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LA VIE ET L'ŒUVRE

Claude-Achille Debussy, « musicien français », naquit dans l'Ile-de-France, à Saint-Germain-en-Laye, le

22 août 1862. IL était le quatrième d’une famille de cinq enfants, de condition modeste. On assure que rien dans son atavisme ne le destinait à devenir un compositeur. Mais ces questions d’hérédité sont obscures : il se peut qu’on ignore ou qu'on oublie des ascendants.

En 1871, à Cannes, un vieil Italien nommé Cerutti lui donna quelques leçons de musique. Sans doute furent-elles profitables; peut-être aussi, et surtout, le soleil radieux sur la mer païenne : les souvenirs d’enfance nous accompagnent et nous réconfortent durant toute la vie.

M"° Mantet de Fleurville, élève de Chopin et mère de Charles de Sivry, devina la première cette nature et ces dons singuliers. Puis, en 1873, il entra au Conservatoire de Paris, à la classe de Lavignac. Des médailles de solfège lui furent décernées (1874, 1875, 1876), Mais aux concours d'harmonie (classe E. Durand), il échoua trois années de suite. Paradoxale, la chose ne doit pas sur-

prendre ; il en fut ainsi pour M. Paul Dukas et M. Ravel, que déconcerla, je pense, la platitude de certains «chants donnés ». Élève de Marmontel, le jeune Claude-Achille (il avait pour camarades MM. C. Bellaigue, Paul Braud, Gabriel Pierné) remporta en 1875 un premier accessit de piano, et le second prix en 1877 (avec la Sonate en sol mineur, de Schumann). On a pu s’en convaincre aux rares concerts où il voulait bien se faire entendre : Debussy jouait admirablement, et tous les professionnels, même les plus illustres, pouvaient y prendre des lecons.

En 1879, voyage en Russie. Pendant une année il s’acquitta du rôle de « pianiste familier » chez M"° Meïtch, femme d’un riche industriel. Ce contact avec le pays des Cing* ne lui révéla guère Rimsky, ni Balakirew ou Borodine, encore moins Moussorgsky; mais il fréquenta des tziganes dans les cabarets de Moscou et des environs : ce qui sans doute accrut son goût inné pour une musique libre, point esclave de la scolastique.

De retour à Paris, rentré au Conservatoire, il obtint en 1880 un premier prix d'accompagnement (classe Bazile). Il ne travailla la technique de l’orgue que par intervalle et ne peut être mis au nombre des élèves réguliers de César Franck. Mais chez Guiraud, étudiant la fugue et l’orchestration, 1l fut récompensé par un second accessit de fugue (1882), le premier second grandprix de Rome (1883), et le premier grand-prix en 1884

4. Le groupe célèbre des cing Russes que (malgré des talents inégaux) réunissaient une esthétique et des buts analogues, se composait de Balakirew, Borodine, César Cui, Rimsky-Korsakoff et Moussorgsky.

avec la cantate bien connue aujourd'hui, l'Enfant prodique. Malgré d'excellents interprètes (M”° Rose Caron, Van Dyck et Taskin), cette œuvre charmante risquait — en raison de sa personnalité, et de mainte trouvaille harmonique — de n'être point comprise de l'Institut. Cela s’est vu parfois depuis Berlioz : et naguère, aux débuts de M. Florent Schmitt, Mélusine, d’une belle musicalité, fit scandale. Mais Debussy eut l’heureuse fortune d’être apprécié de Gounod. Que Gounod n’ait pas aimé la Symphonie de Franck, il se peut, et c’est regrettable ; mais l’auteur de Faust n’en était pas moins un artiste d'un goût large et très libre. Avoir discerné, dès ses débuts, les mérites de M. Charpentier; s’être ému, surtout, à la beauté nouvelle de Gabriel Fauré, — enfin, avoir pressenti le génie‘ de Claude Debussy, ce n'est point le fait d’un réactionnaire.

Jusque-là, rien de très particulier; les premières mélodies” : Nuit d'étoiles (1877), Beau soir, Fleur des blés (1878) ne sont que jolies. L'influence de Massenet s’y révèle, d’ailleurs point désagréable, ni mièvre. De même pour l'Enfant Prodique (cf. Air de Lia); mais ici, par instants, des signes certains d'une nature charmante

1. Gounod avait soutenu vivement la cantate de Claude-Achille, Selon toute apparence, c'est bien grâce à lui que le prix fut décerné au futur auteur de la Damoiselle élue. Après le jugement, dans la cour de l'Institut, Gounod (assure-t-on) embrassa son jeune confrère en prophétisant : « Toi, mon petit, tu as du génie ! »

2. Il en écrivit d'autres, du temps qu'il étaitau Conservatoire, ainsi que des fragments de compositions plus développées, projets auxquels il ne donna point suite. Toutes ces œuvres sont restées inédites et l’on vient seulement de s’aviser de leur existence. J’en ai lu quelques-unes ; en plus d'un endroit, le véritable Debussy apparaît déjà — du moins celui des Ariettes oubliées et des Poèmes de Baudelaire,

et profonde : voyez les Danses, et surtout les accents si angoissés d’Azaël. Cette personnalité, peu à peu, prend conscience d’elle-même et s’épanouit dans le repos à la Villa Médicis, loin des soucis matériels, bien qu'il n’aimât guère cette vie en commun. Un fragment de drame lyrique (A/manzor, d’après H. Heine) constituait le premier envoi de Rome. Le second fut une suite d'orchestre, le Printemps : accueillie par l’Institut avec mainte réserve, c'était bon signe. Puis, la Damoiselle élue‘, sur le poème de G. Rossetti (traduit par M. G. Sarrazin dans son édition des Poètes modernes de l'Angleterre). Le quatrième envoi, une Fantaisie pour piano et orchestre, devait être joué le 2 avril 1890 à la Société Nationale; mais l’auteur, au dernier moment, la retira du programme. On pense qu’il n’était point content de son œuvre, ayant évolué sans doute depuis le retour à Paris. (Nul ne se montra plus exigeant sur la qualité de sa musique. Et pareil exemple nous vient aussi de Gabriel Fauré, dont une Symphonie qui ne le satisfaisait pas entièrement, ne fut jamais offerte au public.) — D'autre part, le Printemps ayant été désapprouvé par l’Institut, Debussy supprima purement et simplement l'audition de ses Envois de Rome. |

Il rentrait à Paris (vers la fin de 1887) pour y trouver les poètes et les musiciens en pleine effervescence, dans une période d’activité créatrice où lui-même devint un précieux animateur.

C'était le temps, alors, du symbole, du rêve, du mys-

1. La Damoiselle élue fut achevée à Paris ct donnée en première audition à la Société Nationale en 1893.

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Érages BEFUSEY

DS AA Photo G. Moreau.

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