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Le mécanisme que l’auteur de l’œil a inventé pour faire face à ces éventualités, se distingue par la tuéme perfection qui régne dans toutes ses œuvres. L’ouverture qui sc voit au-devant de l’œil, qu'on nomme la pupille, et que traverse la lumière pour produire la vision, est entourée d’un anneau élastique nommé 17m, lequel a la faculté de se contracter ou de se dilater par l'action de certains muscles auxquels il se relie. C’est la grandeur de cette ouverture qui détermine la quantité de lumière transmise à lu rétine. Si donc nous sommes dans un appartement éclairé par une lampe éclatante, les muscles qui gouvernent l’ouverture de la pupille resserrent ses dimensions jusqu'à ce qu elle ne laisse pénétrer que la quantité de lumière conqiatilde avec le maintien de l’état sanitaire de l’œil. Si l'on éteint brusquement la lampe, et que la chambre ne reçoive plus que celle des fenêtres, il nous semblera d’abord que nous nous trouvons dans une obscurité profonde; mais immédiatement la pupille commencera à sc dilater et s’agrandira bientôt, de manière que l’œil recevra assez, de lumière pour que les objets environnants deviennent un peu visibles.
Si, dans cette position de l'organe, on rapporte soudainement la lampe dans la chambre, l'œil se trouvera péniblement allée té, et la paupière aussitôt s’abaissera pour lui procurer du soulagement ; car la pupille, qui s’est dilatée pour accommoder l’œil à la légère lumière à laquelle il était exposé auparavant, recevra de la lampe une telle quantité de lumière que la rétine sera blessée ; la contraction de la pupille ne peut se faire assez rapidement pour garantir l’organe de cette offense. Mais le bienfaisant auteur de l’œil u créé, dans ce but, la paupière, qui peut s'abaisser instantanément, et procurer h la pupille le temps de se contracter et de s'accommoder à la condition nouvelle où elle se trouve.
La perception qu'on reçoit de la couleur d'un objet dépend souvent autant de la condition de l’œil au moment où il voit l’objet, que de l’objet lui-même, bous l’action de lumières de couleurs différentes, la sensibilité de la rétine peut être modiliée au point que le même objet semblera, en des temps différents, posséder des couleurs différentes ; souvent on percevra des objets chimériques, des spectres, des fantômes. Si l’on met sur
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line feuille de papier blanc un pain à cacheter rouge-, si, après l'avoir éclairé fortement, on tient les yeux fixés dessus un instant, et qu’alors on regarde le papier tout auprès, on verra un pain à cacheter bleu de même volume. Cet objet est un spectre optique. Sa cause, on l’explique facilement. Par l’action de la lumière fortement rouge qui émane du pain à cacheter, la rétine est rendue pour le moment insensible à l'action d une lumière plus faiblement rouge sur elle; c'est ainsi que l'oreille devient insensible au ticking ou tic-tac d'une pendule immédiatement après avoir été affectée par une décharge d’artillerie. En conséquence, lorsque l'aol, après avoir considéré le pain à cacheter rouge, se poile sur le papier blanc d’à côté, l’action de la partie rouge de la lumière blanche composée que léfléchit le papier ne produit aucune perception, cl les autres constituants, qui présentent par suite une teinte bleuâtre, sont seuls perçus. Pour comprendre ceci, et d’autres illusions semblables, il faut absolument se rappeler que la lumière blanche est un composé d’éléments jaunes, rouges et bleus, et que si on la prive de l’un de ces éléments, elle prendra la teinte produite par les autres. Ainsi, si l’ail est iiiscnfhle à la lumière rouge, tous les objets blancs lui paraîtront couverts d'ui e teinte composée •le jaune et de bleu. S’il est insensible à la lumière bleue, alors les objets lui paraîtront couleur orange.
!1 s’est plus d’une fois présenté des exemples (ils sont consignés dans les ouvrages sur l’optique} de personnes incapables, par un vire originel «le vision, de percevoir des couleurs particulières. Feu le docteur Iialton, de Manchester, en était un spécimen remarquable.
Mais, comme on l’a établi précédemment, on peut rendre l’ail le mieux portant, le plus parfait, temporairement insensible à l’impression de certaines couleurs, en le soumettant quelques instants à l’action énergique de lumières colorées. Les feux d'artitice produisent de cette façon des illusions optiques. Quand on projette dans l’air des boules lumineuses, dont les unes sont blanches et les autres rouges, les blanches semblent bleues à c«Mé des rouges, et, en général, on croit qu'elles sont véritablement bleues. C'est là, cependant, une illusion optique, dont la cause est la même que celle des précédentes.
Au coucher du soleil, lorsqu’il y a des ouvertures aux nuages rougeâtres qui s’étendent dans l’atmosphère, le ciel, vu par ces ouvertures, semble vert, «(uoiqu’i! soit réellement bleu.
Les étoiles otfient un phénomène curieux; on n’a jamais dit s’il était réel ou illusoire. Beaucoup d’étoiles qui à l'uni paraissent des astres individuels, uns, sc montrent doubles quand on les examine avec un télescope puissant. Les deux étoiles, qui forment ainsi une étoile double, sont souvent de couleurs différentes , et l’on trouve que , quand- l’une est rouge, l'autre a une teinte bleuâtre. Nous savons maintenant qu elle poui'-
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ERREURS DES SENS> rait prendre cette teinte, quoiqu'elle fut blanche, à raison de la présence de l’étoile rouge. On n'a point encore décidé, dans l’espèce des étoiles doubles, si l'étoile bleue est réellement bleue, ou si elle doit cette apparence à l'effet optique déjàsignalé ; pour s'en assurer, il faudrait qu’on put les juxtaposer.
En portant les yeux vers le soleil pendant quelques secondes, et en fermant ensuite les paupières, on verra un spectre bleu du soleil, lequel spectre ne cessera d’être bleu que quand la rétine aura recouvré son état de repos.
Ecrivons une page ou deux avec de l’encre rouge, puis mettons-nous à écrire avec de l’encre noire, l'écriture nous paraîtra bleue d'abord, et le paraîtra toujours tant que la rétine n’aura pas perdu l’impression produite sur elle par l’encre rouge. Cependant, quand on (Misse du noir au rouge, il n’y a pas d’illusion produite; le noir n'agit pas sur la rétine de manière à l’exciter.
Si l'on fait de petits trous dans un rideau rouge, de façon que les rayons du soleil puissent passer au travers, la lumière qui s’étendra sur une feuille de papier blanc aura la teinte rouge générale produite par la demi-transparence du rideau, avec les taches blanches produites par les rayons lumineux qui traversent les trous; mais, à l’œil, ces taches blanches paraîtront bleues.
Des observations ci-dessus, il résulte que la juxtaposition des couleura dans les objets d’art produit des effets indépendants des propriétés particulières des couleurs elles-mêmes. Deux couleurs, vues juxtaposées, paraissent l’une et l’autre, à l’œil , différentes de ce <ju 'clics paraîtraient, si on les voyait séparément.
l.es sorts de l’odorat, du goût, et même du toucher, sont sujets à d'innombrables causes d'erreur. Si, dans le temps où il reçoit une impression, l'organe se trouve dans quelque condition inaccoutumée, ou même hors de son état ordinaire, l’indication de l'impression sera fallacieuse.
Que l’on croise deux doigts de la même main, qu'on les pose sur une table et qu’on roule entre une bille ou un pois; si l'on a fermé les yeux, on aura la sensation de deux billes ou de deux pois.
Si l’on se pince le nez et qu’on goûte à de la cannelle, le goût perçu sera celui du sapin. Cette bizarrerie n’est pas unique. Beaucoup de substances perdent leur saveur quand les narines sont bouchées. Aussi voiton des nourrices presser le nez des enfants quand elles leur donnent quelque médecine désagréable. Elles font de la science, et de la vraie, sans le savoir.
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Si l'on goùle alternativement à des substances de saveurs différentes ou opposées, sans donner aux nerfs du goût le temps de se reposer, on perdra un moment la faeidté de distinguer les saveurs, et les substances, quelque différentes qu'elles soient, ne seront pas distinguées l une de l'autre. Ainsi, qu’on bande les yeux à une personne, qu’on lui donne ensuite à goûter successivement du lait de beurre et du vin de bordeaux, après plusieurs répétitions du procédé , cette personne sera incapable de trouver une différence entre les deux liquides.
les goûts, comme les couleurs, doivent, afin de produire des effets agréables , se succéder l’un à l’autre dans un certain ordre. Le manger, considéré comme l’un des beaux arts à telle période de la civilisation, a des principes; et rien ne choque plus les us et coutumes de l'épicurisme que In violation de certaines règles touchant la succession et lu combinaison des mets. La perfection de l’art culinaire et l'observance des préceptes sont le plus sûr indice, assurc-t-on, du haut degré de civilisation d’une nation.
De tous les organes des sens, celui dont le mécanisme nerveux semble s'émousser le plus facilement est l’organe de l'odorat. Les plus suaves odeurs, on n’en peut jouir qu’il l'occasion, et pendant de courts intervalles. Le parfum de la rose, ou l'odeur plus délicate encore du magnolier, ne se perçoivent, en quelque sorte, qu’un instant. Quiconque reste longtemps dans un jardin ne sent plus la rose, et le bûcheron des forêts méridionales de l’Amérique ne s’aperçoit plus de l’odeur du magnolier.
Les personnes qui se livrent à l’usage des odeurs artificielles cessent bientôt d’avoir conscience de leur présence; elles ne peuvent plus stimuler leurs organes blasés qu'en changeant incessamment d’odeurs.
Une des plus curieuses et des plus incompréhensibles illusions des sens e>t celle qui regarde l'estimation qu'on fait du nombre des objets quelconques qui s'offrent à nous. L’impression, que produit sur l'ieil la vue du firmament, pendant une nuit brillante d’étoiles, présente un exemple frappant île ce genre d’illusion, le chiffre des étoiles visibles est toujours immensément exagéré. Quoiqu’il soit bien vrai que les étoiles sont, strictement parlant, innombrables, cependant le nombre que l'œil nu, sans l'assistance du télescope, en voit distinctement à la fois, n'est pas grand. Chacun peut s’édifier il ce sujet en examinant une lionne carte stellaire. Toutefois, quand nous portons les regards vers le firmament |>endant une nuit brillante, ces astres nous paraissent infiniment nombreux. C’est là une illusion. Pour la dissiper, il suflit d’examiner les eieux avec le télescope le plus vulgaire, ou même avec l’aide d’un long tube, qui réduira la perspective à une petite partie du firmament. Sur la totalité de la sphère