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IV. — L'œuvre des pouvoirs publics

Si, dès les premiers jours de la guerre, une belle émulation a poussé les chambres de commerce, les syndicats, les particuliers à établir pour les invalides de la guerre, des ateliers de rééducation professionnelle, il faut reconnaître que parallèlement les pouvoirs publics ne se sont pas désintéressés de la question. NA

Dès le 6 avril 1915, le Ministre de l'Intérieur instituait une commission, sous la vice-présidence du Directeur de l’Assistance et de l’hygiène publique pour régler l’organisation des centres professionnels destinés à la rééducation des blessés de la guerre, mutilés et estropiés.

L'œuvre était difficile à mettre sur pied, par suite de la complexité des rouages de notre administration et des divers services compétents. Cependant un accord général s’établissait entre les nombreux, ministères intéressés: Travail, Intérieur, Guerre, Marine, Commerce, Agriculture, Instruction publique. ;

Des instructions étaient données aux Préfets, Conseils Généraux, Municipalités, Commissions administratives des hospices, leur recommandant la création d'urgence d'écoles de rééducation professionnelle. |

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Le 14 juin 1916, au siège de l’Union des Industries Métallurgiques et Minières, M. Métin, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, prononçait une allocution dans laquelle ilmontrait toute l'importance que le Gouvernement avait attachée aux problèmes des mutilés et principalement à leur réadaptation au travail. Le Ministre, au surplus, donnait les résultats déjà acquis, et signalait notamment- l'exemple de l'Inspection des Forges de Toulouse, qui, avec le concours du service de santé, avait admis dans les usines dépendant d'elle 207 ouvriers mutilés rééduqués.

L'œuvre la plus importante que l'Etat ait entre-

prise et menée à bonne fin, est la création de l’Ecole de Saint-Maurice pour la rééducation professionnelle, sans préjudice de toutes les écoles similaires qui ont reçu des subventions du Ministère de l'Intérieur. L'Ecole de Saint-Maurice a ouvert ses portes dès le 1° mai 1915. Elle a pleinement réussi. Durant la première année de fonctionnement, 5oo élèves ont été inscrits tant à Saint-Maurice qu’à l’annexe de la rue Rondelet, et 130 à leur sortie ont trouvé une place. Elle est dirigée par M. le D' Bourillon, l’un des premiers initiateurs de la rééducation professionnelle en France. ;

Dans son discours à la tribune du Sénat, le 16 mars 1917, M. Justin Godart, sous-secrétaire d'Etat au Service de Santé, a examiné les autres efforts faits

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par ses services, dansle but à la fois de refaire des soldats ou de rendre au travail les hommes incapables de retourner au front :

Centres de physiothérapie (qui sont au nombre de 45), où sont mis en action les agents physiques : lumière, air chaud, bains, massage, etc..…., la mécanothérapie étant en déclin. Ecoles diverses : Centre agricole annexe de Versailles, Ecole dépendant du service de neurologie de la 17° région. Ateliers de Troyes, de Martillac près Bordeaux, etc., etc. |

Et M. Godart ajoutait, pour indiquer dans quel ordre le gouvernement s’employait à la rééducation de nos glorieux mutilés : « Suivons un amputé à sa sortie de l’hôpital chirurgical où il a été traité; il est évacué de droit sur le centre d’appareillage le plus voisin de son domicile, il est ramené dans sa: région et près de chez lui. Là, il est rééduqué fonctionnellement au service de physiothérapie, il est muni d'appareils conformes au modèle type. Enfin, il doit subir concurremment une rééducation professionnelle.

«D'une façon générale, dit notre Instruction du 31 août 1916, il faut poser comme premier principe qu'il y a lieu de faire tous ses efforts pour faire reprendre à l'intéressé sa profession antérieure.

« Ce principe admis, la rééducation professionnelle peut être envisagée de manières différentes. Si le mutilé peut faire la preuve qu'il a les moyens de

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reprendre son travail, soit qu'il ait une profession libérale, soit qu'il travaille chez lui, soit qu'il soit demandé par un patron, on l’autorise à sortir immédiatement du centre d’appareillage, sans subir de rééducation préalable, le travail auquel il doit se livrer devant être considéré comme le meilleur mode de rééducation. Mais un mutilé peut être en mesure de prouver qu'il a trouvé du travail au siège même du centre d’appareillage. Il pourra, dit l’Instruction, tout en continuant sa rééducation fonctionnelle et son traitement physiothérapique, être autorisé à travailler chez son patron en attendant la confection de son appareil... Certains mutilés demandent parfois à être appareillés et à être rééduqués professionnellement par des Sociétés d’Assistance. Dans ce cas, les règles suivantes ont été prévues: les sociétés sont autorisées à recruter les blessés qu’elles veulent rééduquer, dès leur sortie de l’hôpital, sans qu'il soil besoin que ces mutilés passent par le centre d’appareillage dont ils dépendent. La société enverra à ce centre une fiche d’appareillage.

« Enfin il a fallu envisager l'hypothèse où le mutilé ne pourrait pas rentrer chez lui, certain qu'il est de ne pas trouver de travail, l'hypothèse où il ne pourrait pas être pris par un patron, l'hypothèse où il pe serait pas hospitalisé et rééduqué par une société d'assurance. Il à fallu alors organiser, au centre

ee rod même d’appareillage, le service de rééducation professionnelle. |

«Que peut être le service de rééducation professionnelle ? | |

« Suivant les lieux et les concours, il se présente comme bien on pense, avec une certaine variété, le Service de Santé ayant cherché à utiliser tout ce qui existait. La où des écoles existaient, les mutilés y ont été envoyés ; là où il n’y en avait point, le Service de Santé a organisé les ateliers nécessäires. Prenons deux exemples, Bordeaux et Paris.

« À Bordeaux, il y a l'Ecole normale pratique de ” rééducation professionnelle, créée par le ministre de l'Intérieur. Vingt ateliers y sont en pleine activité, le centre d’appareillage ÿ envoie ses mutilés.

« À Paris, grâce encore à l’Union des Colonies étrangères, c’est dans le centre même du Service de Santé, à la Maison Blanche, qu’a été édifiée l’école industrielle et agricole.

« Quel a été le principal résultat de cette liaison : intime, de cette coopération directe du Service de Santé et de la rééducation professionnelle ? C’est que les refus de rééducation professionnelle deviennent de plus en plus rares. Tous les entrants du dernier mois au centre d’appareillage de Montpellier, dit le rapport mensuel régional, ont accepté leur envoi à l’école professionnelle des mutilés avec empressement.

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« Un rapport du Dr Gourdon, de Bordeaux, fait la même constatation. « Il y a quinze mois, dit-il, la majeure partie des mutilés était hostile à la rééducation professionnelle, soit qu'ils aient eu la crainte de voir diminuer leur droit à la pension, soit qu'ils n'aient pas eu confiance dans les résultats qu’on leur promettait, soit qu'ils aient compté sur l'Etat providence pour subvenir à leurs besoins futurs. A cette époque, la proportion des refus de rééducation, parmi ceux ayant vraiment besoin d’être rééduqués dépassait 80 o/o. L'influence décisive s’est manifestée par la création du service de rééducation professionnelle militaire. Ce service a permis d’avoir une action précoce et directe sur les mutilés, avant qu'ils aient subi des influences fâcheuses. En voici les résultats saisissanis : deux mois après l’ouverture de ce service, les refus de rééducation s'étaient abaissés à 60 0/0. Actuellement cette proportion est de 1 0/0. »

Et M. Godart croyait pouvoir conclure : « Aussi pouvons-nous dire, que présentement un nombre infime de blessés justiciables d’une rééducation professionnelle, échappent à celle-ci (1) ».

Nous verrons que l'affirmation de M. Godart était téméraire. ;

En dehors de l’Institut National de Saint-Maurice

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