L' Œuvre Economique, 25 février 1917, p
De ant
mière mise de fonds fut de 363 francs. Cette société a pris un tel développement que son budget annuel atteint actuellement près de 350.000 francs. C’est aujourd’hui l’école modèle, subventionnée par l'Etat. Mais il ne faut pas croire que son entretien coûte fort cher. En effet, les ouvriers qu’elle rééduque et qui appartiennent aux professions les plus diverses (cordonniers, tailleurs, bandagistes, menuisiers, tanneurs, relieurs, vanniers, ferblantiers, etc...) confectionnent, dans les ateliers de rééducation, des objets qui sont vendus au public. Le chiffre d’affaires dépasse annuellement 100.000 francs.
L'école a des internes et des externes. Les élèves éloignés de Copenhague sont logés et nourris et on leur retient une somme très modique pour les frais.
A la sortie de l’école, presque tous des rééduqués obtiennent des emplois fort honorables et quelquefois plus rémunérateurs que ceux qu’ils occupaient | avant leur mutilation.
Sur le modèle des ateliers créés par le pasteur Knudsen, des ateliers semblables fonctionnent à celte heure dans un cerlain nombre de villes des pays scandinaves, notamment à Christiania, Stockholm, etc., etc.
Russie
La Russie, avant la guerre actuelle, avait pris des
initiatives dans ce domaine de la rééducation des invalides du travail ou de la guerre. Plusieurs écoles y fonctionnent, dont la plus importante et la mieux aménagée est l’école de Pétrograd, fondée par M. Tcharnomskaia, créateur de nombreuse œuvres philanthropiques, sur les indications techniques du D: Welliaminoff. Cette école a notamment réadapté au travail un certain nombre de blessés de la guerre contre le Japon.
Belgique
La Belgique avait fait avant la guerre un gros effort en faveur des mutilés. Deux centres principaux les recevaient, dirigés par des hommes spécialisés dans cette matière ei éminemment compétents : le centre du Brabant, dirigé par le D' Dam et le centre du Hainaut, dirigé par le D' Dourlet.
Au cours de la grande guerre, le gouvernement belge, quoique chassé de son sol, a mis sur pied une œuvre remarquable, destinée à rendre les mutilés à la vie sociale. C’est surtout à la reine Elisabeth que revient l'honneur d’avoir secondé l’entreprise.
Le baron Baeyens a mis généreusement à la disposition de ses compatriotes son domaine de Port- Villez, près de Vernon, dès le mois de juillet 1915. L'installation des pavillons,qui s'élèvent déjà à plus de 80, est de tout premier ordre à tous les points de
Let
vue. L'école est dirigée par M. le D" Lejeune, le capitaine Hacour et M. Alleman. En une année, il y a eu 883 sorties sur 1.709 entrées. Plus de 50 0/0 des hospitalisés ont été guéris, rendus à leur métier, ou réadaptés à un autre.
En dehors des traitements moraux par les agents physiques (air chaud, lumière, massage, etc...), en dehors de tous les systèmes de rééducation fonctionnelle, par la mécanothérapie, électrothérapie, l’école de Port-Villez a surtout perfectionné les appareils de prothèse. On y a étudié assidûment la transformation des machines-outils. Avec une machine adaptée à son infirmité, il n’est pas rare de voir un ouvrier donner un rendement moyen supérieur à celui qu’il donnait avant sa blessure. M. Paul Campana a pu dire : « L'Institut de Port-Villez a accompli ce qui, auparavant, aurait pu paraître irréalisable : refaire un homme ou faire un homme nouveau. »
Nous devons ajouter que cette si belle œuvre est née sous les doigts, pour ainsi dire de M. de Paeuw, chef du cabinet civil du ministre de la Guerre belge. M. de Paeuw a été un des apôtres de la rééducation. Il a exposé ses idées et les résultats obtenus par les ateliers de Port-Villez dans un livre (x), «qui,rehaussé «€ d'illustrations, forme un document de premier € ordre pour l’utilisation sociale des mutilés. »
1. La Rééducation professionnelle des mutilés. Berger Levrault 1917. |
RE à Le
Allemagne
Noire ennemi s’est préoccupé de tout temps, avec la ténacité qu’on lui connaît, du problème des mutilés.On peut même dire que, par ordre chronologique, c’est en Allemagne,à Munich,que en 1832, le premier institut de rééducation a été créé. Depuis cette date, l'établissement est devenu très florissant. Il est remarquablement au point à cette heure et donne des résultats surprenants : 62 0/0 des ouvriers entrés sortent réadaptés.
Des instituts similaires se sont ouverts à peu de temps d'intervalle : 1845, Stuttgart; Nowawes 1886 ; Hambourg 1898, et bien d’autres... Tous fonctionnent de la façon la plus régulière et la plus précise.
Dès le début de cette guerre, l'Allemagne a porté une grande attention à la question des mutilés, se préoccupant surtout de leur emploi après la guerre, dans la bataille économique sans merci qu’elle veut livrer. Nous n’en voulons pour preuve que ce rapport du directeur de l'Ecole des mutilés de Düsseldorf, paru dans Sfhal and Eisen, le 10 août 1916 : « Les représentants de la grande industrie ont sou- « tenu ce projet, présenté par la direction de l’école « des mutilés de Düsseldorf, projet qui prévoit la
« création, à Düsselforf d’ateliers spéciaux destinés J.-B. Faure 6
à former les ouvriers métallurgistes. L'école de Düsseldorf a déjà fait, dans ce sens, quelques expériences en avril 1915. Elles ont donné de bons résultats... En effet, le rendement des ouvriers était tel que la direction de l’école pouvait, au bout de très peu de temps, leur payer le salaire plein. Les usines ont été très satisfaites de la production des blessés formés par l’école, et ceux-ci sont irès contents de leur nouveau métier et de leur salaire, qui n’est pas inférieur'à leur salaire d'avani-guerre. Ces expériences permettent d'espérer que tous les. mutilés qui seront contraints de changer de métier pourront, après avoir été formés pour le travail aux machines-outils, trouver dans l'industrie une
occupation stable et bien rétribuée. Ainsi, l’école
de blessés a rempli son but, qui était de procurer à l’industrie des ouvriers expérimentés, consen-
tants et satisfaits (1). »
La Rééducation professionnelle agricole
Notre étude est limitée au mutilé de l’industrie.
Cependant il nous paraît nécessaire de dire ici un
mot de la rééducation professionnelle agricole, car,
par certains côtés, elle est liée intimement à la réé-
ducation professionnelle industrielle.