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capella, les Ballades de Villon, le Promenoir des deux amants', c’est un retour vers le Passé — celui de la Renaissance. Mais lorsque Debussy évoque le Passé, même avec les vieux #nodes”, jamais il ne se contente d’une froide archéologie ; et comme chez Gabriel Fauré, comme chez M. Ravel, la personnalité du musicien manifeste sa vie intense. Nulle parade d’érudition, bien que Debussy connût à merveille les maîtres franco-flamands. Mais une clarté lucide et charmante, celle de la Touraine, — et dans l’usage des gammes ou des harmonies d'autrefois, une totale indépendance : seul archaïsme capable de beauté. On ne saurait analyser par le détail, comme elles le mériteraient, chacune de ces pièces charmantes et profondes. Nul n’a mieux fait revivre Charles d'Orléans et François Villon. La première des Ballades dégage une émotion poignante; vraiment, n'est-ce point « le même » Villon qui chante par la voix de Claude-Achille? Plus jeune, dans certaines des Ariettes, dans l’admirable Colloque sentimental, Debussy s’était identifié à Verlaine aussi complètement que Gabriel Fauré lors du Clair de lune ou de la Bonne Chanson. Là réside le génie; on en voit davantage à de
4. En 1904 parut aussi le second recueil des Fétes galantes (les Ingénus, le Faune, Colloque sentimental) : derniere rencontre de Claude Debussy avec Paul Verlaine. On remarque dans le Faune de nouvelles audaces harmoniques — accords dont la tonalité semble fort Join de celle de la « pédale » qui forme la basse. Quant au Colloque sentimental, c'est une des plus belles inspirations du maïtre.
2. Bien entendu, ces évocations diffèrent. Ainsi, comme il convenait, la seconde des Ballades de Villon est plus médiévale que renaissante. Mais nous ne saurions analyser pourquoi : cela serait plutôt l'affaire d'un professeur de composition musicale, à sa classe. Et d’ailleurs, Debussy n'aimait guère ces sortes de dissections.
de courtes mais parfaites réussites, qu'à mainte Symphonie de musique « pure » — et ennuyeuse. L’Autrefois si nettement français de ces anciens poètes, transposé dans son art musical du xx° siècle, attachait plus encore Debussy à la chère « douce France ». Dès lors, c’est une évolution essentiellement nationaliste; ou, pour mieux dire, voici la dernière partie de cette évolution : car déjà Pelléas est bien de chez nous. Il serait puéril autant qu'injuste de prétendre qu’en raison d’influences étrangères (celle, notamment, de Moussorgsky) Claude Debussy ne fût point capable de vraie musique française ‘. [I l'était au moment des Nocturnes et des Proses lyriques ; il le demeura jusqu'à la fin. Vers 1912, non troublé, mais attiré par M. Strawinsky (voyez Khamma) il resta sans cesse, d’instinct et consciemment, de son pays.
C’est pourquoi, projetant une série de Six Sonates (dont trois seulement furent écrites), il ne craignit pas de les signer: Claude Debussy, musicien français. Son but était de condenser; de supprimer l’inutile et d'admettre, en matière d'idées musicales, autre chose que le sublime passionné « à la mode franckiste ». Que ce sublime soit atteint parfois, souvent même, chez César Franck, on ne le conteste; mais il était bon, wpso facto, de prouver légitime un art moins ambitieux que celui de certains disciples du bon « père Franck ». — D'autre part, et nous le savons bien, Debussy ne fut pas le seul de son avis. Plus d’un, parmi
1. D'ailleurs, M. Strawinsky, si nettement Russe, ne montra-t-il point naguère certain debussysme ?
les autres musiciens francais, avait réussi des œuvres mesurées, simplement charmantes, ou même familières. Mais la lutte est rude contre l’ennuyeuse emphase : elle dure encore aujourd’hui. Il était excellent que Debussy la soutint.
Ses trois sonates, on les joue de temps à autre, mais elles restent mal connues. Elles n’ont pas la consécration du Quatuor à cordes. La plus aisée à comprendre est, je crois, celle pour fl{üte, alto et harpe. Harmonies, sonorités y montrent un charme extrême... Il ne semble d’ailleurs pas qu’on en puisse égaler l’inspiration mi la force à celles du Quatuor. Dans les deux autres (pour violon, pour violoncelle), des raccourcis fantasques, des rythmes changeants, un humour incisif, — parfois aussi quelque âpreté tragique — les rendent difficiles à pénétrer en une seule audition. Mais, les relisant, on y trouve un caractère étrange, attachant, émouvant. Ces deux sonates, écrit M. Suarès*, « ne sont sans doute pas ses chefs-d’œuvre; et pourtant il y fait quelques-uns des aveux les plus secrets et les plus déchirants que Part ait jamais arrachés à un artiste ».
Car, datant de la fin de sa vie, elles furent écrites (autant qu’on peut le préciser) lorsque déjà la terrible et longue maladie qui devait l'emporter, l’éprouvait de cruelles souffrances physiques et morales. Lutte dramatique, atroce, jusqu’au moment que le mal fut plus fort et le contraignit au silence. « Il garde sa grâce dans le désespoir; il ne perd pas tout sourire dans la brume