Revue Blanche, 1°: juin
concerts veulent bien l’encourager. — Le besoin d’ouvrir les fenêtres sur l'avenir est trop évident, chez lui, pour qu’on ait à l’accuser d’étroitesse réactionnaire dans les lignes qui suivent; voyez-y simplement le conseil d'un artiste sensé, qui désire que nous restions dans le domaine musical :
« La musique dite futuriste prétend rassembler les bruits divers des modernes capitales dans une totale symphonie, depuis les pistons des locomotives jusqu à la clarine des raccommodeurs de porcelaine. C’est très pratique quant au recrutement de l’orchestre; seulement ça atteindra-t-1l jamais à la sonorité déjà satisfaisante d’une usine métallurgique en plein travail?... Ces réflexions manquent de gaîté et 1l est étrange que les fantaisies du progrès vous amènent à devenir conservateur. Qu'on se garde bien d’en conclure à une déchéance quelconque. Mais prenons garde à la mécanique, qui a déjà dévoré tant de belles choses ! Et si l’on veut absolument satisfaire ce monstre, abandonnons-lui le vieux répertoire”! »
Aujourd’hui, nos modernes semblent parfois conquis par cette « mécanique » dont se méfiait Debussy. Non pas tant M. Honegger, l'auteur de Pacific 231 (c’est davantage une tentative de puissant dynamisme musical, qu’un hommage à l’art anti-expressif). Mais certain snobisme veut que la beauté contemporaine, — la seule « actuelle beauté », dit-on parfois, — soit celle de l’usine et du marteau-pilon, — en même temps que
1,5. 1. M,15 mai 1913.
l’on prétendrait faire bon marché de toute musique sensible*. On voit que ce snobisme n’a jamais été, ne serait jamais devenu celui de Claude Debussy. Et pouvait-il oublier le langage divin de la nature, lui, l’auteur de Pelléas et Mélisande, qui écrivait, à la fin de l’admirable mois de novembre 1901* :
« Je m'étais attardé dans des campagnes remplies d'automne, où me retenait invinciblement la magie des vieilles forêts. De la chute des feuilles célébrant la glorieuse agonie des arbres, du grêle angelus ordonnant aux champs de s'endormir, montait une voix douce et persuasive qui conseillait le parfait oubli... » Et, quelques mois plus tôt, on lisait ces lignes dans la Revue Blanche (1° juillet 1901) : « Voir se lever le jour est plus utile que d'entendre la Symphonie pastorale. Vous piétinez parce que vous ne savez que la musique.….. » |
Evidemment, cela semble un peu radical. Mais réfléchissez : un compositeur entendra toujours assez de musique (à moins que — ce serait d'un puéril et ridicule orgueil — il prétende n’en vouloir connaître aucune, afin de conserver vierge de tout mélange impur sa chère petite personnalité). Ce ne sont pas les concerts qui manquent, mais la nature, — et de voir le ciel, et la mer, et les étoiles. Nous sommes happés par la vie des villes : et de plus en plus, à mesure que se perfectionne cette mécanique jugée dangereuse par Debussy. La
4. Les théoriciens et les littérateurs, naturellement, plus que les compositeurs eux-mêmes.