‹ Le Mutilé de la Guerre dans l'IndustrieChapitre 29 sur 55 · Journal officiel, séance du 16 mars · texte numérisé non relu

Journal officiel, séance du 16 mars

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national des mutilés, et qu'on mettra quelque chose derrière, qui n’y est pas pour l'instant. Ce quelque chose, ce doit être, à notre sens, un grand organe défini, concret, vivant, un organe autonome et non une simple dépendance administrative d’une bureaucratie ministérielle déjà encrassée elle-même dans la routine et la paperasse. Pour être digne de son nom et de son rôle, l'Office national des mutilés doit avoir, avant tout, la personnalité civile qui lui donnera la possibilité de gérer lui-même ses propres intérêts et surtout d’appeler et d'utiliser la collaboration de l'initiative privée, en vue d'une action large et féconde, efficace et rapide, c’est-à-dire tout le contraire de l’action administrative dont le fonctionnement du ministère du Travail est justement le type le plus accompli.

« Une œuvre aussi neuve que la rééducation professionnelle ne peut être menée à bien que par l'Etat qui dispose seul des moyens nécessaires pour obtenir un pareil résultat. Mais elle a besoin de l’aide agissante de l'initiative privée.

« La participation de l'initiative privée ne peut trouver place que dans un Office autonome, comme l’est, par exemple, l'Office du Commerce extérieur ou encore, plus exactement, l'Office de la Propriété Industrielle et l'Office du Tourisme, c’est-à-dire un service capable de recevoir des dons et des legs, d’avoir un budget propre, d'admettre dans son con-

seil d'administration d’autres membres que des fonctionnaires. Parmi ceux-ci il faudra notamment consulter des médecins, des éducateurs, des industriels, tous collaborateurs indispensables à la mise en pratique du vaste programme qui doit être celui de l'Office : création d'écoles, aménagement d'ateliers, mise au point des divers systèmes de prothèse de rééducation fonctionnelle, d'enseignement et d’apprentissage, organisation du placement et de la protection contre les accidents ; propagande, etc., etc.

« Il n’est pas possible de tout dire en un petit nombre de pages, ni, par conséquent, d'entrer dans tous les détails d’une institution dont la loi n’a du reste à prévoir et à fixer que les grandes lignes. Ces grandes lignes, qui manquent tout à fait aussi bien dans le projet Strauss que dans le projet Durafour, sont, nous venons de le voir, l'autonomie administrative sous le contrôle du gouvernement, la personnalité civile et le budget propre, et la participation de l’initiative privée. Elles se complètent par deux mesures subsidiaires : administration de l’Office confiée à un directeur responsable et le rattachement de l’établissement à un ministère compétent. Directeur responsable, on sait ce que cela veut dire, surtout depuis quelque temps. Ministère compétent, cela s'entend, non du Ministère du Travail et de sa direction de la Statistique, mais du ministère de la Guerre et de son Service de Santé ou mieux encore du Ministère du

Commerce et de sa direction de l'Enseignement technique, car, tout compte fait, la rééducation fonctionuelle, la prothèse, l'assistance, le placement ne sont que les préparations ou les conséquences de la seule rééducation professionnelle, à quoise ramène tout le problème des mutilés et qui n’est elle-même, en somme, qu’une application, particulière mais directe,de l’apprentissage et de l’enseignement technique.

« Le premier stade de la solution du problème des mutilés est dans l’amendement ainsi défini des projets actuellement soumis à l’approbation du Parlement. C’est aux Chambres à dire si elles comprennent toute l’importance de cet amendement et si, avec ou contre les rapporteurs, elles peuvent, par lui, rendre utile et efficace une loi qui, sans lui, ne sera qu’une loi de plus, sans portée et sans résultat. (1) »

Il est indéniable que, malgré ces divergences de vues ou plutôt de certaines tendances, de certaines nuances, l’accord absolu peut et doit être fait.

Tout le monde reconnaît l’ampleur, la complexité, la délicatesse du problème, la nécessité et l'urgence qu'il y a à le résoudre, non seulement dans l'intérêt du mutilé, mais pour le bien général et pour la grandeur de notre pays.

Tout le monde reconnaît aussi que, pour mener à

LA

1. La solution législative du problème des mutilés, déjà cité.

y Arras

bien cette tâche de la rééducation professionnelle, il faut les efforts de tous, simples particuliers, patrons, camarades de travail, groupements, syndicats, chambres de commerce, municipalités, conseils généraux, etc. Il faut que les mutilés apportent leur bonne volonté, un grand désir de relèvement moral et physique, que tous les Français collaborent dans la mesure où ils le peuvent, par leur temps, leur science ou leur argent. :

Toui le monde reconnait enfin qu’il faut mettre du jour, de la clarté, de l’ordre, dans toutes les tentatives dispersées et dans ces œuvres sans lien entre elles. Il faut les faire marcher chacune dans un même : sens, les tendre vers un même but exact et précis, par des moyens simples et bien définis. Il faut unité de vue, même direction dans l’action. Il faut un organe central de liaison, de coordination, de direction.

Tout le monde est d'accord sur ce point.

Les uns, comme MM. Bittard, Strauss, Godart, Durafour, veulent que l'Etat tout puissant réunisse toutes les initiatives privées ou publiques sous son autorité, préside lui-même à la rééducation, en fasse son œuvre à lui et crée à ce sujet un Office National, sous sa dépendance absolue.

D’autres, comme MM. Souchon, Astier, etc..., connaissant les défauts de notre administration, et les dangers de l’action exclusive de l'Etat désirent que l'on respecte la diversité des œuvres, que l'Etat

borne son rôle à surveiller, à coordonner, à subventionner. |

Voilà les deux tendances.

Dans un problème si grave, si grand, que celui de la rééducation, notre avis est qu'il ne faut froisser personne, puisque l’on a besoin de tous, qu’il faut faire la conciliation, ne rebuter aucun concours, n’arrêter aucune initiative. Les œuvres privées doivent accepter, nous ne disons pas le joug, mais la surveillance ferme de l'Etat. Ce dernier doit agir, non ‘comme d'habitude, avec rudesse, mais par des ordres nets, avec souplesse, avec mesure. Les œuvres privées peuvent vivre à côté des créations de l'Etat. L'expérience à cette heure a produit ses fruits. Nous savons corament il faut rééduquer. Il est nécessaire que les œuvres privées, si elles veulent continuer à vivre, même non subventionnées par l'Etat, se plient de bonne grâce aux indications données et aux règles fixées. C’est l’œuvre patriotique qui continue. La Patrie est toujours en danger. Tous, particuliers et pouvoirs publics, doivent trouver dans ce sentiment la force nécessaire pour résoudre le problème en mutuelle et étroite collaboration. |

Le Parlement a aussi un beau rôle à jouer. Il doit à notre avis, dans un texte né des travaux vraiment intéressants de ses membres, créer une loi ayant une haute portée et prescrivant la rééducation dans le sens ci-dessus indiqué: Il peut, il doit instituer un Office

Sn

National, avec des pouvoirs et @es attribulions tels qu’il laissse aux œuvres privées, sous son conirôle et sa surveillance, subventionnées ou non, toute leur vie et toute leur activité.

M. le D: Bourrillon, dont l'opinion fait autorité, a dit : « C’est par l’action combinée et rationnelle du Parlement, du gouvernement, des départements, des communes, des œuvres privées et des associations agricoles, industrielles et commerciales que se résoudra le plus pratiquement le problème économique et social qui se pose à propos de nos glorieux défenseurs mutilés et estropiés. (1) »

C’est une affaire de volonté, de clairvoyance et d'organisation.

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