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Bulletin des usines de guerre, 16 octobre

Comme nous avons eu occasion de le dire déjà, certains se sont émus de l’effort fait uniquement, au début en faveur de la rééducation des invalides des usines.

On a craint avec juste raison que les appels adressés en vue de l’adaptation au travail des ateliers ne soient entendus par des mutilés qui ne devraient pas l'entendre. On a craint que des paysans blessés, attirés par le voisinage des grandes villes. ne soient trop enclins à apprendre un métier urbain et à oublier leurs champs.

Il serait superflu d’insister ici sur lexode rural: la France souffre du manque de main-d'œuvre agricole. Les campagnes étaient désertées avant la guerre dans une proportion telle que des mesures sévères et sages s’imposaient pour arrêter le mal.

Ce mal va aller s’aggravant. Les morts les plus nombreux sont les ruraux, les mutilés les plus nombreux sont les ruraux,70 0/0 environ des mutilés sont des agriculteurs et 5 à 10 o/o environ des para-agriculteurs : charrons, forgerons, maçons, charpentiers, maréchaux-ferrants, tonneliers, laitiers, fromagers, etc., etc., ouvriers ruraux, vivant de la ferme ou près d’elle. | Le Temps donnait récemment le document suivan : |

« Sur 660 mutilés d’un département de l'Ouest, 450 étaient cultivateurs avant la guerre. Si 340 dési-

ten est

rent rester à la terre, 60 l’ont déjà quittée et 50 autres s'apprêtent à faire de même. Or, sur ces 110 mutilés, nombreux sont ceux dont les blessures ne sont pas incompatibles avec les travaux des champs. Il y a là un danger grave et dans l'intérêt national il faudrait trouver un moyen de les faire revenir sur leur détermination. »

Il faut, en effet, ramener à la terre déjà abandonnée tous les mutilés ruraux. Et c’est ainsi que, dans ce délicat problème de rééducation industrielle, il ne faut pas perdre de vue le paysan invalide et savoir s’il vient à tort demander non une rééducation, mais une éducation, un véritable apprentissage, qui le rendra capable d’un travail urbaïn et l’enlèvera au travail des champs.

Il faut que le gouvernement et le Parlement veillent à ce que tous les mutilés exerçant une profession agricole, ou un métier annexe, ne se laissent point cntrainer, au hasard de la vie d’hôpital ou des influences extérieures, à se lancer dans une nouvelle existence.

On doit reconnaître que des efforts sérieux ont été faits dans 'cette intention. De nombreux établisse- ‘ments agricoles sont susceptibles de recevoir des mutilés de la guerre, avec des spécialités bien définies : Limonest,près de Lyon, Grignon, Versailles, Poligny, Gurgeres, Marmirolle, La Réole, Ondes,

Oisellerie, La Brosse, Fontaines, Aurillac, Grand Jouan, Rennes, etc.

Des sections de mécaniciens ruraux ont été créées dans certaines d’elles : Grignon, Montpellier, Rennes.

Le ministre de l’Agriculture lui-même, par une importante circulaire du 15 novembre 1916, adressée aux directeurs des services agricoles, a fixé les conditions générales de l’enseignement des mutilés.

« L'emploi et la généralisation des machines agricoles,dit M. Strauss à ce sujet,seront de nature à favoriser la réadaptation au travail des agriculteurs blessés. La form ation des mécaniciens agricoles, tant pour la conduite des machines, que pour leur construction, entretien et réparation, est opportune au premier chef. Une action méthodique, poursuivie de concert avec les syndicats agricoles, pourra donner d’heureux résultats.

« D’auire part, il y aura le plus grand intérêt à encourager la rééducation professionnelle des blessés d'origine rurale, en les dirigeant vers les métiers faciles à exercer dans les petites villes et dans les villages. Ce sera le rôle des comités départementaux de participer à cette orientation professionnelle agricole et rurale. (1) »

Nous pouvons dire d’ailleurs que les essais de rééducation agricole ont donné des résultats aussi

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