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OUVRAGES A CONSULTER DANS L'ETUDE DE LA COMPOSITION

L'artiste qui veut acquérir des connaissances profondes , ne doit pas se borner à l'étude d'un traité élémentaire ; il doit étudier avec soin les auteurs, tant ceux qui peuvent l'éclairer de leurs préceptes, que ceux qui doivent lui servir de modèles.

Les premiers sont les écrivains didactiques, ceux qui ont écrit sur les principes de l'art. Malheureusement notre langue possède peu d'ouvrages en ce genre, et pour y acquérir de l'instruction , on est obligé de recourir aux langues étrangères. Les principales sont le latin , l'italien et l'allemand , dont l'étude est indispensable à celui qui aspire en musique au titre de savant et de théoricien. Je suppose donc le lecteur muni delà connaissance de ces langues, et dans cette supposition , je vais lui indiquer les principaux ouvrages qu'elles possèdent sur les diverses branches de l'art.

La langue italienne est fort riche en écrits sur la facture antique ou sévère : les principaux sont, en suivant l'ordre de publication :

i°. Les Institutions harmoniques de Zarlin, maître de chapelle delà seigneurie de Venise. La troisième partie de cet ouvrage renferme ce que l'on avait enseigné demieux jusqu'à lui sur les principes du contrepoint sévère : jecrois pouvoir assurer que l'on n'a rien fait de mieux depuis ce temps ; c'est un fragment précieux qui contient toutes les traditions de l'école , et que tout professeur devrait savoir par cœur, comme étant la base de toute doctrine musicale.

Zarlin a eu plusieurs abbréviateurs ou commentateurs , dont il sera utile de consulter les écrits ; les principaux sont: Artusi, Tigrini , P. Pontio , Ceretto , Zacconi et Cerone : ces deux derniers sont très-remarquables ; la Pratica di Musica du premier, et sur-tout El Melopeo du second, sont des ouvrages précieux, dont l'étude sera de la plus grande utilité.

Parmi les auteurs plus modernes, je recommande Berardi , Bonononcini et Z. Tevo. Les Documenti armonici du premier renferment d'excellens modèles : on voit de bons préceptes dans le Musico pratico du second , et le Musico testore du dernier.

Enfin parmi les auteurs de nos jours, j'indique le P. Martini, dont le Saggio di Contrapunto est entre les mains de tout compositeur; l'ouvrage publié sous le même titre par le P. Paolucci, en est une bonne imitation. On peut lire aussi avec fruit le traité Délia ver a idea délie musicali numeriche segnature , et celui de la Fugue, du P. Sabbatini, de Padouc,

La langue allemande possède une foule innombrable d'ouvrages sur les principes de l'harmonie et de la facture moderne.

Je mets au premier rang ceux de Marpurg : son Manuel d'harmonie et de composition, et son Traité de la Fugue, sont de la plus grande importance; le dernier, qui a été publié en français, manque un peu de clarté : l'étude en est on ne peut plus utile quand on est déjà avancé : le premier, qui est écrit en allemand , contient, à mon avis, l'exposition la plus satisfaisante que l'on ait jamais publiée des règles fondamentales de la facture musicale ; une traduction bien faite de cet ouvrage serait de la plus grande utilité,

Lesouvrages de Kirnberger, de Tùrk, de l'abbé Vogler, de Rnecht, de Koch, de G. Weber, de Riepel , deSpiess, deStolzel, sont dignes de la plus grande attention : je ne puis en parler en détail , vu que cela m'entraînerait trop loin ; je me contente de nommer ici les auteurs.

Le petit traité élémentaire d'Albrechtsberger peut être fort utile aux commencans : il est suffisamment développé. J'en ai publié une traduction , que l'on fera bien de consulter. C'est le premier ouvrage dont l'étude doit succéder à celle d'Azopardi : on y verra les mêmes objets sous un point de vue différent, et il disposera à des études plus approfondies.

Quoique notre littérature musicale soit, comme je l'ai dit , peu riche et peu variée, elle offre néanmoins quelques traités intéressans : l'Harmonie universelle du P. Mervenne est un recueil de détails curieux ; les écrits théoriques de l'Ecole de Rameau contiennent les premiers traits de la classification des accords universellement adoptée aujourd'hui. Le traité d'harmonie de M. Catel donnera une idée approchante de la théorie de MM. Kirnberger et Tùrk, dont il semble n'être, à peu de chose près, qu'un sommaire. On trouvera dans celui de M. Reicha d'excellens détails de pratique ; lorsque cet habile professeur et M. Fétis , son collègue à l'Ecole royale de Musique, auront publié leurs traités de contrepoint et de composition , les élèves y trouveront d'excellens guides dans leurs études; enfin la collection des partimenti de Fenaroli , avec le commentaire de M. Perne , celle des fugues de Sala , que l'on a naturalisées en les publiant , il y a quelques années, offrent les exercices et les modèles les plus parfaits en ce genre.

On n'acquerrait qu'une connaissance imparfaite des principes de l'art, par la seule étude des traités. On se rendrait , il est vrai , fort habile à en raisonner , mais on serait incapable d'exécuter aucune opération. Pour acquérir quelque habileté en ce genre, et devenir ce que l'on nomme artiste , il faut à l'étude des préceptes joindre encore celle des modèles.

Ceux-ci se divisent en deux genres , ainsi que les traités : le genre antique ou sévère , et le genre idéal ou moderne.

Dans le genre sévère, aucun auteur n'a surpassé ni peut-être égalé Palestrina. Ses ouvrages devraient être entre les mains de tout compositeur : ils sont trèsrares en Fnnce; on peut se les procurer en Italie , où l'on en a formé des collections.

Les i*utres maîtres de l'ancienne école romaine sont également excellens à consulter; les principaux sont : Benevoli , Nanini, Foggia, Luca Marenzio. On fera bien aussi d'examiner les auteurs italiens qui ont succédé à l'Ecole romaine et qui ont fleuri pendant le commencement du 17e. siècle , parmi lesquels on distingue Monteverde, Cifra , Paolo Cima , Carissimi, D. Gesualdo , etc. : ils font la transition du style sévère au style moderne. Ce dernier style est né vers la fin de ce même siècle. Les premiers auteurs qui s'y sont distingués , sont Colonna , Perti , puis Alexandre Scarlatti , le père de l'Ecole moderne ; ses Cantates renferment des choses admirables. Il a été suivi d'une foule étonnante de grands compositeurs , dont je me borne à en citer quelques-uns et leurs principaux ouvrages.

Durante (Fr. ) Partimenti, Duetti, Missa à 8, pro defunctis, etc.

Pergolèse ( J. B. ) Stabat mater, et divers Psaumes et Motets.

Clari. (J. B. ) Duetti et Terzetli. ( Ouvrages indispensables ).

Benedetto Marcello. (Patrice vénitien. )Qui neconnaîtses admirablespsaumes!

Steffani. (l'Abbate. ) Duetti.

Porpora. (Nie.) Cantates, admirables pour la grâce et la conduite. Astorga. Très-belles Cantates.

Jomelli. Salmo Miserere, Missa pro defunctis, plusieurs Psaumes et Motets. Léo. ( L. ) Miserere à otto voci , etc.

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Les auteurs et les ouvrages que nous venons de citer, sont principalement dans le genre de l'église ou de la chambre , genre qui n'est point sujet aux révolutions de la mode , et où les chefs-d'œuvres conservent à perpétuité le rang qui leur a été une fois assigné. 11 n'en est pas de même du théâtre : le nombre et la variété des combinaisons que comporte ce genre , le besoin de la nouveauté qu'excite l'usage journalier de ses productions, y occasionne de fréquentes révolutions. On peut donc croire, ou du moins regarder comme croyable , qu'en ce genre, le plus nouveau est, comme on dit, le plus beau, et celui que l'on doit prendre pour modèle. Néanmoins, tout en y suivant le goût du jour, il ne faut pas mépriser ce qui est plus ancien , et le compositeur dramatique qui voudra avoir quelque instruction dans sa partie, examinera avec curiosité les premiers essais de Péri, l'Orfeo et l'Aiianna de Monteverde , l'Orontea de Cesti, les principaux ouvrages de Vinci, de Logroscino , de Pergolese , de Léo, de Jomelli, de Traetta , qui ont précédé Gluck, Piccinni, Sacchini , Cimarosa , Paisiello , Guglielmi, et autres dont les compositions nous charmaient il y a peu de temps , que l'on consent encore à entendre , mais qui, comme leurs prédécesseurs , vont probablement faire place à des compositeurs d'un genre nouveau , jusqu'à ce que ceux-ci soient à leur tour effacés par de plus nouveaux encore.

L'Ecole italienne m'a fourni les noms de la plupart des auteurs que j'ai cités précédemment : il est juste de déclarer que l'Ecole allemande offre aussi de trèsbeaux modèles.

J. S. Bach a laissé des ouvrages prodigieux dans le genre de l'église : son fils Emm. Bach ne mérite pas moins de considération. Graun (Ch. H.) s'est immortalisé par sa mort de Jésus. Les Oratorios d'Handel sont des compositions du premier ordre : il faut en dire autant des opéras de Mozart et des belles symphonies d'Haydn. Cette même école se glorifie d'avoir produit les principales compositions instrumentales, sans cependant prétendre à faire oublier les Italiens, qui ont encore en ce genre une primauté que leur assurent les chefs-d'œuvres de Corelli , de Tartini , de Pugnani , de Frescobaldi , Clementi , Boccherini , Viotti , etc. , etc.

L'Ecole française mérite aussi de l'attention : Lully offre des scènes encore pleines de charme; la musique d'église de Campra et celle de Lalande renferment des parties très-estimables ; Bameau a mérité sa haute réputation par son génie , sa verve et sa fécondité, quoique son style fût vicieux et sa facture incorrecte, Philidor, Monsigny , Grétry et Dalayrac sont estimables sous le rapport de la mélodie et de la connaissance de la scène. La génération qui s'achève a offert plusieurs compositeurs très-distingués , tels que Méhul et plusieurs autres qui sont encore vivans , et que par cette raison je m'abstiens de nommer.

Enfin , il sera curieux de connaître ce qui reste des travaux de l'ancienne école française et de l'école gallo-belge du i5e. et du 16e. siècles, qui paraît avoir précédé et engendré l'école italienne et toutes les écoles de l'Europe. On admirera , quoique dépourvue d'agrément, et malgré la faiblesse des idées, la science et la subtilité de Josquin de Prez, de Brunei, de Mouton , deLarue, de Gombert, d'Orlande de Lassus. Le recueil de Glarean ( Dodecachordon ) , que l'on peut se procurer encore aujourd'hui, quoique difficilement, offre des compositions de ces maîtres , un choix très-bien fait , et qui les fera suffisamment connaître.

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