oeil, et qu’à mesure qu'on s’en éloigne, sa grandeur diminue, l'n ballon qu’on voit à son point de départ présente des dimensions imposantes ; quanti il a gagné une hauteur considérable, ce n’est plus qu’un point. Regardant tlu haut des falaises de Douvres, Edgar dit à Eloster, dans le Roi Lear :

a ... Haïr way down

» Rangs mie tliat gatliers samphire; dreadful trade!

» Mcthiiiks, lie serins no bigger tlian bis lirad.

» The fishermen, tliat walk upon lhe beacli,

» Appear like rnicc; and yon’ tall anchoring bark b Dimiuish’d ta ber cock ; lier cock, a buov

b Almost too smull fur sight b

(A mi-côte, un bnnime est suspcudii, qui cueille le fenouil de mer; triste métier! Il ne me parait pas plus gros que sa tète. Los pécheurs qui se promènent sur la plage semblent être des souris; et. plus loin, ce grand vaisseau à l’ancre prend les proportions de sa chaloupe; sa chalou|ie n’est elle-même qu'une bouée, presque imperceptible à la vue ) — (Suakspeare, le Roi Lear , art. IV, $c. vi.)

Connaissant les distances relatives de Mercure, de Vénus, de la Terre et de Mars au Soleil, rien de plus facile que de calculer les apparentes grandeurs relatives du Soleil , vu de ces planètes individuellement ; car le diamètre apparent doit diminuer proportionnellement à l'augmentation de la distance au Soleil, et réciproquement. Parce moyen, on trouve que le Soleil, vu des quatre planètes, prend les grandeurs relatives de la figure 2, ligure dans laquelle E, représentant le disque du Soleil vu de la Terre, M sent son disque vu de Mercure, V son disque vu de Venus, et M' son disque vu de lu planète Mars.

L éclat de la lumière solaire dans Mercure sera plus grand que sur la Terre, dans la proportion de M à E; la lumière du Soleil dans Mars sera moins brillante que sur la Terre; elle sera dans le rapport de M‘ à E. On pourrait, par suite, conclure de là que la lumière dans Mars serait trop faible, et dans Mercure trop intense pour la vision.

Quelques mots sur lu structure et les fonctions de l’œil suffiront, toutefois , pour prouver que ces difficultés peuvent être facilement résolues. La perception de la lumière qu’acquiert toute créature douce de l’organe visuel, dépend (toutes choses pareilles d’ailleurs) de la grandeur de l’ouverture circulaire ou foramen qu'on voit au-devant de l’œil, et qui se nomme la pupille; extérieurement, cette ouverture a l’aspect d'un point noir, mais en réalité c'est un trou circulaire que traverse la lumière pour se rendre à l’intérieur, dans la chambre de la vision, et vagir sur l'enveloppe membraneuse, laquelle transmet cette action au cerveau et détermine la sensation.

Cet exposé sera mieux compris, si l'on fait attention aux ligures 3 et \ . La première de ces figures représente la forme extérieure et l’aspect de l’œil ; la seconde représente une section du globe de l’œil, pratiquée dans un plan horizontal suivant la ligne ponctuée A/. — La ligne P, ligure 3, indique la pupille, I l’iris; un rayon coloré entoure la pupille; enfui B indique le blanc de l'œil — Dans la figure 4 , P indique la pupille, I l'iris, N et O une

Fie. 2.

Fie. 4.

enveloppe membraneuse, parsemée de nerfs et de vaisseaux sanguins, qui garnit l’intérieur du globe de l’œil. — La lumière, pénétrant de MC dans

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la pupille et passant à travers les liquides intérieure de l’oeil , — liquides complètement diaphanes , — frappe l’enveloppe membraneuse et agit sur elle de manière à produire une perception. L’éclat apparent de la lumière dépendra, évidemment, de la quantité qui en pénétrera dans l’oeil à travers la pupille, comme aussi de la sensibilité de l’enveloppe membraneuse sur laquelle agit cette lumière.

Si donc les pupilles des veux dans Mercure et Vénus avaient une petitesse, et dans Mars une grandeur , proportionnelles à E et VM , et à EM’ (lig. 2), l'enveloppe membraneuse gardant d’ailleurs dans ces planètes la même sensibilité, il arriverait que l’éclat de la lumière solaire serait identique partout et pour toutes ces pupilles. Ou bien, en supposant que les pupilles eussent la même grandeur, on arriverait au même résultat, si l’on octroyait aux enveloppes membraneuses des yeux différents degrés de sensibilité, par exemple dans Vénus et Mercure un degré moindre, et dans Mars un degré plus grand que sur la Terre.

En considérant les facultés de se mouvoir et d’agir que possèdent les animaux terrestres, on trouve que ces facultés ont certaines limites. L’exereice de ces facultés peut avoir lieu pendant certaines périodes va- Hant, à la vérité, suivant les individus, mais ne variant toutefois que dans des lmmes restreintes. Après un certain laps de temps, le repos du corps est indispensable. Mais en outre des facultés de se mouvoir et d’agir, en outre de ce besoin de repos qui succède à la locomotion et à l’activité, les animaux ont, en général, d’autres besoins et des désire périodiques. Ainsi, ils sout susceptibles de veille pendant certaines périodes, après quoi le besoin physique de dormir se fait sentir elle* eux. Maintenant, si l’on embrasse du regard l'ensemble des êtres, on voit que la période moyenne qui doit régler les intervalles de travail et de repos , de veille et de sommeil , correspond le plus souvent à celle qui règle les alternatives de jour et de nuit.

Dans le règne végétal, on trouve aussi des fonctions périodiques, moins apparentes , il est vrai , mais non moins dignes d’intérêt et se rattachant étroitement h la période qui règle les alternatives de jour et de nuit. Les plantes subissent, en présence de la lumière solaire, certains changements, certains effets, différents ( et à quelques égards contraires ) de ceux qu'elles subissent en son absence. Ces changements sont nécessaires à la santé des plantes ; sans eux, elles disparaîtraient du globe.

. La durée de ces phénomènes , de leur action , n’est pas moins essentielle que leur succession. Il faut que la lumière soit présente pendant un certain temps, et ni en deçà ni au delà de ce temps ; son absence est pareillement limitée , autrement la créature végétale périrait. Il y a donc, évidemment , une liaison intime entre les fonctions et les qualités du règne végétal, entre la feeulté d’agir, la susceptibilité' de jouissance, les besoins physiques des animaux, et les périodes qui séparent la lumière de l'obscurité, le jour de la nuit. Mais ces périodes, quelles sont-elles? Quel est le procédé mécanique auquel, pour accomplir ses impénétrables desseins, eut recours Celui qui sépara la lumière des ténèbres et « vit que cela était bon? » Rien (1e plus simple, rien de plus beau, rien de plus admirablement parfait. Tandis que le globe terrestre accomplit son trajet annuel autour du soleil, il exécute en même temps un mouvement de rotation sur un certain diamètre, tel qu’un essieu ou axe; en vertu de ce mouvement, il expose successivement toutes les parties de sa surface à la lumière et à la chaleur du Soleil. Chaque rotation complète se fait dans l’intervalle désigné sous le nom de vingt-quatre heures. Tous les points de la Terre sont alternativement exposés à la lumière solaire, puis soustraits à cette lumière. — La

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Fig. 5.

ligure 5 représente la Terre dans son mouvement annuel autour du Soleil. I In voit qu'un hémisphère est éclairé par le Soleil, pendant que l'autre est plongé dans les ténèbres. Mais comme le globe accomplit sur son axe un tour complet par 24 heures, chaque côté se trouve tour à tour exposé à la lumière et à la chaleur du Soleil pendant des intervalles moyens de 1 2 heures.

la; procédé culinaire au moyen duquel on fait tourner la viande au bout d’une ficelle ou sur une broche, devant le feu, afin de soumettre succes-

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si veinent à son action chacun des côtés de la viande, offre l'image exacte de la rotation de la Terre.

Maintenant , quand on réfléchit au rapport qui se manifeste entre ces' intervalles et les besoins des créatures organisées, peut-on douter un instant que la Terre ait été astreinte à tourner sur son axe dans tel temps (24 heures) plutôt que dans tel autre, parce que cet état de choses était le plus avantageux au bien-être des myriades innombrables d’espèces animales et végétales , œuvre de Dieu, pour la jouissance desquelles la Terre fut créée? Si la durée de la rotation eut été matériellement moindre qu’elle n’est , nos périodes d’activité et de travail seraient trop courtes pour nous préparer au retour des ténèbres ; si celte durée eût été plus longue, nous aurions besoin de repos avant le retour du temps qui lui est naturellement destiné. Ainsi donc, les alternatives naturelles de jour et de nuit sont strictement adaptées à nos besoins; et quoique notre organisation ne se rattache physiquement à la rotation de la Terre par aucune relation de cause et d’effet, supposer une telle adaptation fortuite serait un outrage il tous les principes de probabilité. Cette mutuelle convenance est donc une nouvelle preuve, entre beaucoup d'autres se présentant d'elles-mêmes, qui montre que la Terre, comme demeure, et l'homme, comme habitant, ont été formellement destinés l’un [>our l’autre.

On pourrait indiquer beaucoup d'exemples de cette corrélation entre la durée de rotation du globe sur son axe et les fonctions périodiques du inonde organisé. De ce nombre est Yhorloge de Flore , de Linné. Ce sont des plantes qui ouvrent et ferment leurs fleurs à certaines heures du jour. Ainsi, la belle-de-jour s'ouvre h 5 heures du matin, le pissenlit commun à 6, l’épervière à 7, le chrysanthème à 9, et ainsi de suite ; elles se ferment l’après-midi à des heures correspondantes. Et qu'on ne croie pas que c’est là un effet particulier de la lumière sur les plantes ; car si l'on introduit les tleurs dans une chambre obscure, on les trouve ouvertes ou fermées à leurs heures ordinaires.

La nécessité de maintenir une correspondance entre les intervalles de repos et d’activité, les heures des repas, etc., fut constatée [tendant les voyages au pôle Nord, où des navigateurs atteignirent ces latitudes qui ne voient pas le Soleil durant plusieurs semaines. On jugea nécessaire de faire prendre aux hommes du bord l’habitude de se mettre au lit à neuf heures et de se lever à six heures moins un quart. Grâce à ce régime, la santé des équipages se maintint parfaite, malgré la ligueur accablante du climat auquel ils étaient exposés.

La rotation de la Terre en 24 heures est un exemple de la bicnfaisanre du Créateur. Cette duree n’est pas, comme le temps de la révolution terrestre autour du Soleil, une conséquence nréessaire d'une loi physique établie. Aucune loi régissant la matière n'eût empêché la Terre de recevoir quelque autre degré de rotation plus ou moins rapide : ainsi, la Terre eût pu ne faire qu’une seule rotation par mois, et alors les moyennes alternatives de jour et de nuit eussent été de quinze jours ; ou bien elle eût pu accomplir une rotation par heure, et alors les alternatives eussent été do trente minutes. Un tel état de choses, quoique physiquement admissible, serait évidemment incompatible avec le maintien du monde organisé. On est donc conduit à envisager la période de rotation diurne de la Terre et sa merveilleuse adaptation aux l>esoins et au bien-être des créatures, non comme le résultat d'une loi physique, mais comme un don émanant directement de la bienfaisance divine, comme un exemple de l’habileté intime de la Main qui, au moment de sa création, lança le globe terrestre dans l’espace.

Voyant donc que le procédé, que le moyen employé pour faire tourner le globe terrestre sur son axe en 24 heures, est une conséquence de litxiralités sans nombre, qu'il est en corrélation tellement intime avec les espèces organisées du glotte que, si le globe tournait sur lui-même en un temps plus long ou en un temps plus court, il s’ensuivrait dans l’économie animale ou végétale un désordre complet, — ne devient-il pas intéressant de savoir si un procédé analogue a été appliqué aux autres planètes, et, en cas d’affirmative, si l’application de ce procédé a pour ces planètes des résultats identiques à ceux que présente la Terre? Toutes les plunètes sans exception ont un mouvement de rotation sur certains diamètres ou essieux (axes) , pendant qu’elles accomplissent leurs révolutions périodiques autour du Soleil. Le diamètre sur lequel elles tournent est tel que chacune d’elles a des alternatives régulières de lumière et d’obscurité dans chaque partie de sa surface; en un mot, les planètes ont, comme la terre, des jours et des nuits. Mais ces jours et ces nuits sont-ils réglés par les mêmes intervalles que les nôtres? C’est là, sans contredit une importante question; car ces intervalles, on l’a vu, sont, en quelque sorte, la clef qui permet de pénétrer dans le secret des organisations et des fonctions des êtres vivant dans chacune des planètes.

lorsqu’on dirige sur la planète Mars un télescope d’un pouvoir suffisant, on observe que la surface de son disque est parsemée de points lumineux et obscure comme celle de la Lune. Quelques-uns de ces points sont chan-

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géants et variables, mais la plupart demeurent IL\es, sans altération.

Ou doit à MM. Beer et Madler, les célèbres astronomes prussiens, une riche collection de dessins représentant les diil'érents hémisphères de Mais.

Trente-cinq ont été faits en 1 830, au montent ou Mars était en opposition, trente en 1 837, et quarante en 1841. Dans la figure ci-contre, on dotme six de ces vues. Elles ont été prises à des heures différentes et à différentes dates.

SONT-F.LLES HABITÉES» 15

En comparant entre elles toutes ces vues de la planète, M. Beer et Madler ont fait les deux projections de ses hémisphères nord et sud, dont les figures seront données plus loin.

Si l'on observe pendant quelques heures les points lumineux et obscurs de la planète, on remarque que ces points se transportent lentement d’un côté du disque it l’autre. Chacun d’eux disparaîtra tour à tour par un côté,, et d’autres se présenteront par l’autre côté; après un laps d’envion 12 heures, les points qui avaient disparu par un côté reparaîtront de l’autre, et toujours de môme.

Est-il besoin de dire que ces phénomènes sont le résultat de la rotation de Mars sur son axe, et que, puisque les points disparus reparaissent toujours dans leur position primitive après un laps de 24 heures 37 minutes 22 secondes, la planète, par suite, tourne sur son axe dans ce laps de temps?

C’est par des observations analogues qu’on est parvenu à conclure que le globe de Vénus tourne sur son axe en 23 heures 21 minutes 21 secondes, et celui de Mercure en 24 heures 5 minutes.

Ainsi , de ce qui précède il suit , non-seulement que Mars, Vénus et Mercure possèdent des jours et des nuits , mais que ces jours et ces nuits sont, en réalité et par les mêmes raisons pratiques, similaires à ceux de la Terre. Ils sont réglés par la môme durée moyenne , se succèdent de la môme façon , et Celui qui leur imposa cette loi vit sans doute qu’il était bon « de séparer la lumière des ténèbres » dans ces planètes comme sur la Terre.

Si donc la durée de nos jouis et de nos nuits est évidemment réglée en vue de la convenance et du bien-être des créatures auxquelles la Terre a été appropriée, on est en droit, par analogie, de conclure que l'application des mêmes procédés aux planètes Mercure , Vénus et Mars , a été faite dans un dessein identique, et que les habitants de ces planètes ont, comme ceux de la Terre , une organisation qui réclame les mêmes intervalles de travail et de repos, d’activité et d’inertie, de veille et de sommeil.

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